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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 16:08

Baies, linteaux et voussures... (3e partie)

Comment construisaient nos ancêtres ?


par Jacques Auguste Colin

A propos de « MODULE »…

Ce terme, employé a plusieurs reprises dans les articles précédents, me semble mériter une réflexion particulière.

« Il nous est à tous, hommes du XXI° siècle, extrêmement difficile, intellectuellement parlant, d’aborder l’étude d’un événement, d’une région, d’un monument ancien, même modeste, en se replaçant en esprit dans les conditions de vie et de savoir de l’époque médiévale. Est il possible de raisonner en oubliant notre système métrique, décimal, et les immenses connaissances et perfectionnements techniques accumulés par la science mathématique moderne... »

Cette quasi impossibilité de voir et comprendre le monde tel qu’il était, pour ce qui concerne notre sujet, au Haut Moyen Age, conduit, non pas toujours à des erreurs, mais à la complication extrême des démonstrations, ainsi qu’à un doute sur la validité des conclusions.

Par exemple dans son excellent ouvrage consacré à l’abbatiale romane de Tournus [1], H. Masson fait plusieurs fois référence aux constructeurs du Moyen âge qui, dit-il : “ comme ceux de l’Antiquité, recherchaient volontiers l’harmonie de leurs oeuvres dans l’emploi de nombres simples selon les théories pythagoriciennes. Ces nombres devaient pouvoir exprimer les diverses distances en fonction d’une valeur commune, qui était le « module »... ce qui est juste.

Mais voilà que partant à la recherche de ce module, il tombe dans le “piège” signalé plus haut, en utilisant la mesure d’un “pied” défini par rapport à notre mètre actuel : « environ 0m33 » ... dixit. Ce qui l’amène, en partant de mesures exactes prises sur place, à des dimensions en nombres décimaux et à la définition d’un module qui nous éloignent beaucoup des nombres et facteurs entiers chers aux bâtisseurs du X° siècle !

Il en est de même dans une communication de Monsieur A. Guerreau, Directeur de recherche au CNRS qu’il me fut donné d’analyser peu après le début de œtte étude [2]. Je n’aurai pas l’outrecuidance de contredire ou critiquer le développement et les conclusions du maître, mais force m’est de constater que pour accorder ce “goût” de nombres et rapports simples à ses mesures (par ailleurs exactes) il lui faut faire appel à un "pied romain” défini également arbitrairement par rapport à notre système métrique.

En outre, à aucun moment il ne semble prendre en compte le fait incontournable que la construction de l’abbatiale s’est faite sur une durée de 300 ans, (920 ? — 1210), que de nombreux maîtres d’oeuvre s’y sont succédés, chacun possédant son propre pied étalon... sa corde à treize noeuds... sa planchette alidade, et sa science du Trait !

Dans la seconde partie de cette étude, nous verrons comment selon nous, avant toute chose, ces deux éminents auteurs eussent pu définir la longueur d’un “module” élémentaire (un pied) que l’on retrouverait à l’état de multiples entiers, dans chaque partie de la construction.

Que le lecteur n’interprète pas négativement les deux observations ci-dessus. Elles n’enlèvent rien à l’intérêt et à l’exactitude des ouvrages de Messieurs Masson et Guerreau, ni à la valeur de leurs hypothèses. Leurs calculs sont exacts au regard des mathématiques modernes, mais ils ne nous renseignent pas sur la démarche intellectuelle du constructeur médiéval.

Ces observations ne visent qu’à préparer le lecteur à l’adoption d’un point de vue différent, plus proche de la candeur médiévale, historique dans sa première partie, artistique dans la seconde, que de la science mathématique des architectes du XX° siècle.

A la recherche du MODULE – (PIED) dans une construction médiévale :

Nous devrions écrire “des” modules car il est probable que la longueur de référence a varié dans le temps avec les maîtres d’oeuvre qui se sont succédés durant les trois ou quatre siècles qui précédèrent la naissance des mathématiques modernes.

Nous savons par ailleurs que Charles le Chauve, empereur, a été le premier souverain ayant prescrit l’utilisation, dans tout le Royaume, d’une grandeur étalonnée de mesure des longueurs, en l’occurrence un “pied” qui n’était autre paraît-il que la longueur de celui de son grand-père Charlemagne, lequel était grand (7pieds, dixit Eginhard) et fort…. (pour des raisons historiques diverses, cette prescription ne put être observée, néanmoins un “pied” approximatif resta l’unité de référence).

En partant de la certitude que les méthodes de mesure et de calcul de l’époque était à base des nombres premiers 1, 2, 3, éventuellement 5 et de multiples entiers de ces nombres, (non par goût, mais par impossibilité de calculer autrement !), il est relativement facile de retrouver l’unité de mesure employée par le constructeur d’un bâtiment exprimée par rapport à notre étalon actuel : Le mètre.

Pour décrire la méthode, j’utiliserai le plan ci-dessous du Narthex de l’église Saint Philibert de TOURNUS, (vers 920) sur lequel j’ai pu expérimenter et vérifier la méthode.

  • 1° : Rechercher dans l’édifice étudié une “ligne d’origine”, c’est à dire une longueur à partir de laquelle le maître d’oeuvre a commence son tracé. Cette longueur est presque toujours perpendiculaire à l’axe de l’édifice, mais non obligatoirement centré sur celui-ci. Ses extrémités sont généralement marquées par deux pierres dites angulaires.
  •  
    • C’est heureusement pour nous le cas à Tournas, où il est inévitable de voir dans la largeur de la façade du Narthex cette ligne d’origine, perpendiculaire à l’axe de l’église.
  • 2° : Mesurer (en cm) très exactement cette ligne d’origine au niveau desdites pierres angulaires. A Toumus, des énormes pierres angulaires en calcaire rouge de Préty signent cette ligne d’origine.
  •  
    • La mesure par nos soins de la façade du narthex à donné : 1647 centimètres.
  • 3° : Rechercher, par divisions successives, les nombres entiers multiples à la fois de deux, trois, éventuellement cinq, qui divisent la longueur d’origine en segment approchant 33cm (la régie à calcul est très pratique pour ce faire).
  •  
    • Dans notre étude, on trouve :
      • soit #1647cm / 52 modules éventuels de 31,7cm
      • soit # 1647cm /50 modules éventuels de 32,9cm
      • soit # 1647cm /48 modules éventuels de 34,3cm

Le seul nombre entier qui satisfasse aux conditions énumérées précédemment est 48.

Ce que l’on peut exprimer en déclarant :

  •  
    • a) : Le module utilisé par le constructeur du narthex était un pied mesurant 0,343 de notre mètre actuel.
  •  
    • b) : Pour ce constructeur, ignorant totalement notre numération décimale, la largeur de narthex était de 48 pieds-module personnel.
  • 4° : Procéder selon le même procédé à une vérification sur une autre ligne importante de la même portion de l’édifice, par exemple sa longueur : Le résultat doit être rigoureusement le même.

Nous vous faisons grâce des détails de cette vérification en vous disant que : Pour ce constructeur, la longueur du narthex était de 64 pieds-module personnel

Forts de la définition exacte du module employé, nous pouvons constater que les dimensions du narthex constatées par M. Masson et exprimées par des nombres décimaux, deviennent des nombres simples et entiers et qu’il est aisé d’étudier les rapports particuliers qu’ils ont entre eux dans le reste de l’édifice. En effet le coefficient de forme K du rectangle décrit par le Narthex devient par simplification : 64/48 = 4/3.

D’autres vérifications sont possibles. C’est ainsi que nous avons vérifié que le diamètre à 1 m du sol des piliers centraux mesure très exactement 4 modules 1/2 et non pas “approximativement 4,5 pieds”, formulation décimale incompréhensible pour un maître d’oeuvre du X° siècle.

Un tel module ayant ainsi été défini, il sera évident pour tout le monde que l’étude des rapports entre grandeurs, et donc la connaissance du mode opératoire du premier maître d’oeuvre de l’église est grandement facilitée et conforme aux connaissances mathématiques d’un constructeur du X° siècle...

Je suis pour ma part convaincu qu’il existait en un endroit protégé un pied-étalon propre à tout chantier en cours, probablement taillé en bois dur, dont chaque acteur, maçon ou charpentier, pouvait en permanence vérifier la conformité avec ses propres outils de mesure.

En notant toutefois que, sur le chantier, des « piges » ou gabarits de longueur multiple entière de ce module devaient être utilisés, comme semble le montrer les dimensions internes du plan ci-dessus. Il en était de même pour la corde à 13 noeuds ou les chaînes d’arpenteurs dont les intervalles ou mailles pouvaient être un multiple premier (2 ; 3 ; 5...) de ce module.

A> : Le rapport longueur/largeur = K du narthex est très instructif : Il peut s’écrire de différentes façons à partir des nombres entiers : 64 pieds et 48 pieds, établis précédemment : Soit 64/48 soit 16/12 soit 8/6 soit 4/3.

Ce qui signifie que les côtés du rectangle dans lequel s’est construit le narthex sont entre eux comme les nombres 3 et 4.

Or ces nombres mesurent les côtés à angle droit du fameux triangle rectangle dit “égyptien”, dans lequel le théorème de Pythagore nous apprend que l’hypoténuse vaut 5.

Ce triangle, connu depuis l’antiquité, est à l’origine de l’ésotérique “corde à 13 noeuds” (3+4+5 = 12 intervalles) qui, entre autres capacités. sert surtout d’équerre.

En réalité, plus ou moins ngoureuse selon l’habileté de son utilisateur, œ qui pourrait expliquer certaines légères variations angulaires signalées par les deux auteurs cités, MM. Masson et Guerreau.

Une chaîne d’arpenteur au nombre indéfini de mailles (plus de douze) peut d’ailleurs avoir le même usage.

Premières conclusions :

  • Le rectangle dans lequel s’inscrit le narthex est un rectangle égyptien dont le coefficient de forme K = Ul est 64148 soit 4/3.
  •  
    • Il est indispensable de signaler ici que la résolution de cette fraction simple 4/3 est, pour nous, chercheurs du XX0 siècle, un nombre irrationnel : 1,333 33..., totalement inconcevable pour un lettré du X siède et qui ne pouvaitt être intégré dans aucun calcuL De même que bien d’autres rapports, traduits par la numération de position, inconnue à l’époque.
  • Il a vraisemblablement été tracé à l’aide de la corde à treize noeuds ( ou chaîne), la façade formant la base du rectangle valant 48 pieds-modules (3 x 4 x 4) la longueur en valant 64 ( 4x4x4).
  • On peut dès lors imaginer l’utilisation d’un super module”, une “pige” graduée de 4, 8 ou 16 pieds dans les autres parties de la construction. Il semble bien que ce soit le cas pour les murs latéraux du narthex qui, d’après nos mesures sur place, ont une épaisseur de 4 de ces modules. (+/- 140cm). (Le mur de façade mesure quant à lui 5 modules :+I- 175cm).
  • L’exactitude du rapport observé, conforme à l’état des connaissances géométriques de l’époque conforte notre opinion selon laquelle ce sont les mesures extérieures qui doivent être prise en compte dans l’étude du plan général de l’édifice.
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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 16:00
jeudi 1er mai 2008, par Jacques Auguste Colin

Pour lire la première partie

La seconde question posée dans la première partie était :

Y a-t-il eu dans l’histoire de la construction, des "formes” temporairement privilégiées qui nous permettraient, en les reconnaissant, de comprendre les préoccupations et les contraintes de nos lointains ancêtres ?


Cette question est trop générale pour pouvoir y répondre ici de manière complète.

Voir en notes un lexique des termes utilisés [1]

C’est toute l’histoire de la construction, des origines à nos jours, qu’il faudrait étudier.

