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16 septembre 2022 5 16 /09 /septembre /2022 08:37

par Mathieu Lindon

publié le 1er octobre 2022 à 4h55
 

Si j’ai bien compris, c’est curieux de tant différencier le travail et l’assistanat car le travail, le plus souvent, est l’assistanat du patron (ou des actionnaires). En revanche, déléguer est le plus souvent l’apanage du patron alors que pas mal de travailleurs ne cracheraient pas dessus, dans leur grande générosité et solidarité – c’est une manière de partager le travail qui fait l’affaire. «Là, je dois y aller, alors à toi.» Ou, chez les enfants : «Tu as fait tes devoirs, mon chéri ? – Non, j’ai délégué.»

Dans un monde idéal (pour certaines ou certains), même le devoir conjugal pourrait être délégué : «Lundi, c’est Ravioli.» Mais c’est un peu fort de fort de faire passer les prétendus assistés pour des planqués, des resquilleurs qui viennent manger le pain des crétins ramant au front trente-cinq heures par semaine jusqu’à on ne sait plus quel âge. Et voilà qu’il est question de travailler plus pour travailler plus et accéder à l’eldorado de la retraite à taux plein. Mais déjà le taux est plein, on en a plein le taux, maintenant qu’on a mangé la brioche jusqu’à la dernière miette et que la bise se pointe avec son cortège de fourmis irritantes qui regardent du coin de l’œil la retraite à 107 ans comme une perspective somme toute accessible, si le gouvernement a bien consulté.

 

Pendant les confinements, on a beaucoup parlé de ceux qui étaient au charbon, dans le cambouis jusqu’au cou – en première ligne. Sont moins évoqués ceux qui sont en dixième ligne, en cinquantième ligne (on ne sait pas où ça s’arrête), ceux qui ont un rapport proche avec l’argent mais éloigné avec le travail. Etre assisté, ce serait une honte, mais être rentier, c’est une chance. Si les chômeurs devaient répondre à tout ce qu’ils se prennent sur la gueule, ils ne chômeraient pas.

La durée n’est pas tout, la question est plutôt : «Comment donner sens et réjouissance au travail ?» Dans l’idéal, on aurait le droit d’aller au turbin en maillot de bain (pour pouvoir profiter de la piscine, du solarium et des massages pendant les pauses). On aurait en arrivant la bonne blague du patron qui viendrait vous embrasser en vous offrant un croissant et un chocolat chaud. Ce serait tellement la belle vie qu’on ferait la grève du week-end sans mettre l’entreprise en péril puisque les heures supplémentaires ne seraient pas payées. Ce serait l’anti-télétravail : on aurait le droit de dormir sur place et on pourrait faire des fêtes avec les collègues, en plus des deux siestes quotidiennes (éventuellement crapuleuses) encouragées par l’encadrement. Les petits malins auraient trois-quatre boulots, et les syndicats, toujours jusqu’au-boutistes, exigeraient des gâteaux, du pâté, du nectar, de l’ambroisie et de la guimauve. Les relations amoureuses entre collègues seraient récompensées avec l’élection du couple du mois.

Les policiers joueraient à chat avec les manifestants. Le personnel surnuméraire des hôpitaux vous ferait la causette en même temps que manucure et pédicure, tandis que le chef cuisinier viendrait discuter des menus. «Alors, qu’est-ce qui vous ferait plaisir aujourd’hui ? On a un turbot magnifique. Mais si monsieur préfère le gibier!» Quant aux pauvres gens contraints de partir à la retraite avant d’être vraiment HS, ils auraient toujours le bénévolat pour ne pas déprimer. Et, si j’ai bien compris, le bonheur des uns faisant le bonheur des autres, les usagers et les clients seraient accueillis comme des amis, comme la famille, dans toutes les administrations, tous les cafés, tous les taxis.

Le "quiet quitting", nouvelle norme au travail?

Faire le strict minimum, refuser les heures supplémentaires ou de nouvelles responsabilités. C’est ce qu’on appelle le “quiet quitting” (démission silencieuse en français). Popularisé sur les réseaux sociaux par les jeunes générations, ce phénomène témoigne d’une volonté d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle.

 
🔍 “Mes heures, ce sont mes heures. Je disais beaucoup oui pour rendre service à mes collègues. Maintenant, c’est fini”, explique Sandrine*. Démotivée par le manque de reconnaissance de sa hiérarchie, cette chargée de mission RH a tout simplement “levé le pied”. “J’avais toujours trop de travail. Pourquoi faire un sprint alors que c’est un marathon? On travaille pendant 40 ans dans sa vie”, ajoute Alexandre*. Au bord du burn-out, cet ancien manager commercial a lui aussi décidé de limiter ses horaires pour se consacrer au sport et à sa famille. 

