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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 12:35
La pierre et la terre, une liaison heureuse
Il a la cinquantaine et un parcours voué à la pierre sèche. Elle va sur ses trente ans et s’affiche comme une « pasionaria » de la terre. Ces deux-là étaient faits pour s’entendre et depuis 2006, ils animent Petra Terra, une Scop d’écoconstruction installée en Haute-Provence. Quand l’énergie d’une convaincue rencontre l’expérience d’un « sage », les clients sensibles aux matériaux sains en profitent !
Lui est plutôt réfléchi, cherche ses mots, c’est un peu le penseur du binôme. Elle est plus pragmatique, va droit au but, sans doute la jeunesse et les racines paysannes. En voilà deux qui se sont trouvés ! Au village comme sur les chantiers, Philippe et Agnès font la paire et ont fusionné compétences et passions militantes pour lancer leur activité. Quand, en dépit du discours ambiant, il faut défricher un marché encore balbutiant, mieux vaut arriver devant le client avec de solides arguments !
Des arguments, ils en ont. À bientôt 56 ans, Philippe a consacré une partie de sa carrière à la maçonnerie en pierre sèche. Rien ne le prédisposait à cela. Fils d’un employé de la Société d’exploitation industrielle des tabacs et des allumettes (Seita), cet Orléanais n’a rencontré cette technique estampillée « Sud de la France » qu’à la faveur d’une installation à Aix-en-Provence, suite à une mutation du père. La « pierre sèche » est une pratique vieille comme le monde. Un mot d’ordre fonde sa philosophie : construire sans l’aide d’aucun mortier. « Presque l’ingéniosité du désespoir », dit joliment Philippe Alexandre, en pensant à tous ces paysans pauvres qui l’ont expérimentée depuis des siècles.

Inventaire des cabanes en pierres sèches

Initié à la maçonnerie par son oncle, puis installé artisan à Saint-Michel-l’Observatoire, Philippe fréquente un réseau associatif investi dans la mise en valeur de bâtiments en pierres sèches. Terrain de chasse : la montagne de Lure, ce massif calcaire cher à Giono égayé de spectaculaires cabanes et bergeries. Philippe les connaît toutes, pour avoir réalisé une sorte d’inventaire local, au bénéfice du ministère de la Culture. « Un éleveur m’a donné les codes d’accès et j’ai compris que c’est là que je voulais me réaliser », livre-t-il. S’ensuivent douze années à œuvrer sur des chantiers, à faire de la formation, à travailler pour des particuliers, aussi. « La pratique de la pierre sèche est très ressourçante, on peut donner du sens. Cela valorise autant le support que la personne qui le fait », médite Philippe.
Malgré un très long bail de dix-sept ans comme gérant d’une librairie musicale (une autre de ses passions) à Bruxelles, il ne coupe jamais les ponts, réalise même de temps à autre des missions d’audit sur des projets de réhabilitation-construction, avant de revenir définitivement en 2005 puis de se réinstaller comme artisan.
Forcément, vu son âge, le parcours d’Agnès est plus léger ! Son amour de la maçonnerie n’est pas moins fort. « Il vient de la ferme où je suis née, construite en pisé. Quand j’en ai pris conscience, ça m’a scotchée », dit cette native des monts du Lyonnais. La terre ne la quittera plus et de formations en chantiers Rhône-Alpins, viendra la rencontre décisive – à tous points de vue ! – avec Philippe.
Expliquer les parcours est utile. Cela permet de comprendre les fondements d’une entreprise. La leur est une Scop, car « nous sommes solidaires et on veut vraiment partager la société, en sortant des rapports de hiérarchie », explique Agnès. Pour l’instant, ils ne sont que deux, mais viendra le temps où, à la faveur d’un chantier, d’une rencontre, une ou plusieurs personnes intégreront Petra Terra, « d’abord comme salariées puis comme associées ».

Construction complète de maisons

Depuis deux ans, ils ont bien travaillé, « surtout en Rhône-Alpes qui est une région très à la pointe en écoconstruction », reconnaît Agnès. Leurs chantiers vont du mur de pierres sèches à la construction complète de maisons à partir de matériaux traditionnels, pierres et terre, bien sûr, mais aussi bois, briques, lauzes…, si possible prélevés sur place ou à proximité. Un de leurs derniers travaux s’est déroulé dans le Lyonnais, où ils ont restauré un mur traditionnel en remplissage terre-paille, dans une ossature bois.
Est-ce facile de faire signer des devis à des clients face à ceux proposés par des prestataires traditionnels ? « En écoconstruction, ce qui est cher, c’est la main-d’œuvre, plus que les matériaux. Ce qui emporte la décision, c’est notre savoir-faire et notre rigueur, ainsi que la sensibilité écologique des gens qui font appel à nous », détaille Philippe. Quitte à payer un peu plus cher et à mettre la main à la patte, pour être en accord avec ses valeurs.




On a aimé
Leur «fusion»
L’association des compétences d’Agnès pour la terre et de celles de Philippe pour la pierre leur donne une légitimité et la possibilité de traiter des chantiers « globaux ».



Contact
Petra Terra
Rue Grande, 04870 Saint-Michel-l’Observatoire
Tél. : 04 92 76 65 23
Courriel : petra-terra@wanadoo.fr

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