En simplifiant à l’extrême ont pourrait trouver :

- a) une période que j’appellerais “Archaïque” qui s’étendrait de l’homme de Cro-Magnon à l’habitat gaulois ou celte, pendant laquelle baies et ouvertures n’ont qu’un caractère utilitaire, sans préoccupation esthétique... (encore que...)

- b) une période que l’appellerai “Antique” couvrant les civilisations égyptienne, mésopotamienne, grecque... avec des formes basées sur l’esthétique du rectangle et I’indéformabilité du triangle, suivant des méthodes de mesure et de calcul à base d’ “addition” ou multiplication par un nombre entier.

- c) une période dite “romaine et byzantine” qui suivrait la précédente en s’y superposant peu ou prou. se prolongeant jusqu’à nos époques romane et gothique, essentiellement filles de la géométrie euclidienne et des grands mathématiciens grecs Pythagore Archimède, Thalès...

- d) Une période dite “Renaissance” qui irait du XIV° au XVIII° qui voient la généralisation de l‘algèbre et la naissance du “projet” architectural.

- e) La période moderne qui irait de l’instauration du système métrique décimal(1 795) à nos jours.

- Toutes ces périodes se recouvrant d’ailleurs les unes les autres dans le temps et selon l’espace géographique. Et pratiquement et par raccourci, dans l’ordre du développement de la science des nombres : les mathématiques...

Notre propos se limitant à éveiller la curiosité et l’intérêt d’un éventuel visiteur des quartiers anciens de nos vieilles cités, nous n’examinerons que trois types de “forme” de baies rectangulaires correspondant à nos yeux aux trois périodes distinctes c, d, e, présentes à Tournus.

1°) Baies de conception romaine, romane, pré-renaissance

Cette méthode de construction rustique s’est maintenue jusqu’au XIX° siècle.

Ici le caractère esthétique de la forme K du rectangle n’est pas forcément “voulu” par le constructeur. Il résulte du mode ancestral de calcul des dimensions par les combinaisons et les multiples entiers d’un module choisi arbitrairement (Dans notre exemple le module choisi est un “pied” de 32cm).

Il est facile de constater que ces combinaisons simples sont relativement peu nombreuses et excluent toute complexité du rapport K= H/l, quelle que soit la valeur du module. Les plus fréquemment rencontrées sont de rapport K : 1/1 (carré), 2/1 (harmonique), 3/2 (notre photo) 4/3 (grandes baies), plus rarement 5/3 6/5 et 8/5.

L’établissement de ces baies par un constructeur de l’époque ne demandait pas d’autres connaissances que celle du maniement de l’équerre et du niveau et la possession d’une “pige” quelconque servant de module.

Baie rustique du XV°s.

Le charme et l’harmonie de ces fenêtres sont assez facilement perceptibles par un regard exercé. En cherchant un peu vous en trouverez de nombreuses dans les plus vieux quartiers.

Un petit détail permet de reconnaître ces “fenêtres” d’avant la révolution industrielle : la largeur du “tableau” (distance entre la façade et la feuillure) est généralement égale à 1/2 module(pied) soit plus ou moins 16cm. Avec l’introduction de nouveaux matériaux pour l’élévation des murs, la largeur du tableau sera réduite à12cm.

2°) Baies de conception “Renaissance” (XV au XVIII siècle)

Le formidable développement des connaissances mathématiques entraîné par la traduction en latin des écrits arabes et orientaux ( L. Fibonacci) : système de numération, introduction du zéro, algèbre... conduisent les théoriciens artistes et architectes des XV et XVI siècle à rechercher la nature du « Beau » dans l’étude de certains rapports et proportions complexes, notamment celle de la « Divine proportion », connue géométriquement depuis l’antiquité, mais d’équation non résolue. [2]

Baie Renaissance à Gordes

A partir du XVI° siècle, apparaîtront donc dans la construction, d’abord en Italie puis en France et bien sûr à Toumus, des baies et ouvertures dont le rapport hauteur/largeur = K est directement ou indirectement lié à l’expression mathématique de cette “proportion dorée” : le nombre 1,618... auquel il est convenu d’affecter la lettre grecque ø. (Phi comme Phidias).

Un exemple partait d’une des multiples formes esthétiques que pourront avoir ces ouvertures nous est fourni sur cette photo (colin) d’une baie du Château de GORDES (Lubéron) que nous avons surchargée pour permettre aux amoureux du compas et de la règle à calcul que notre bavardage intéresse, de vérifier nos allégations. ( Ici le rapport K, H/L = racine² Ø ).

Dans la ville d’où je vous parle, il subsiste de nombreuses baies de cette forme, dans lesquelles le nombre Ø intervient d’une manière ou d’une autre.

Dans le quartier de la Pêcherie, nous en avons dénombré quatre au moins : numéro 3 et 7 de la rue des Saules, n°5 de la rue de la Poissonnerie, et une place de la Cité. Toutes situées côté impair qui constituait au XVl° siècle le “front de Saône” [3].

3°) Baies d’inspiration “Moderne”

La légalisation en 1795 du système métrique et de la numération décimale conduisit rapidement les maîtres d’œuvre d’habitation à l’abandon de la construction par module au bénéfice de la mesure de rapports précis permettant jusqu’à l’appréciation du millimètre.

Ce qui a conduit à l’extrême variété de formes K des baies et ouvertures des XIX°et XX° siècle pour lesquelles il n’est pas certain que la recherche esthétique ait toujours prévalu.

On pourra toutefois noter qu’avec la “normalisation” (XX°s.) fut souvent adopté un K de 8/5 soit par exemple une baie de 1,60m x 1 m donc très proche du “nombre d’or”...

Quand je vous disais que l’on peut rêver devant baies et ouvertures et que :

Les fenêtres sourient, les fenêtres murmurent, les fenêtres jacassent, les fenêtres chantonnent, les fenêtres musardent...

comme le chantait Jacques…

4°) Essai sur les contraintes

Méditation sur les contraintes

Je m’efforce de conserver au texte suffisamment de simplicité et de cohérence pour que ceux que les formules rebutent définitivement puissent faire l’impasse sur leur lecture. Je crois devoir rappeler que cette étude ne s’applique qu’aux « portes » et « fenêtres » de nos modestes habitations pour ajouter de l’intérêt à une visite « positive » des villes et villages de France... C’est une incitation à la réflexion personnelle et à la pose d’un regard « différent » sur les petites choses qui nous entourent…Nos banales « ouvertures » font partie de ces choses…

Contraintes sur le « linteau »

Examinons le dessin n°1 représentant une ouverture de construction rustique comme celles qu’on peut découvrir dans mon quartier de la Pêcherie à Tournus.

les contraintes...

Généralement de petite taille, de largeur n’excédant pas trois pieds (# 99cm) et de hauteur variable (2 à 8 pieds) selon sa destination : passage, porte ou baie, elles s’insèrent généralement dans une façade haute de sept à huit mètres dans un mur en moellons, épais de 1,5 pieds (#50 cm) minimum. Elles datent, à Tournus, des XIV – XV – XVI° siècles, mais je vous l’ai dit, leur formule élémentaire remonte à la nuit des temps, et on en a construit jusqu’à nos jours d’identiques de forme, mais de résistance calculée...

Les contraintes que subissent les différents éléments sont connues depuis l’antiquité par la science du « Trait ». Mais nos braves compagnons bâtisseurs d’avant la Renaissance, francs maçons maniant l’équerre et le niveau, instruits par la tradition, travaillaient de manière empirique, faute d’un système cohérent de poids et mesures et d’un projet architectural calculé qui ne vint que plus tard.

L’évaluation quantitative de ces contraintes et de la résistance des matériaux était plutôt intuitive. Ce qui ne les empêcha pas de trouver des solutions ingénieuses qui ont encore cours aujourd’hui. Voyons cela de plus près :

A l’examen de la figure ci-dessus, il est intuitivement évident que c’est sur le « linteau » que s’exerce en premier la pression, uniformément répartie, du poids de la maçonnerie située droit au-dessus (marques rouges). Ce poids peut atteindre plusieurs dizaines de tonnes, selon les matériaux utilisés et la situation de la baie.

Sans faire appel aux mathématiques on comprend également que ce linteau, quelle que soit sa taille et sa composition, tend à fléchir et éventuellement à se rompre suivant sa section la moins résistante. Au centre, par effet de levier (couple) en cas de bonne homogénéité.

linteau fendu...

Comme ce fut le cas pour cette baie d’une maison du XVIII° siècle dans mon quartier de la Pêcherie. Située au rez-de-chaussée sous un volume au droit de quatre m3 de moellons bruts (environ 7 à 8 tonnes).
Cet exemple est d’autant plus intéressant qu’on y remarque l’adjonction d’une pièce de bois (chêne) destinée traditionnellement à répartir uniformément la pression, mais qui semble avoir joué le rôle contraire par la forme en dos de chameau de la face supérieur du linteau. Le constructeur « rustique » (j’emploie ce terme avec respect) mais non « scientifique », ne pouvant quantifier ces contraintes, les a pour le moins sous évaluées.

La superposition d’un triangle rigide (dont l’indéformabilité théorique avait été démontrée par les constructeurs de la Grèce antique), ou sa transformation en une voussure clavée, (développement de l’époque romaine) est une solution élégante pour remédier à l’éventuelle faiblesse du linteau.

le linteau a tenu !

Transmise de génération en génération de « compagnons », on la retrouve souvent à Tournus.( en la Pêcherie bien sûr, mais dans toutes les rues et traboules les plus anciennes)
Elle permet le report du poids de la maçonnerie sur les extrémités du linteau, et donc sur la surface d’appui des pieds-droits, dont la résistance à l’écrasement (compression) est infiniment plus grande par suppression de l’effet de couple.(Il faut noter que cette disposition ne joue pleinement son rôle qu’en l’absence de remplissage compact sous ce triangle de décharge.)

En poussant un peu l’analyse on peut même conclure, dans ces cas particuliers à l’inutilité mécanique de ce linteau. Ce qui a conduit à l’adoption de voussures clavées, de plein cintre ou en anse de panier, notamment pour les passages, dont elles augmentent la hauteur sans allongement des pieds-droits. Nous en reparlerons plus loin.

Contraintes sur les pieds-droits : On comprend aisément que le poids de la maçonnerie sus-jacente une baie se reporte par moitié sur la tête de chacun des pieds-droits. Dans nos régions où la pierre compacte et dure abonde, ceux ci sont constitués par une ou plusieurs pierres taillées formant un « poteau » dont la résistance à la compression est extrêmement élevée (entre 300 et 600 kg/cm²) largement suffisante pour supporter n’importe quelle maçonnerie.
Toutefois, dans les cas de baie de grande hauteur relative, ce « poteau » est soumis à des forces qui tendent à le faire « flamber » vers l’intérieur (flèches bleues dans notre dessin). C’est pour résister à cette tendance que l’on peut constater, à mi-hauteur de pieds-droits composites, la présence d’une, (parfois deux par pied-droit) pierre horizontale plus ou moins engagée dans la maçonnerie adjacente. Quand ces pierres demeurent apparentes, elles contribuent en plus du renforcement, à l’agrément de ces baies par les « rythmes » qu’elles induisent.
Le triangle de décharge en pierre ne peut être utilisé que pour des ouvertures relativement petites. Pour des baies de grande surface, la voussure clavée est plus indiquée, mais bien d’autres solutions ingénieuses sont visibles à la Pêcherie ; Ce sera le sujet du prochain chapitre.

Quand les contraintes ne sont pas trop élevées, les pierres peuvent vous faire rêver !

Je crois devoir encore rappeler que je ne cause ici, de la manière la plus simple possible, que des baies et ouvertures de nos petites habitations des XV° au XVIII° siècles qui subsistent dans beaucoup de quartiers de ma ville de Tournus comme de bien d’autres villes médiévales.

Souvent construites par d’anciens compagnons s’étant « mis à leur compte » après s’être affranchis de leur sujétion à un Maître d’œuvre devenu au fil des temps « l’Architecte » [4] ces modestes « portes et fenêtres » peuvent être, pour le touriste, le chercheur ou l’amateur d’art une source de réflexion esthétique, historique ou technique…

Le problème du « Linteau »

Pour le constructeur des grandes églises ou cathédrales, dès que se pose le problème d’une large ouverture devant supporter une lourde maçonnerie susjacente, la solution toujours adoptée, est la couverture par une voussure clavée de plein cintre, (héritage de Rome), en berceau brisé (développement Roman), en ogive (développement Gothique), en anse de panier (Renaissance). Le linteau porteur n’existe pratiquement pas, sauf pour supporter le motif décoratif du tympan des grands portails. Encore lui faut-il alors le secours d’un « trumeau » central, comme ci-dessous dans le portail central de l’église romane de Conques.

Pour le constructeur de maison d’habitation, le problème du linteau de grande portée (large entrée de magasins ou garages par exemple) se pose différemment. La construction d’une voussure clavée est généralement rendue impossible par la présence d’un étage à hauteur réduite. L’enseignement n’en sera toutefois pas perdu, et on la verra subsister sous forme d’arc de décharge souvent incorporé à la maçonnerie..
Le constructeur d’alors ne dispose que de deux matériaux : la pierre et le bois. (Nous sommes encore bien loin des fers IPN ou des poutres en béton armé et précontraint…) : La pierre en relative abondance… Le bois, en grosse section, moins disponible et cher.
Comme les murs ne peuvent avoir moins de 1 pied 1/2 d’épaisseur (50cm) pour assurer la cohésion des moellons tout venant, le linteau doit également avoir cette largeur d’appui et une hauteur au moins équivalente. Comment choisir ?…

Contrairement à ce que pourrait croire un esprit non averti, la charge de rupture du bois (chêne, chataîgnier, sapin..) est supérieure à celle de la pierre à section égale. Par ailleurs obtenir un bloc monolithique sans faille de 2500cm² de section sur 2m60 est un exploit que seules quelques carrières de la région peuvent réaliser, mais à un prix prohibitif… De même un fût de chêne rustiquement équarri à 50cm provient d’un arbre agé d’au moins deux cent ans et ça ne devait pas se trouver à chaque coin de la forêt, le plus souvent possession seigneuriale et jalousement exploitée.
Nos artisans et entrepreneurs n’étant pas en reste d’imagination et de technique, ce fut par la combinaison des deux matériaux, la pierre et le bois que fut résolu le problème délicat du linteau de grande portée. Le bois d’un seul jet (chêne dans nos régions) caché par la pierre en linteaux composites aux combinaisons multiples et parfois inattendues…
Notre propos se limitant à éveiller l’intérêt et la curiosité, c’est sur les quelques exemples ci-dessous choisis parmi d’autres dans le quartier de la Pêcherie, que nous vous invitons à réfléchir et méditer... Laissant aux virtuoses du calcul vectoriel le plaisir d’analyser les diagrammes des forces en présence…

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Sur le quai Nord, ce beau linteau composite fait l’admiration des amateurs.
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Rue Poissonnerie, ce curieux assemblage suscite bien des interrogations…
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Voussure en arc brisé (XIII°)

Il est certain que la voussure clavée fut réservée, dans ses différentes déclinaisons, aux grandes ouvertures des grands monuments religieux ou civils, en raison de la résistance presque infinie de la pierre à l’écrasement (dessin ci-contre).

Cependant les maîtres-maçons constructeurs des modestes maisons d’habitation des XV°, XVI°, XVII° siècles eurent fréquemment recours à ce type de voûtement pour raison d’esthétique quand il s’agit de petites baies, mais aussi de résistance quand ce type de voussure servait à limiter l’ouverture de grandes échoppes d’artisan ou d’arcades de cirdulation abritée comme on peut en voir à Tournus (place de l’H. de Ville) ou à Louhans [5].

Le visiteur du quartier de la Pêcherie, l’amateur d’art, pourra rêver devant de nombreuses voussures de différents types. Nous nous bornerons à présenter ici trois de ces voussures qui firent successivement l’objet d’étude et de mise en valeur, par nos soins :

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Maison des Gendarmes (XV° siècle), Rue du Dr Privey.

La voussure d’entrée du long couloir qui menait aux écuries est ici en arc de plein cintre demi circulaire. Elle est constituée de sept claveaux dont une clef saillante et sculptée. A l’examen, il semblerait que le fronton renaissance qui la surmonte soit postérieur à cette voussure et rajouté pour des raisons de prestige.
De nombreuses petites voussures semblables sont visibles dans toutes la ville de Tournus. A l’amateur de les découvrir…
Il faut noter que très souvent le niveau du sol était situé entre 0,40 et 120cm plus bas que le sol actuel ; parfois plus dans les parties basses de la ville ( Ici : 0,40m ).

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Le Logis du Poète (XVI°siècle), 7 rue des Saules.

Peut-on parler ici de « voussure » ? ou faut-il l’appeler « Linteau composite » ?
Il s’agit en fait d’une composition originale des deux formules, destinée à limiter deux ouvertures : l’une rectangulaire d’accès à l’étage, l’autre, à la couverture d’une échoppe d’artisan (pêcheur ? fabricant de filets ?).
La pierre en « TAU » qui surmonte le pilier central est le point d’appui des deux formules : un linteau composite pour l’ouverture et une voussure en anse de panier, d’une audace inouie, pour couvrir l’échoppe. Le pilier et la pierre en tau ont l’épaisseur du mur : 1 pied ½ (50cm).
Les monolithes apparents, (limités en rouge) d’épaisseur ½ pied, étaient doublés intérieurement de voussures clavées en petit appareil reposant sur les mêmes appuis. Encore visible derrière la porte étroite.
L’audace de la voussure de l’échoppe consiste en ce que la « flèche » du grand arc de l’anse est d’environ 2,5 cm et que les forces reportée latéralement sont immenses…

Et pourtant, ça tient…

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Voussure du porche de la Maison du Roi Guillaume (Milieu du XVI°siècle),

Cette voussure est remarquable à plus d’un titre :

- a) Sa forme est particulièrement harmonieuse. (lire ci-contre)
- b) Les claveaux qui la constituent sont des pierres minutieusement taillées, de l’épaisseur du mur : 2 pieds (67cm). L’ensemble supporte un poids de maçonnerie supérieur à 30 tonnes.

- c) Un ébrasement intérieur de la voussure témoigne de la parfaite maîtrise de l’utilisation de la pierre par le constructeur.

- d) La clef de voûte est frappée d’un écusson entouré de palme qui est resté intact.

BAIES… LINTEAUX ET VOUSSURES (suite et fin)

La promenade à laquelle je vous conviais en ouvrant cette rubrique se termine ici...

En mettant en exergue des paroles de la chanson de Jacques Brel, je n’avais d’autre intention que d’inviter le visiteur à regarder « autrement » les baies et ouvertures diverses de nos vieilles maisons.

J’étais, et je demeure, persuadé que l’examen comparatif des multiples formes et proportions de nos « fenêtres » anciennes pouvait être source de plaisir esthétique, s’ajoutant à celui de la découverte des grands monuments historiques qui est généralement le principal motif de visite de nos villes médiévales.

J’espère que les redondances imposées par le découpage en articles trimestriels successifs n’ont pas trop alourdi un texte que je voulais le plus simple et le plus accessible possible.

Peut-être que les exemples qui closent cette rubrique illustreront, mieux que mes longues justifications, l’invitation à la découverte du sens artistique que possède la moindre fenêtre de nos humbles maisons.

A travers le prisme du goût artistique et de la poésie, la belle façade tournusienne du XVIII° peut être perçue comme une œuvre d’art moderne que n’aurait pas reniée un Mondrian…

P.-S.

Cet article, ainsi que les illustrations qui l’accompagnent, ne fait aucun emprunt à d’autres écrits antérieurs. C’est une réflexion inspirée par mon expérience artistique personnelle et mes voyages de recherches. Je me dois cependant de citer quelques ouvrages, où j’ai pu retrouver des préoccupations semblables aux miennes :
— -le site : www.pierreseche.com/
— -Le tome « BORIES » de la collection « Lubéron images et signes » (Edisud)
— - D. RIBA et J.MOULIN : « A la recherche des premiers Bâtisseurs » Edt. France Empire" 1977
— -« Préhistoire de la Bretagne » ouvrage collectif, Ouest-France édit. 1979

entre’autres... !

Notes

[1] Lexique des termes techniques utilisés.

- Arcade : n. fém. Ensemble architectural constitué par des supports et un arc enjambant le vide situé entre ceux-ci. Elle est dite aveugle lorsqu’elle est appliquée contre un mur.

- Baie : n. fém. (de béer). 1. Arch. : Large ouverture murale faisant office de porte ou de fenêtre.

- Claveau : n. masc. (lat. clavis « clé »). ARCH. Pierre taillée en forme de coin, utilisée dans la construction d’un arc, d’une voûte, etc. Le claveau qui est situé au sommet est la clé ; ceux qui s’appuient sur les supports (de l’arc, de la voûte) sont les sommiers. Syn. de voussoir.

- Fenêtre : n. fém. 1. : Ouverture aménagée dans le mur d’un bâtiment, pour laisser passer la lumière et/ou l’air. Percer une fenêtre. Regarder par la fenêtre. Une fenêtre qui donne sur la rue. 2. : Élément de menuiserie équipant cette ouverture et comportant un châssis fixe (ou dormant) dans lequel vient s’encastrer un second châssis fixe ou mobile, pourvu d’un vitrage. Ouvrir, fermer la fenêtre.

- Croisillon : n. masc. : 1. Traverse d’une croix. 3. Traverse partageant une baie, une croisée. / n. plur. Baguettes de bois croisées qui maintiennent les carreaux des fenêtres anciennes.

- Linteau : n. masc. (lat. pop. limitans « qui limite »). Traverse horizontale de bois, de métal ou de pierre qui soutient la maçonnerie placée au-dessus d’une baie.

- Meneau : n. masc. 1. : Anc. Montant ou traverse de pierre qui compartimente une baie. 2. : Montant d’une croisée. / Moulure décorative d’un fronton.

- Nombre d’or : (souvent évoqué dans ces Cahiers) C’est l’expression numérique (1,618...) d’une proportion remarquable, connue depuis l’antiquité, liée à de nombreux phénomènes naturels et aux propriétés du pentagone, du décagone réguliers. Redécouverte au XV° siècle par Paccioli qui parle de « Divine proportion » et L. de Vinci de « Section dorée ». Il semblerait que l’expression « nombre d’or » ne soit pas antérieure au XIX°siècle. (« Que sais-je » P.U.F.).

- Piédroit ou pied-droit : n. masc. Montant ou mur vertical portant les retombées du couvrement de la baie ou celles des arcs, des voussures, etc. Syn. jambage.

- Rectangle : n. masc. GÉOM. Parallélogramme ayant quatre angles droits. Note : Tout rectangle est suffisamment défini par sa longueur et sa largeur. Le rapport Longueur/largeur est conventionnellement appelé coéfficient de forme (K) . Le Carré est un rectangle à quatre côtés égaux.

- Sommier : n.masc. Claveau qui porte directement sur le support.

- Tableau (de baie) : épaisseur d’un mur faisant saillie en dehors d’un encadrement de porte ou de fenêtre.

- Trumeau : Par ext. ARCH. Pilier vertical séparant en deux la baie d’un portail et soutenant le linteau.

- Tympan : espace compris entre le linteau et la voussure d’un portail il est souvent orné de sculptures ( Christe en majesté dans les églises médiévales).

- Voûte : n. fém. (lat. pop. volvita, de volvere « enrouler »). Ouvrage de maçonnerie de profil courbe, destiné à couvrir l’espace vide situé entre ses supports (murs, colonnes, etc.).

- Voussure : n. fém. Chacun des arcs situés au-dessus d’un portail roman ou gothique. (En retrait les unes par rapport aux autres, les voussures sont généralement ornées de sculptures.) / Arc élémentaire dans une archivolte. / Portion de voûte ou petite voûte.

- Voussoir : voir claveau.

[2] a/b=(a+b)/a

[3] Détail tragi-cocasse : toutes avaient perdu leurs meneaux et croisillons en des temps pas si lointains où la base d’imposition foncière reposait sur le nombre d’ouvertures des façades.Deux seules ont été partiellement restaurées, mais elles ont perdu la belle unité d’origine

[4] …Au Moyen Âge, l’architecte était le maître d’œuvre. Au XIIe siècle, il travaillait encore de ses mains parmi les ouvriers… C’est au cours du XIIIe siècle que le maître d’œuvre prend conscience de sa valeur et que, son état se modifiant, il cesse de travailler de ses mains. Le moine prédicateur Nicolas de Biard, en protestant contre les nouvelles manières des maîtres de chantier, nous renseigne à cet égard : « Il ordonne seulement par la parole et n’y met jamais la main, cependant reçoit un salaire plus considérable que les autres… Les maîtres maçons, ayant en main la baguette et les gants, disent aux autres : « Par-ci me taille » et ne travaillent point. » Ces maîtres d’œuvre jouissaient d’un grand prestige et de toutes sortes de privilèges… Certains s’enrichirent notablement, devinrent propriétaires, s’installèrent à leur compte comme carriers et comme entrepreneurs. La plupart sont restés anonymes… (Encyclopédie Hachette 99)

[5] Avant le XV° siècle, les maisons d’habitation, hormis les hôtels de notables, étaient le plus souvent construites en bois.

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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 15:46

Baies, linteaux et voussures...

 par Jacques Auguste Colin


Le tourisme moderne, de groupe, rapide, superficiel, qui caractérise notre époque n’est pas propice à la découverte profonde de l’âme des êtres et des choses. S’il est légitime et enrichissant de s’extasier devant les innombrables et gigantesques produits architecturaux des deux derniers siècles, il est non moins bénéfique de se pencher et méditer sur les temps où de simples compagnons, promus Maîtres d’oeuvre, ont construit les belles églises romanes et les simples maisons de nos villages... sans niveaux à laser, béton précontraint ou logiciel de CAO ! avec pour seuls outils, le compas, l’équerre, le niveau... et la corde à treize noeuds !…

Le visiteur occasionnel, qui « regarde » mais ne « voit » guère est surtout sensible à la grandeur et à l’harmonie des formes et couleurs, (ce qui n’est déjà pas si mal !) quand ce n’est pas, hélas, au nombre de magasins de souvenirs qui attesteront de son passage en ces lieux.

Peu nombreux sont ceux qui voient dans les « ouvertures » autre chose que des taches plus ou moins rectangulaires, distribuées par commodité dans les belles façades séculaires. Seules quelques voussures remarquables retiennent parfois l’attention…

Et pourtant, quel beau voyage dans le temps et dans l’histoire du « construire » peut être fait par la contemplation et la réflexion devant ces « fenêtres » qui nous regardent et qui ont tant de choses à dire…

Alors, si vous voulez bien me suivre, je vous emmène, oh ! bien modestement, à la découverte et à l’étude des baies… linteaux et voussures de l’origine des temps à nos modestes maisons anciennes


BAIES, LINTEAUX et VOUSSURES...

Voir lexique des termes techniques en bas de page [1]

1) Méditation devant une « ouverture » de cadole. [2]

Qu’y a-t-il de plus simpliste que de déclarer que baies ou ouvertures de passage, peuvent toujours s’inscrire à l’intérieur d’un quadrilatère rectangle ? Y a-t-il figure géométrique plus banale qu’un rectangle ? Et comment peut-on prétendre voyager dans l’espace et le temps par la seule contemplation d’une figure aussi peu évocatrice ?…

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Baie d’une capitelle du Minervois
Selon le regard du lecteur, ce peut être une baie de 30x30cm ou un dolmen de3mx3m.. !

C’est que, voyez-vous, par une sorte de retour aux sources de l’art du « construire », cette figure simple et régulière nous apparaît comme étant sans doute la première qui se soit présentée à la compréhension et à l’analyse de notre ancêtre de l’âge de pierre [3] quand il se mit à quitter ses grottes abris pour un habitat construit par lui-même en des lieux propices à une agriculture et un élevage qu’il commençait à pratiquer... ( certes, en même temps que le cercle, soleil, lune, œil, œuf… etc., mais sans que celui-ci lui posât, pour l’instant, les mêmes interrogations…techniques ou mathématiques. Quoi de plus naturel en effet que de se construire un abri avec les pierres affleurant les grands plateaux calcaires, couches pétrifiées d’anciens fonds marins aux strates plus ou moins épaisses, mais facilement détachables ( lauzes et laives…).

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Laves, ou laives, ou lauzes des affleurements anticlinaux
Village de « bories » près de Gordes

Comme un enfant qui, trouvant un jeu de carte qu’il ne peut comprendre, les assemble pour en faire un château… : Deux cartes verticales, une carte horizontale et voici notre abri, notre dolmen conçu, notre rectangle révélé, et les problèmes qui commencent !… :

- Stabilité et écartement des cartes verticales, (que nous appelons « pieds-droits »),
- Poids, dimension, résistance de la carte horizontale, (que nous appelons « linteau » ),
- Extension de cette figure à la dimension humaine…

Si je vous présente ci-dessus cette image à double échelle (baie de 30 x 30 cm ou dolmen de 3 m x 3 m, photo-montage) d’une capitelle [4] des Cévennes minervoises, c’est qu’y apparaît clairement, selon le regard

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Bories du Lubéron
Remarquer le long Linteau composite (2 rangs de pierres longues) qui supporte le poids de la construction.

qu’on lui porte, l’ensemble des problèmes élémentaires ou complexes, (le linteau fendu en est un…) qu’aura à résoudre notre apprenti constructeur pour en arriver en 15000 ans à la notion d’esthétique du rectangle à Louksor ou au Parthénon, en passant par la civilisation mégalithique, les minuscules habitations Ligures, les tombes Minoennes de pierres sèches, et nos merveilleuses églises romanes… j’en passe…

Même si les minuscules abris en pierres sèches (cadoles) qui nous restent n’ont guère plus de cinq cents ans, on peut parier que notre homo sapiens ne mit pas longtemps à se familiariser avec cette technique élémentaire d’élévation de murs avec des matériaux de ramassage, à imaginer rapidement la couverture des enceintes par de longues pierres posées, à inventer après quelques milliers d’années la voussure clavée et la voûte en encorbellement…

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Voussure archaïque d’une borie du Lubéron (Gordes)

N’y a-t-il pas de quoi rêver longtemps devant cette émouvante voussure clavée dont on se demande par quel miracle elle a pu supporter pendant plusieus siècles les dizaines de tonnes qui la compressent ? Le résultat ne provient d’étude mathématique, mais d’expérience longuement et péniblement acquise !

2) Essai sur les contraintes

C’est probablement au paléolithique ( 30000 à20000 ans avant notre ère) que les « Cro-Magnon » chassent ou absorbent les derniers « néanderthal ». La température moyenne de notre continent est inférieure de 6° à la température actuelle. La végétation des petits sommets est celle de notre moyenne montagne. Les grottes et abris naturels ne suffisent plus comme refuges pour une surpopulation relative (et oui !), et notre grand-père se fait pasteur et de nomade se sédentarise de plus en plus.

C’est probablement à cette époque que notre ancêtre se mit à construire de manière empirique ses premiers abris de pierres de ramassage ou de délitage, feuilles de lave (Cévennes, Auvergne..) ou strates calcaires de fonds marins pétrifiés comme on en trouve partout où la mer avait précèdé le soulèvement alpin, notamment au sommet des grands anticlinaux des préalpes ou des rides bourguignonnes bordant le fossé bressan, entre autres...

Dès la pose des premières pierres, hors de toute préoccupation esthétique, notre ancêtre, aussi intelligent que nous mais sans expérience acquise, dut résoudre une série de problèmes qui nous paraissent aujourd’hui élémentaires :

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Problèmes de construction.. !

Problèmes de construction...

- a) comment assurer la stabilité et la cohérence des murs de mon abri ?
- b) comment réaliser avec ces mêmes pierres une couverture solide, étanche et isolante ?
Ceux d’entre-nous qui, par jeu, par goût ou par nécessité, ont fait l’expérience d’assembler à sec, ces pierres généralement plates, de dimension et formes variables connaissent bien ces passionnantes difficultés.
C’est sans doute après bien des tâtonnements et de probables éboulements, que la solution la plus naturelle et la plus simple apparut aux yeux de notre apprenti bâtisseur :
- a) augmenter l’épaisseur des murs pour pouvoir assurer leur équilibre par un croisement horizontal judicieux des lits de pierres.
- b) Couvrir, aussi bien l’ensemble que les ouvertures de passage ou d’aération, par un léger débord intérieur de chaque lit ajouté, tout en liant les lits successifs, légèrement inclinés, par le même croisement.( Ce que nous appelons de nos jours la « technique de l’encorbellement », ce qui bien sûr, ne voulait rien dire pour notre estimable ancêtre…).

Il est très intéressant de remarquer que dans des conditions de terrain favorables (plateaux aux nombreuses couches superficielles délitées…) , il n’est besoin d’aucun outillage particulier pour réaliser de tels abris.
Il suffit d’un peu de réflexion et d’esprit d’observation et beaucoup « d’huile de coude »…pour se construire un minuscule abri contre les intempéries et les prédateurs.
Je continue de croire que ces minuscules habitations furent les prototypes lointains de nos cadoles, bories, et autres capitelles que l’on construit ou reconstruit encore de nos jours. (Notre photo : Borie dans le Lubéron –XVII° s.)

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Grande borie à étage à GORDES

Borie avec escalier d’accès à une « pièce » à l’étage

Il est probable que quelques individus plus doués, plus perspicaces, devinrent peu à peu les spécialistes écoutés, les premiers « maîtres d’œuvre » pour aboutir en quelques dix mille ans à des réalisations comme celle de Newgrange (4000 av.JC - Irlande), souvent présentée comme un chef d’œuvre du génie humain, avec sa coupole en encorbellement, et ses linteaux monolithes avec vides de décharge.

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Vous pouvez, cher lecteur, justement vous demander ce que vient faire cette démonstration dans un article destiné à faire rêver sur les baies et ouvertures des maisons de nos villages !

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Linteaux et pieds droits à Louksor

C’est que voyez-vous, je trouve fascinant qu’il se soit écoulé au moins une dizaine de millénaires de réflexion, d’acquisition manuelle et de technique d’extraction, de taille et de polissage de la pierre, pour que l’être humain résolve les problèmes posés par le poids de ses constructions s’exerçant sur les espaces libres des baies et des volumes...
Et pour voir apparaître le linteau droit de résistance calculée, (architecture égyptienne-dessin ci-contre) avec comme conséquence l’apparition de la notion d’esthétique du rectangle dont je vous parlé précédemment...
Et encore quelques autres milliers d’années pour qu’apparaisse, dans la Rome antique, la voussure en arc de plein cintre (annonciatrice de notre art roman) qui succédait au triangle théoriquement indéformable des temples grecs.

En visitant Tournus, ou toute autre ville aux vestiges médiévaux, il est agréable et enrichissant de méditer et découvrir comment nos compagnons maçons, bâtisseurs des XI° au XVIII° siècles. souvent sans autre école que la tradition orale, ont parfois résolu avec inventivité les mêmes problèmes que leurs lointains prédécesseurs : Il suffit de poser sur baies et voussures un regard « différent  ».

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Cadole Tournusienne

Voir en notes un lexique des termes utilisés [5]

3) Essai sur la « forme » :

Méditation sur les proportions du rectangle

Il est difficile de croire que la contemplation du rectangle (dans lequel s’inscrit une baie ou une ouverture) puisse procurer un plaisir d’ordre esthétique. Pourtant de grands auteurs l’affirment et de nombreux artistes ont, de l’antiquité à nos jours, appuyé leurs travaux sur cette constatation.

Je ne puis évidemment développer ici cette théorie, qui fait appel à des notions mathématiques et physiques parmi lesquelles j’aurais vite fait de me perdre… ! Il me suffira je crois de poser la question suivante, pour susciter chez ceux que mon propos excite, l’envie de poursuivre plus avant :

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— Qu’est-ce qui différencie essentiellement un rectangle, d’un autre rectangle ? ou, pour rester dans le cadre de mon sujet : qu’est-ce qui différencie une fenêtre rectangulaire d’une autre fenêtre rectangulaire ?… (hormis leurs surfaces bien entendu).

— Je crois qu’il sera évident pour tout le monde que c’est le rapport des dimensions Longueur / largeur, et lui seul, qui nous fera décider que deux rectangles (ou deux baies rectangulaires) sont semblables ou différents. Ce rapport Grand côté/Petit côté peut toujours s’exprimer par un nombre entier ou fractionnaire égal ou supérieur à 1 (cas du carré), rarement supérieur à 2.

Ce nombre, représenté le plus souvent par une fraction (par exemple 3/2 pour 1,5) est appelé par les géomètres et constructeurs coefficient de forme, affecté de la lettre K.

J’emploierai donc cette formule pour les quelques exemples particuliers qui illustreront la suite de cet essai.

Les questions qu’il est très intéressant de se poser maintenant sont les suivantes :
- a) : Existe-t-il vraiment parmi l’infinité des rectangles possibles, des modèles dont la « forme » K procure à l’observateur un plaisir esthétique et un sentiment d’accord et d’harmonie ?
- b) : Y a-t-il eu dans l’histoire de la construction, des formes temporairement privilégiées qui nous permettraient, en les reconnaissant, de comprendre les préoccupations et les contraintes de nos lointains ancêtres.

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Exemple composition rectangulaire
Lumière du soir sur le tuilerie-

— Pour un artiste peintre, la réponse à la première question est forcément oui. Il n’est que de constater avec quelle régularité certains artistes choisissent tel ou tel format pour leurs compositions établies sur des schémas simples dans lesquels le rectangle a souvent une place prépondrante.

— Pour l’ensemble des humains, la réponse est plus nuancée car il faudrait qu’elle s’appuie sur des études statistiques à grand échantillon. Celles-ci restent à faire, même si on signale ici et là des recherches tendant à la résoudre.

Pour ne pas sortir du cadre de ma réflexion (locale et subjective) et laisser à ceux que mon bavardage intéresse le soin de s’en faire une opinion, j’ai imaginé pour mes lecteurs la petite expérience suivante :

Sur cette photo d’une suite de façades tournusiennes(2), que beaucoup reconnaîtront, on peut discerner un grand nombre de rectangles (baies ou façades) de K différents.

— Question simple : y a-t-il certains rectangles que vous trouvez plus élégants que d’autres ?

Si vous trouvez cette expérience un peu débile et sans intérêt, vous pouvez quand même vous réjouir de la vision d’ensemble et des rythmes de la composition...

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Composition rectangle

les fenêtres sourient, les fenêtres murmurent, les fenêtres jacassent, les fenêtres chantonnent, les fenêtres gentilles., les fenêtres musardent... Jacques BREL, « Les fenêtres »

Certains auteurs, savants ou physiciens, ont osé faire le parallèle des rapports K des rectangles avec ceux des rapports de fréquence qui caractérisent certains accords musicaux. Par exemple, en terme d’acoustique, le rapport 3/2 (1,5) caractérise l’accord musical de quinte juste particulièrement agréable à l’oreille. De même le rapport 4/3 (1,333…) caractérise l’accord musical de quarte juste… etc… On peut donc à juste titre se demander si ce qui est valable pour l’oreille ne le serait pas pour les yeux ?

Je ne m’aventurerai pas à répondre à cette question qui cependant, justifie l’invitation que j’adresse à mes lecteurs de porter un regard différent sur les « baies , linteaux et voussures » de leur village ou d’ailleurs…

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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 09:30
Amendement la Raudière : suppression de l'avis conforme des architectes des bâtiments de France
Le Parlement vote la fin des architectes des bâtiments de France et la suppression du système français de protection du patrimoine et des paysages.
Un amendement à la loi de relance dite "accélération de la construction", proposé par Madame de la Raudière, députée d'Eure-et-Loir, et voté par l'Assemblée nationale, a supprimé l'avis conforme des architectes de bâtiments de France aux permis de construire et autorisations de travaux, dans les zones de protection du patrimoine et des paysages.
Vendredi, le Sénat, en présence de six ou sept sénateurs, a également voté cette disposition malgré un amendement de suppression proposé par le sénateur Yves Dauge.
La conformité d'un avis signifie que le maire est obligé de le respecter, à moins de le contester au niveau du Préfet de région. L'avis conforme est l'outil essentiel à la mission de l'architecte des bâtiments de France et le fondement de son autorité. Sans l'avis conforme, l'architecte des bâtiments de France n'est plus rien, car il n'a pas d'argent à distribuer pour faire respecter ses prescriptions.
Les zones de protection du patrimoine et des paysages (ZPPAUP), au nombre de 500 sur le territoire, ont été instaurées en 1983 après les lois de décentralisation. Ce sont les outils les mieux adaptés à la protection du paysage, établis par concertation entre les communes concernées et l'architecte des bâtiments de France. Depuis leur création, l'Etat a poussé à remplacer par des ZPPAUP les périmètres de protection du paysage autour des monuments historiques, pour lesquels l'architecte des bâtiments de France dispose de l'avis conforme.
L'amendement la Raudière a court-circuité le débat sur le même sujet prévu dans le Grenelle 2 de l'environnement, pour lequel le gouvernement vient de commencer une concertation avec des associations de défense du paysage ! Le gouvernement est resté inexplicablement passif devant la suppression du rôle principal et de l'autorité de ses fonctionnaires. Monsieur Devedjian s'y est dit tres favorable, ajoutant que le Ministre de la Culture, "roue de secours" de cette procédure, pouvait se saisir le cas échéant. C'est malheureusement illusoire.
Au delà de la fin des architectes des bâtiments de France, l'amendement la Raudière abroge un siècle d'organisation et de progrès de la protection du patrimoine et des paysages en France.

La FNASSEM demande au Parlement et au gouvernement de revenir sur cet amendement à l'occasion du débat en commission mixte paritaire.
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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 18:13
chardonnay
Le patrimoine d'un village en terroir mâconnais

Nichée au creux de ses collines en Haut Mâconnais, la commune va accueillir la St Vincent de Bourgogne. Voilà un événement exceptionnel qui va porter le calme village millénaire (n'a-t-on pas célébré son millénaire en 1988 ?) sous les feux de l'actualité.
Plus anciens encore, les restes sur les hauteurs de la Pierre de Matafin, effleurement calcaire rappelant un dolmen, demeurent lieu de fascination et d'interrogations : occupation préhistorique, ou voie de communication, ou lieu de rassemblement et de pratiques cultuelles ?
Au hameau de Champvent la Grange aux Dîmes, signe de l'implantation de l'abbaye St Philibert, fut centre de stockage et de gestion et propriété des moines de Tournus au XVIe siècle. Un peu antérieur, le vieux château construit au bourg par les Seigneurs de Chardonnay et les chanoines de St Vincent de Mâcon, plus maison forte que véritable forteresse en dépit de ses tours d'angle, possédait les bâtiments et installations nécessaires à un domaine agricole.
On est là au cœur du village, près du lavoir et des caveaux de dégustations tout spécialement créés pour ce week-end, alors que la vieille église romane, placée sous le patronage de St Germain et ensuite de St Roch, a été récemment réhabilitée et dotée d'une toiture remplaçant le clocher victime de la foudre.
Là se succéderont en boucle les images d'un diaporama qui aidera à découvrir le village, complété par une exposition de photos au château de Montlaville surplombant le bourg. La demeure possède les caractéristiques d'une maison bourgeoise cossue construite au milieu du XIXe par le maire, député, préfet, sénateur, baron Chapuys Montlaville. Ce quartier est peut-être le plus ancien, la mention du celte Cardius et de la « villa Cardonaco » faite dès le Xe siècle aurait évolué pour donner le nom actuel de la localité. Un nom que partage aussi le cépage mondialement connu qui sera à l'honneur durant les deux journées exceptionnelles à venir.
Michel Buchaillard
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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 12:48

2008 : on en a de la chance !

15 réactions

Yves Michaud philosophe.

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Bye-bye baby-boomers.

Il y a bien, comme on dit pour payer sa révérence à la gauche, des pauvres, des très pauvres, des riches et des super-riches (où sont les moyens ?), mais le fossé est de plus en plus clairement entre les baby-boomers, retraités ou préretraités, et les nouveaux entrants. Ces papy-boomers ont été les bénéficiaires des Trente Glorieuses. Ils se sont fait des rentes, y compris intellectuelles (1968). Maintenant ils ont leurs biens, leurs assurances-vie, leur résidence secondaire et ils s’y cramponnent bec et ongles - malgré le régime avantageux des donations. En face, il y a les générations précarité : avec des diplômes qui ne donnent pas grand-chose, le culte de la performance, des premiers emplois précaires, des difficultés de logement. Beaucoup ont en plus une donne d’enfants d’immigrés bien différente de celle des premiers arrivants. Le rapport de force est en train de basculer politiquement, économiquement, culturellement. Les vieux s’accrochent à leur establishment. Difficile de passer la main. Un des enjeux de la crise est de savoir qui en supportera le coût…

Mes gènes et moi

La génétique du tournant de 2000 confortait l’individualisme : il y avait l’individu et ses gènes. Quand on connaîtrait sa carte d’identité génétique, on saurait tout sur lui : ses talents, ses défauts, ses maladies, son patrimoine. Les progrès foudroyants et constants de la connaissance des génomes, grâce en particulier aux automates de décryptage informatique, compliquent diablement le paysage. D’abord, il n’y a pas que des animaux supérieurs (nous !) mais une incroyable diversité génomique dont nous n’avons qu’une petite idée, ne serait-ce qu’à cause de tous les organismes que recèlent les océans. Ensuite nos gènes ne sont pas vraiment nôtres : nous en héritons et les transmettons au service de l’espèce. Ces héritages et transmissions sont extrêmement complexes et hasardeux. Il y a la donne de départ, la manière dont elle interagit avec l’environnement, avec les autres génomes aussi. Quant à l’action des gènes, elle est rarement celle d’un gène mais de complexes de gènes. Dans tout cela, l’individu apparaît un miracle, et surtout fort peu de chose. Du coup, il est bien obligé de prendre conscience de la chance qui le fait tel qu’il est. L’individualisme ne disparaît pas pour autant : il devient un individualisme de la loterie. Il en naît une illusion parfaitement absurde quand on y réfléchit, mais terriblement tenace : pourquoi n’aurais-je pas été, ne serais-je pas, autre que je ne suis ? L’obsession contemporaine de la gestion de soi se réplique alors dans le fantasme de la possibilité d’être un autre. Un indice de cette illusion : le succès constant des jeux de loterie. Un coup de baguette magique pourrait changer la vie.

Ma petite patrie

On parlait de mondialisation, comme s’il fallait lui dire oui ou non. Mais elle était déjà là sous forme de produits importés, de virus, de délocalisations, de pirates s’emparant de porte containers au large des côtes de Somalie, de crise qui se répercute en cascade. Du coup, le timbre-poste hexagonal qui précède tous les journaux télévisés avec le bulletin météo est bien dérisoire. Il était question d’être à la fois local et global. Sauf que le local, ce n’est plus l’Hexagone, c’est l’équipe de foot «locale», la cité, le monde virtuel des affinités et des rencontres. Résultat : les Franco-Tunisiens sifflent la Marseillaise pour faire aussi bien que les Franco-Algériens avant eux. Les rencontres «internationales» deviennent des matches locaux entre cités… Paris contre les Chtis, Tunisie-France : des derbys comme Lyon-Saint-Etienne.

La morale, pfuitt

On n’a jamais aussi été moralisateur : il faut vêtir ceux qui sont nus, héberger les sans-toit, nourrir les affamés… On met des comités d’éthique partout. Essayez de dire qu’un tel est un sale type, que l’ex d’une jeune femme est un petit voyou qui vivait à ses crochets, que tel universitaire est archinul et place ses maîtresses : vous aurez affaire à la justice. Car la morale n’a en réalité plus cours. Ce qui en tient lieu : les décisions plus ou moins compétentes des juges et les discours plus ou moins bien payés des avocats. La chicane, comme dirait Voltaire, fait la morale…

La politique faible

Bush nationalise les pertes, Brown les banques, Sarkozy multiplie les déficits et tout le monde relance avec des crédits empruntés mirobolants (empruntés à qui ?). Chacun est pris à contre-pied et tente sa chance en imitant le voisin. Les plans, programmes et résolutions disparaissent face à une réalité opaque mais terriblement coriace. La politique, ce n’est plus le changement, plus la révolution, pas même la gestion hégélienne du monde : c’est une politique faible qui fait ce qu’elle peut et peut peu. Sauf que même ce peu, tout le monde en veut. Ce n’est pas le retour de l’Etat gestionnaire, pas le retour de l’Etat Commonwealth ou République, c’est le retour de l’Etat assureur et rassurant, de l’Etat sauve-qui-peut. C’est aussi le retour de la déesse Fortune : pas celle des traders, celle du sort.

Dernier ouvrage publié :l’Artiste et les commissaires, Hachette Plurielle
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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 12:45

Politique fiction : 2018, l'odyssée des "drogues propres"

 Audrey Cerdan

En partenariat avec VoxPop.(De 2018) C’était presque de la nostalgie. Il faut dire qu’une tonne de cannabis dans un go-fast, on n’avait plus entendu un truc pareil depuis un petit moment. J’en étais récemment venu à me demander si le Maroc exportait encore un peu d’or vert. La dernière saisie du genre doit bien remonter à une dizaine d’années, ça avait donné à Sarkozy, qui se remettait à peine de sa première élection à l’Elysée, une nouvelle occasion de pérorer.

C’est qu’aujourd’hui, les saisies de hasch se font rare. Comme les fumeurs d’ailleurs. Si l’on en croit le ministère de la Santé, en dix ans, les Européens ont divisé leur consommation par deux. Idem pour l’héroïne et la cocaïne.

Mais comme « un monde sans drogues n’existe pas » et que la nature a horreur du vide, dans le même temps, la consommation des désormais fameuses « clean drugs » (ou « drogues propres ») a, elle, sextuplé. Tout va très bien madame la marquise, dans la France de 2018, on se drogue toujours autant. Mais on se drogue légal. National. Médical.

Un demi-siècle après que l’expression fut forgée par Nixon alors que l’Amérique ramassait à la petite cuillère des GI de retour du Vietnam les valises bourrées d’héro, la « guerre à la drogue » aurait-elle finalement vu la victoire de l’Occident?

Si les pays riches n’ont pas « éradiqué les plantes à drogues de la surface de la Terre », comme l’avait promis le président Clinton à l’ex-ONU en 1998, ils ont toutefois obtenu des progrès spectaculaires. Les plantations de cannabis, de coca ou de pavot à opium sont en recul dans presque toutes leurs zones de culture traditionnelles. Au point de poser de graves problèmes financiers dans des pays comme l’Afghanistan ou le Mexique, devenus de véritables narco-Etats dans les premières années du XXIe siècle.

Aujourd’hui, seuls quelques pays comme les Pays-Bas continuent à entretenir une production locale de cannabis. Mais à échelle artisanale, pour les nostalgiques et les touristes sexagénaires toujours friands du kit gouda-pétard-pute de leur jeunesse.

Orange pour danser, blanche pour se calmer, violette pour discuter…

Faites le test [ceci n’est qu’une expression, l’auteur de ces lignes ne vous encourage nullement à contrevenir à la loi, ndlr]: proposer un joint à un jeune de nos jours revient à offrir du foi de veau à un végétarien.

A tel point que l’interdiction de la vente libre du papier à rouler est entrée en vigueur l’année dernière dans l’indifférence la plus totale. A l’heureuse surprise du gouvernement.

Comment expliquer ce « miracle »? Là où militaires et policiers se sont cassé les dents pendant des décennies, l’armée pharmaceutique a fait des merveilles.

Orange pour danser, blanche pour se calmer, violette pour discuter, bleue pour nager, noire pour sauter le déjeuner… à chaque moment de la journée sa « drogue propre », selon l’expression popularisée par les communicants de labos surfant sur la vague hygiéniste du début du siècle.

Inutile de demander à votre médecin, il ne peut qu’être pour. La fine fleur de la recherche française vous garantit des produits sans effets secondaires. Adieu bad trip, descentes cafardeuses et insomnies, tout est aujourd’hui pensé pour que le bien-être le dispute au bien-être.

Et puis, comme on dit: « Si ça faisait pas du bien, ce serait pas des médicaments, ce serait de la drogue »; « ça se trouverait pas chez le docteur mais chez le dealer ». Les pilules sont aujourd’hui si discrètes, sûres et dosées au millimètre que l’on en vient à se demander comment la génération Kate Moss a pu se contenter de « lignes » de coke pleines de « grumeaux » et coupées au sucre vanillé. A la fin du XXe siècle, la cocaïne en vente dans la rue n’aurait contenu que 10% de cocaïne pure…

Ç’avait commencé avec les corn flakes à la Ritalin

En 2008, 10% des jeunes Américains étaient sous Ritalin, la première des « clean drugs » à avoir été utilisée à grande échelle, pour soigner des « troubles de l’attention ». Sa version moderne est aujourd’hui consommée par plus d’un enfant sur deux. Directement ou dans des éléments enrichis: les corn flakes à la Ritalin représentent désormais 27% des ventes de Kellogs dans le monde!

Pour les parents, l’objectif est clair: avoir la paix. Et le résultat est là: les trois quarts des parents d’enfants sous Ritalin disent ne plus avoir à s’occuper du tout de leur progéniture. Soit dix heures de loisirs en plus pour un couple avec deux enfants.

Impressionnant, lorsqu’on se souvient qu’il y a encore dix ans, la délinquance des mineurs était l’un des soucis majeurs des Français, et que les jeunes squattaient les cages d’escalier pour y vendre de la drogue…

Sur ce terrain-là aussi, les résultats sont frappants. La Ritalin semble avoir réussi à mettre un terme à l’agitation dans les banlieues plus sûrement que toutes les compagnies de CRS réunies.

Non seulement les drogues propres ont asséché un marché illicite déjà chancelant, mais l’engouement des jeunes désoeuvrés pour des produits capables d’annihiler purement et simplement le sentiment de lassitude ou de révolte, a permis de pacifier les barres HLM.

 Audrey Cerdan

Idem pour le Viagra, « le » blockbuster historique des « clean drugs ». A New York, évoquer la perspective de rapports sexuels sans Erosa -la nouvelle formule du Viagra qui stimule non seulement l’érection chez l’homme mais également la libido chez la femme- soulève autant d’enthousiasme qu’une salade rutabagas-topinambours. C’est bio. Mais c’est pas bon.

Selon le magazine J’assume mes plaisirs, les Français auraient en moyenne des rapports sexuels deux fois plus fréquents depuis que l’Erosa est remboursé par la Sécurité sociale sans ordonnance (résultat d’un hallucinant « cadeau » du ministre de la Santé sortant à l’industrie pharmaceutique). Et le marché n’est pas prêt de se tarir: l’âge moyen de la première prise est tombé à 13 ans.

Jusqu’à 20% de productivité en plus

Au bureau, la pression sociale s’est également faite de plus en plus forte. Selon les résultats de plusieurs audits concordants, un salarié a une productivité accrue de 20% dans les six heures qui suivent une prise de Workfast, un dérivé d’amphétamine et de betterave synthétique, dernière née des drogues propres.

Avec deux prises par jour, un salarié peut donc assurer une journée moyenne (11,45 heures en 2017 en France) de production par semaine. Et pas besoin de perdre du temps à courir les pharmacies pour vous en procurer, depuis deux ans, certains médecins d’entreprise sont autorisés à les délivrer sur le lieu de travail.

Difficile, dans ce contexte, d’expliquer à votre patron que votre religion ou votre maman vous l’interdisent. Les syndicats s’en émeuvent. « Depuis la distribution de Workfast en entreprises, les heures supplémentaires ont triplé et les patrons n’ont plus besoin d’embaucher pour les surcroîts de travail », s’inquiète le leader de la Confédération du bonheur au travail (CBT).

La semaine dernière, un patron a obtenu gain de cause en Justice contre l’un de ses salariés qui refusait de monter sur un échafaudage après avoir pris du Workfast, prétextant que cela altérait son sens de l’équilibre. « A en croire la notice, rien ne laisse à penser que le Worfast altère un quelconque sens », a tranché la cour qui a condamné l’ouvrier à être déchu de ses droits au chômage et à la Sécu.

Pendant ce temps, à Palavas-les-Flots, un croupier de casino a tenu une table 72 heures d’affilée sans que quiconque ne s’en émeuve. Arrivé à l’hôpital, il a admis avoir ingéré trois tablettes de Workfast. Près de dix fois la dose prescrite!

Mais ces problèmes restent l’exception d’après des autorités sanitaires pas très soucieuses d’en savoir plus. Il faut dire qu’économiquement, c’est « la » poule aux oeufs d’or. Comme si toute l’économie des drogues avait, d’un coup de baguette magique, été réintégrée dans l’économie légale. Emplois et impôts à la clé.

Un cas unique de délocalisation, du Sud vers le Nord

Depuis le début du XXIe siècle, le renforcement progressif des frontières liés à la lutte contre l’immigration clandestine et le terrorisme a obligé les trafiquants internationaux à développer des trésors d’imagination pour atteindre les consommateurs du Nord. Et à dépenser de plus en plus pour s’assurer que les différentes forces de sécurité détournent le regard. Résultat de cette inflation sécuritaire: les prix dans la rue ont explosé.

Rapidement, les consommateurs se sont tournés vers des produits synthétiques dont le rapport coût/efficacité était devenu bien supérieur. Autre atout: l’ensemble de la production peut se faire au plus près des principales places de consommation, dans les grandes capitales du Nord.

Un plus depuis la hausse vertigineuse des prix du carburant. Peut-être les historiens de l’économie analyseront-ils un jour ce premier cas de délocalisation industrielle du Sud vers le Nord.

En moins d’une décennie, les cartels pharmaceutiques ont fait main basse sur le trésor des cartels de la drogue. Seules armes: le marketing, la recherche et développement. Et le droit, car l’interdiction de consommation de drogues issues des PTVD (les Pays toujours en voie de développement) n’est pas pour rien dans ce retournement du marché. Le jeu en valait la chandelle: le marché global était estimé par l’OCDE à 2000 milliards d’euros en 2017.

Dans ce paysage florissant, la France n’est pas en reste, grâce à la longue tradition de surconsommation d’anxiolytique et autres somnifères de nos concitoyens. Grâce aussi à une pyramide des âges qui surreprésente des sexagénaires riches, élevés à l’herbe et à l’ecstasy et qui cherchent aujourd’hui à se droguer « relax », sans speed ni risques, en regardant la télé ou pour maximiser ses performances au Scrabble numérique. Un marché en pleine expansion.

Cerise sur un déjà bien beau gâteau: le marché des substituts et des cures de désintoxication, entièrement contrôlés par les mêmes labos à destination des individus identifiés comme non-adaptés à la prise de drogues propres. Une cerise de 300 milliards au bas mot. Dont l’ampleur dépend quasi uniquement de l’ardeur répressive du gouvernement, premier prescripteur de cures obligatoires.

Toujours prêtes à s’adapter à des marchés par nature changeants, les mafias internationales, elles, se sont redéployées sur le trafic d’énergie, qui rapporte aujourd’hui plus que le sexe et les jeux réunis. Dans l’imaginaire populaire, les trafiquants de pétrole, charbon et autres matériels radioactifs ont désormais pris la place du méchant-que-l’on-aime-haïr jusque-là dévolue aux fils spirituels d’Escobar.

Reste le marché des contrefaçons de clean drugs, qui se sont un temps multipliées dans le Sud-Est asiatique. Mais la guerre des subventions aux exportations pharmaceutiques entre Bruxelles, Washington et Pékin rendent ce créneau beaucoup moins attrayant que par le passé.

Des gouvernements occidentaux euphoriques

Quarante ans après Christiane F. et les overdoses d’héroïne dans les rues, avoir « vaincu la drogue », ça fait chic sur un bilan gouvernemental! Prière donc de ne pas noircir ce charmant tableau en abordant la question des dégâts potentiels de sociétés aujourd’hui totalement sous l’influence de l’industrie pharmaceutique.

Car côté santé, étonnamment, alors que le cannabis a été passé au microscope sous toutes ses coutures pendant plus d’un siècle sans qu’aucun résultat tangiblement alarmant ne soit jamais apporté, les pouvoirs publics ne semblent pas pressés de diligenter des enquêtes sur l’utilisation de clean drugs dont les « effets positifs sur le corps social » sont salués de Johannesbourg à Mumbai en passant par Paris.

Consécration l’année dernière: l’inventeur de la Ritalin s’est vu décerner le Nobel de médecine pour son « apport au traitement chimique des déviances et pathologies sociales ».

Mais si les prisons se vident, les hôtels psychiatriques, eux, se remplissent. Officiellement, personne n’a établi de lien de cause à effet entre l’abus de « clean drugs » et l’augmentation des cas de « burn out » et d’enfermements forcés consécutifs depuis une dizaine d’années. Et le serpent se mord la queue puisque les mêmes sont soignés grâce à d’autres clean drugs, aux effets tout aussi garantis par les fabricants.

En privé, les personnels psys sont formels: une majorité des clients qui leur sont envoyés par les forces de l’ordre moral ont pour point commun d’avoir, à un moment ou à un autre de leur vie, abusé de drogues décidément peut-être pas si propres.

Autre ombre au tableau, aux Etats-Unis, un grand procès pour discrimination doit bientôt opposer le cartel des industries pharmaceutiques à des associations d’aveugles et daltoniens victimes d’accidents liés à la prise de pilules de mauvaise couleur aux effets très différents.

A Kansas City, un avocat aveugle s’est mis à danser au beau milieu d’un procès pour meurtre après avoir confondu des pilules achetées la veille en club et sa dose de Workfast.

Pour étayer leur défense, les industriels travailleraient actuellement à des comprimés identifiables au toucher. Un enjeu de taille pour une industrie qui pourrait avoir du mal à se remettre de se voir condamnée comme un vulgaire dealer par la justice.

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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 12:42
Lu sur RUE 89

De Gaza au Congo : des poids, une mesure

Si un mort israélien vaut plusieurs morts palestiniens, combien faut-il de cadavres congolais pour un linceul gazaoui?

C’est un bête entrefilet de quelques lignes, une dépêche AFP que personne ne s’est donné la peine de réécrire ou de compléter. Il est là, tout en bas de la page 6 du Monde daté de dimanche, sous un « vrai » papier sur la crise du gaz Russe qui s’annonce.

271 personnes auraient été tuées depuis le 25 décembre en République démocratique du Congo par les hommes de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA en anglais), un groupe venu d’Ouganda et en route pour la République centrafricaine. Mais il s’agit d’estimations basses et les humanitaires de Caritas parlent aussi de 400 morts.

Moi, je suis comme vous. Je ne ne sais pas grand chose du Congo et de cette Armée de résistance du Seigneur. Et pour cause: personne ne m’en parle jamais. Tiens, je fais un tour sur Libe.fr, histoire d’en apprendre davantage sur les horreurs qui se déroulent dans cette ancienne colonie belge d’Afrique de l’Ouest. Mais je tombe mal: la dernière fois que l’on a mentionné le Congo dans Libé, c’était il y a un mois, lorsque le Pape a lancé un appel à la paix dans le monde pour son message de Noël.

Le Monde en ligne, alors? Hum, s’il publie cet entrefilet, c’est sans doute qu’il en avait déjà parlé plus longuement, des morts congolais? Ah, heureusement qu’il est là, mon journal du soir préféré! Dans ses archives, plusieurs articles évoquent en effet la situation de ces derniers jours et déplorent que l’Europe rechigne à envoyer une force d’interposition au Nord-Kivu.

Mais au Figaro, sur Rue89, à l’Huma, silence radio ou presque

Mais tout de même, ça m’intrigue. Comment un conflit qui a déjà fait quatre millions de morts en dix ans, et tue encore plus d’un millier de civils chaque jour du fait du chaos alimentaire et sanitaire qu’il entraîne, peut-il être aussi peu couvert? Comment les 271 victimes de la LRA (hypothèse basse, rappelons-le) de ces dernières semaines ont-elles pu échapper à la vigilance de nos reporters, de nos analystes, voire de nos manifestants?

Pourquoi des événements aussi tragiques —survenant dans un pays francophone et intimement connectés à un autre drame qui ne devrait laisser aucun Français indifférent—, ne valent plus que ce vague entrefilet, là en-dessous d’un « vrai » papier sur la crise du gaz?

Ne tournons pas autour du pot. Si cet entrefilet me frappe, c’est surtout parce qu’il contraste avec la manière dont l’opération israélienne à Gaza est traitée ici; dans nos médias, dans nos rues, sur les blogs… Le monde est une poudrière, il s’y passe tous les jours un tas de choses affreuses et l’on conçoit qu’il serait difficile de s’intéresser à tous ces drames —on a déjà tellement de soucis avec le prix du gaz. Alors les morts du Congo…

Surtout qu’il en y a deux, des Congo! Et puis l’Afrique, c’est extraordinairement compliqué. Entre les catastrophes naturelles, les épidémies, les chefs de guerre en Land Cruiser à tourelle, tout ça… Comment savoir qui sont les méchants et les gentils?

D’autant plus que, pour les super-gentils de chez nous, tout ce qui s’y produit d’horrible est de toute manière de la responsabilité de « nos propres » super-méchants. Alors on laisse filer. On oublie de s’y intéresser de trop près.

Lorsqu’il s’agit d’Israël et des Palestiniens, en revanche, les choses se simplifient un grand coup. Nos super-gentils se reconnaissent immédiatement dans la figure de l’opprimé générique qu’est devenu l’habitant de Gaza ou de Ramallah, et distinguent tout aussi rapidement les traits de nos super-méchants sous ceux des faucons de Tel-Aviv.

Et que l’on ne commence pas à pinailler avec ces balivernes géopolitiques faisant intervenir les Egyptiens, les Syriens, les Iraniens, les Saoudiens, l’atomisation parlementaire israélienne, les rivalités Fatah-Hamas, la question libanaise, la question religieuse…

Non. Il y a des méchants, il y a des gentils. Ils ont été identifiés depuis longtemps et tout le monde est d’accord là-dessus. Ça n’est tout de même pas le Congo, merde, où l’on n’y distingue plus un CNDP d’une LRA !

Mais j’insiste. J’aimerais bien comprendre. Moi qui suis pourtant, comme tout le monde, favorable à la création d’un Etat palestinien, sonné par la disproportion de la réponse israélienne aux tirs de roquettes du Hamas, gagné à la cause de civils pris en otage par des enjeux qui les dépassent (habitants de Sderot et d’Ashkelon compris)…

Oui, j’aimerais bien comprendre comment réconcilier tout ça. Comprendre pourquoi l’on s’offusque bruyamment de ce qu’un mort palestinien n’a pas la même valeur qu’un mort israélien tout en ignorant l’absence totale de valeur d’un mort congolais.

Comprendre comment Israël est devenu le méchant idéal; celui que vous adorerez haïr sans retenue puisque sans risque d’être contredit autrement que par un « sioniste »; celui dont vous comparerez systématiquement les crapuleries à celles des nazis; celui qui vous permettra de relativiser la remise d’un prix de l’humour à Robert Faurisson devant 5000 spectateurs hilares dont Jean-Marie Le Pen…

Cette spécificité des réactions à ce qui touche Israël a peut-être des ressorts raisonnables que je suis honnêtement incapable de saisir. Peut-être est-il réellement possible de décréter que le conflit avec les Palestiniens est plus grave, plus intense, plus tragique —bref, plus tout et n’importe quoi que tout et n’importe quoi. Il faudra me le démontrer.

Comme il faudra me démontrer qu’ignorer superbement les morts du Congo (ou du Darfour, ou du Zimbabwe…) pour mieux dénoncer l’opération de Gaza n’est pas la preuve d’indignations étrangement sélectives. Et il ne s’agit pas de questions rhétoriques: on n’en est plus là.

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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 12:39

Article lu sur RUE89



Sortir du capitalisme pour sauver la planète, c’est dans l’air des deux côtés de l’Atlantique. Mais là où les Américains prennent des précautions de sioux pour ne pas être accusés de communisme, les Français n’ont pas ces pudeurs: ils osent volontiers les mots "utopie", "coopérative" et autres "rapports de classe".

Deux auteurs, l’un français, l’autre états-unien, représentent ce courant qui a pris une ampleur inattendue avec l’emballement de la crise actuelle. Tous deux théorisent les fondations du nouveau monde nécessaire, qui ferait presque totalement table rase de l’actuel. Encore que l’Américain soit un peu moins radical, question de contexte historique sans doute.

Couverture de 'The Bridge at The Edge of the World'James Gustav Speth, doyen à l’université Yale de la School of Forestry and Environmental Studies, a publié en 2008 "The Bridge at The Edge of The World: capitalism, the environment, and crossing from crisis to sustainability". Traduction approximative: "Le Pont du bout du monde: le capitalisme, l’environnement, et le passage de la crise vers la durabilité."

Gus Speth y pose notamment la question suivante:

"Comment expliquer ce paradoxe? La communauté de ceux qui se soucient de l’environnement -à laquelle j’ai appartenu toute ma vie- ne cesse de grandir, de se sophistiquer et d’accroître son influence, elle lève des fonds considérables, et pourtant, les choses vont de pire en pire."

"Pour sauver la planète, il faut sortir du capitalisme"

Hervé Kempf, dont j’ai déjà évoqué l’ouvrage "Comment les riches détruisent la planète" (2007), publie cette semaine une suite à ce premier opus déjà traduit en quatre langues "Pour sauver la planète, sortez du capitalisme".

Kempf y reprend des éléments de sa démonstration initiale, et expose sa méthode, analogue à celle de son confrère américain, mais en tournant moins autour du pot:

"Pour sauver la planète, il faut sortir du capitalisme, en reconstruisant une société où l’économie n’est pas reine mais outil, où la coopération l’emporte sur la compétition, où le bien commun prévaut sur le profit."

Dit comme ça, c’est presque bateau, mais le livre de Kempf, court et facile à lire, est un concentré d’efficacité démonstrative. Il n’assomme pas le lecteur avec le détail de la catastrophe écologique mondiale en cours, celle-ci étant censée lui être déjà plus ou moins connue. Kempf rappelle les origines de la dérive qui nous a entraînés dans ce pétrin:

"Dans 'Comment les riches détruisent la planète', j’ai décrit la crise écologique et montré son articulation avec la situation sociale actuelle, marquée par une extrême inégalité. (…) J’ai résumé l’analyse du grand économiste Thorstein Veblen. Pour celui-ci, l’économie des sociétés humaines est dominée par un ressort, ‘la tendance à rivaliser -à se comparer à autrui pour le rabaisser’.

Le but essentiel de la richesse n’est pas de répondre à un besoin matériel, mais d’assurer une ‘distinction provocante’, autrement dit d’exhiber les signes d’un statut supérieur à celui de ses congénères. (…) Cela nourrit une consommation ostentatoire et un gaspillage généralisé."

A l'origine de la catastrophe écologique, des dérives individualistes

Dans ce nouveau livre, Kempf laisse un peu tomber les super riches -il leur a déjà réglé leur compte- pour nous enfoncer, nous, gens ordinaires souvent plein de bonne volonté, le nez dans notre caca. En gros, au cours de trente dernières années, le capitalisme a exacerbé l’idéologie individualiste au plus haut point, "en valorisant à l’extrême l’enrichissement et la réussite individuelle au détriment du bien commun".

Kempf déniche les dérives individualistes du capitalisme là où on n’aurait pas forcément pensé à les y voir, ni surtout à les lier aux dégâts écologiques: dans le délitement des liens familiaux, la pornographie, le trafic d’êtres humains, le remplacement du politique et de l’action collective par la psychologie à toutes les sauces…

"Car pour la personne à qui l’on répète sans arrêt que sa vie ne dépend que d’elle et que les liens sociaux sont d’importance secondaire, la satisfaction se trouve d’abord dans la satisfaction matérielle: elle est source de plaisir -un plaisir qu’on ne trouve plus dans l’interaction et le partage avec les autres."

Gus Speth est sur la même longueur d’onde qu’Hervé Kempf, mais il le dit à sa manière, politiquement correcte, soucieuse de ne pas froisser la sensibilité des gens qui s’impliquent avec cœur, dans son pays, pour faire évoluer les politiques publiques et leur propre vie.

Gus Speth balaie les conclusions naïves d'Al Gore

Il leur démontre gentiment que la technologie, la science, le progrès technique, dont les Etats-Unis sont si fiers d’être souvent leaders, ne suffiront pas à restaurer l’état de la planète, ni à assurer à l’humanité le train de vie dont les pays riches se prévalent.

En gros, il balaie l’assurance donnée par Al Gore à ses concitoyens dans son film "Une vérité qui dérange". L’ex-vice-président explique, dans qu’avec un peu de bonne volonté individuelle et beaucoup de technologies nouvelles, on peut inverser le cours de choses. Speth estime que cette approche est dépassée:

"La situation requiert des changements plus profonds et plus systémiques que l’approche environnementale en vigueur aujourd’hui. On doit complètement changer le système."

Couverture de 'Pour sauver la planète, sortez du capitalisme'Hervé Kempf ménage encore moins ses lecteurs. Pour lui, les fameuses technologies vertes dont on nous rebat les oreilles, nous promettant grâce à elles le retour de la croissance (verte, la croissance!), sont plus dangereuses qu’utiles à la bonne santé de la planète.

Non pas intrinsèquement (c’est toujours mieux de produire de l’électricité avec du vent qu’avec du charbon), mais parce que pour Areva, Suez, EDF, Endesa, E.ON, Enel, etc., il n’y a aucun changement de modèle énergétique en jeu, seulement une opportunité à saisir dans la compétition en cours entre grands producteurs. Le mot d’ordre reste: produire".

Les conseils écolos se situent toujours du point de vue de l'individu

Kempf massacre la "bien-pensance écologique, nichée dans les détails", qui a contaminé les plus fervents écolos:

"Tous les guides expliquant comment vivre en ‘vert’ se situent du point de vue de l’individu, jamais du collectif. (…) ‘Je me préserve des grosses chaleurs’, ‘je réutilise mes objets’, ‘je refuse les traitements chimiques’, ‘je démarre en douceur’, etc…

Etre consom’acteur, chez Nature et Découvertes, invite à ‘consommer engagé’, puisque ‘consommer = voter’, et range les actions entre ‘ma cuisine’, ‘ma trousse de toilette’, ‘mon garage’, ‘mon atelier’… EDF, dans son guide ‘E = moins de CO2’, range l’univers entre ‘ma planète’ et ‘ma maison’. (…)

Dans le paradis capitaliste, il suffit que nous fassions ‘les bons gestes pour la planète’, et ‘les politiques et les industriels suivront’."

Gloups. A quoi ça sert de faire des efforts si on est tellement ridicule? Kempf et Speth sont en accord sur ce point: seule l’action collective, massive, stratégiquement concertée, a des chances d’inverser la tendance.

"Je ne suis pas en train de vous dire: 'Arrêter de recycler'", écrit Gus Speth, "mais je dis: 'Bâtissez un mouvement collectif', et 'confrontez la consommation avec une nouvelle éthique d’autosuffisance'."

Un mouvement de fond en cours aux Etats-Unis

Kempf est encore plus offensif:

"Chacun, chaque groupe, pourrait dans son coin réaliser son bout d’utopie. Il se ferait sans doute plaisir, mais cela ne changerait pas grand-chose au système, puisque sa force découle du fait que les agents adoptent un comportement individualiste. (…)

L’enjeu n’est pas de lancer des alternatives. Il est de marginaliser le principe de maximisation du profit en plaçant la logique coopérative au cœur du système économique."

J’ai choisi d’insister davantage sur le livre d’Hervé Kempf pour trois raisons: il sort le 8 janvier en librairie; il contient de nombreux exemples français et européens plus parlants pour le lecteur que ceux pris dans le contexte culturel américain; enfin, il aborde de front la question des inégalités sociales, dans un langage plus brusque qui me convient mieux. C’est purement personnel.

En revanche, l’approche de Gus Speth est d’autant plus remarquable qu’elle accompagne un mouvement de fond en cours aux Etats-Unis. Quelque chose qui s’apparente aux expériences alternatives écolos de certaines communautés des années 70, sauf qu’aujourd’hui, leurs acteurs n’ont pas la prétention de vivre en marge du système. Ils vivent dedans, autrement, avec moins, volontairement beaucoup moins.

Je reviendrai bientôt sur ce sujet des "volontaires de la simplicité", qui commence à passionner la presse nationale. En attendant, on peut lire ce reportage paru dans le numéro de janvier de O, le magazine d’Oprah Winfray.

Pour sauver la planète, sortez du capitalisme d'Hervé Kempf - éd. du Seuil - 14€.
The Bridge at The Edge of the World de James Gustave Speth - Yale University Press - 320p., env. 28$.

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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 12:35
La pierre et la terre, une liaison heureuse
Il a la cinquantaine et un parcours voué à la pierre sèche. Elle va sur ses trente ans et s’affiche comme une « pasionaria » de la terre. Ces deux-là étaient faits pour s’entendre et depuis 2006, ils animent Petra Terra, une Scop d’écoconstruction installée en Haute-Provence. Quand l’énergie d’une convaincue rencontre l’expérience d’un « sage », les clients sensibles aux matériaux sains en profitent !
Lui est plutôt réfléchi, cherche ses mots, c’est un peu le penseur du binôme. Elle est plus pragmatique, va droit au but, sans doute la jeunesse et les racines paysannes. En voilà deux qui se sont trouvés ! Au village comme sur les chantiers, Philippe et Agnès font la paire et ont fusionné compétences et passions militantes pour lancer leur activité. Quand, en dépit du discours ambiant, il faut défricher un marché encore balbutiant, mieux vaut arriver devant le client avec de solides arguments !
Des arguments, ils en ont. À bientôt 56 ans, Philippe a consacré une partie de sa carrière à la maçonnerie en pierre sèche. Rien ne le prédisposait à cela. Fils d’un employé de la Société d’exploitation industrielle des tabacs et des allumettes (Seita), cet Orléanais n’a rencontré cette technique estampillée « Sud de la France » qu’à la faveur d’une installation à Aix-en-Provence, suite à une mutation du père. La « pierre sèche » est une pratique vieille comme le monde. Un mot d’ordre fonde sa philosophie : construire sans l’aide d’aucun mortier. « Presque l’ingéniosité du désespoir », dit joliment Philippe Alexandre, en pensant à tous ces paysans pauvres qui l’ont expérimentée depuis des siècles.

Inventaire des cabanes en pierres sèches

Initié à la maçonnerie par son oncle, puis installé artisan à Saint-Michel-l’Observatoire, Philippe fréquente un réseau associatif investi dans la mise en valeur de bâtiments en pierres sèches. Terrain de chasse : la montagne de Lure, ce massif calcaire cher à Giono égayé de spectaculaires cabanes et bergeries. Philippe les connaît toutes, pour avoir réalisé une sorte d’inventaire local, au bénéfice du ministère de la Culture. « Un éleveur m’a donné les codes d’accès et j’ai compris que c’est là que je voulais me réaliser », livre-t-il. S’ensuivent douze années à œuvrer sur des chantiers, à faire de la formation, à travailler pour des particuliers, aussi. « La pratique de la pierre sèche est très ressourçante, on peut donner du sens. Cela valorise autant le support que la personne qui le fait », médite Philippe.
Malgré un très long bail de dix-sept ans comme gérant d’une librairie musicale (une autre de ses passions) à Bruxelles, il ne coupe jamais les ponts, réalise même de temps à autre des missions d’audit sur des projets de réhabilitation-construction, avant de revenir définitivement en 2005 puis de se réinstaller comme artisan.
Forcément, vu son âge, le parcours d’Agnès est plus léger ! Son amour de la maçonnerie n’est pas moins fort. « Il vient de la ferme où je suis née, construite en pisé. Quand j’en ai pris conscience, ça m’a scotchée », dit cette native des monts du Lyonnais. La terre ne la quittera plus et de formations en chantiers Rhône-Alpins, viendra la rencontre décisive – à tous points de vue ! – avec Philippe.
Expliquer les parcours est utile. Cela permet de comprendre les fondements d’une entreprise. La leur est une Scop, car « nous sommes solidaires et on veut vraiment partager la société, en sortant des rapports de hiérarchie », explique Agnès. Pour l’instant, ils ne sont que deux, mais viendra le temps où, à la faveur d’un chantier, d’une rencontre, une ou plusieurs personnes intégreront Petra Terra, « d’abord comme salariées puis comme associées ».

Construction complète de maisons

Depuis deux ans, ils ont bien travaillé, « surtout en Rhône-Alpes qui est une région très à la pointe en écoconstruction », reconnaît Agnès. Leurs chantiers vont du mur de pierres sèches à la construction complète de maisons à partir de matériaux traditionnels, pierres et terre, bien sûr, mais aussi bois, briques, lauzes…, si possible prélevés sur place ou à proximité. Un de leurs derniers travaux s’est déroulé dans le Lyonnais, où ils ont restauré un mur traditionnel en remplissage terre-paille, dans une ossature bois.
Est-ce facile de faire signer des devis à des clients face à ceux proposés par des prestataires traditionnels ? « En écoconstruction, ce qui est cher, c’est la main-d’œuvre, plus que les matériaux. Ce qui emporte la décision, c’est notre savoir-faire et notre rigueur, ainsi que la sensibilité écologique des gens qui font appel à nous », détaille Philippe. Quitte à payer un peu plus cher et à mettre la main à la patte, pour être en accord avec ses valeurs.




On a aimé
Leur «fusion»
L’association des compétences d’Agnès pour la terre et de celles de Philippe pour la pierre leur donne une légitimité et la possibilité de traiter des chantiers « globaux ».



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Petra Terra
Rue Grande, 04870 Saint-Michel-l’Observatoire
Tél. : 04 92 76 65 23
Courriel : petra-terra@wanadoo.fr
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