👉 Une prise de recul par rapport au travail aussi appelée “quiet quitting” (démission silencieuse en français). Le phénomène n’est pas nouveau mais a été popularisé sur les réseaux sociaux par les jeunes générations. “Aujourd’hui, le travail peut facilement contaminer la vie personnelle avec les emails sur le téléphone, le travail à distance… explique la psychologue du travail Diane RAKOTONANAHARY. Cela peut engendrer beaucoup de souffrance”. 

👉 Pour beaucoup, la priorité est donc de remettre des frontières entre vie professionnelle et personnelle. Un mouvement que de nombreux spécialistes des ressources humaines soutiennent. “Ne pas répondre à ses mails le week-end n'a rien d'une démarche démissionnaire!”, s’étonne ainsi la recruteuse Céline JAUNEAU. Les moins de 30 ans veulent “pouvoir avoir une vie à côté, dans des domaines avec des valeurs et du sens auxquels ils croient”, ajoute Loïc DOUYERE, directeur associé de l’institut RH Florian Mantione. 

👉 La crise climatique et énergétique expliquerait aussi cette évolution. Quatre salariés sur dix disent ressentir un décalage entre leurs convictions personnelles et leur quotidien en entreprise, selon le dernier baromètre /Kantar. 75% d’entre eux seraient ainsi “désengagés”.  “L’accumulation d’événements d’une ampleur inédite (...) provoque une prise conscience et transforme en grande profondeur la relation du travail aux individus”, analyse le DRH Dominique DIETRICH

👉 Certaines entreprises se sont emparées du sujet. “Cloisonner vie pro et vie perso n'est pas la meilleure réponse, détaille ainsi Cécile Staehle, en charge des ressources humaines chez Troopers Web Republic. Nous avons plutôt pensé notre culture d'entreprise pour qu'elle permette autant que possible de concilier ces deux parties de notre vie”. Actions en faveur de la parentalité, autogestion, transparence, management à l’écoute… Autant de remèdes pour maintenir ses salariés motivés. 

*Les prénoms ont été changés. 
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9 septembre 2022 5 09 /09 /septembre /2022 09:15

« Ce que nous faisons subir à nos enfants est inexcusable. Jamais sans doute, dans l’histoire de l’humanité, une telle expérience de décérébration n’avait été conduite à aussi grande échelle. »

 

« La consommation numérique récréative des jeunes générations n’est pas seulement « excessive » ou « exagérée » ; elle est extravagante et hors de contrôle. Parmi les principales victimes de cette orgie temporelle, on trouve toutes sortes d’activités essentielles au développement ; par exemple le sommeil, la lecture, les échanges intrafamiliaux, les devoirs, les pratiques sportives ou artistiques, etc »

 

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23 août 2022 2 23 /08 /août /2022 08:30
Il y a urgence à repenser tout le système du monde thermo-industriel, celui de la production de masse, des livraisons à gogo, de l’avion généralisé, des porte-conteneurs. Pourtant, la France s’obstine à ne rien faire : c’est donc ça, le «monde d’après»?

par Johann Chapoutot, Historien, professeur d’histoire contemporaine à Paris-Sorbonne

publié le 28 septembre 2022 à 23h03
 

Tout le monde, ou peu s’en faut, éprouve un puissant sentiment d’irréalité en cette rentrée 2022. Souvenez-vous pendant le premier confinement dû au Covid-19, on avait enfin compris : les services publics et les biens communs étaient des trésors à préserver, il fallait changer, on allait changer. Parallèlement au «quoi qu’il en coûte», une opération opportuniste d’arrosage généralisé, mal pensée, mal dirigée et pas du tout conditionnée, aux frais des finances publiques, on a continué à fermer des lits d’hôpitaux (plus de 5 000, en pleine pandémie), alors que l’on confinait un pays entier pour la seule et unique raison que le système hospitalier, dévasté par les «économies budgétaires» ne pouvait faire face.

On a continué d’enrichir, à fonds perdu, des cabinets de «conseil» dont l’ineptie, le dogmatisme et la médiocrité est une souffrance quotidienne dans le privé comme dans les administrations. On a continué d’encourager la mégamachine «productive» (Lewis Mumford), celle qui extrait, broie, détruit, produit et rejette des déchets massifs. Celle qui artificialise les sols, qui pourrit notre air, qui alimente les décharges et qui provoque dommages psychosociaux et perte de sens généralisé. Ceux qui sont aux manettes des gouvernements et fonds d’investissement n’ont que la fuite en avant à proposer : comme le dit l’étonnant Bruno Le Maire, en pleine extase devant le Medef, ce dont la France a besoin, c’est de plus de production, de plus de croissance. C’est donc cela, le pseudo- «monde d’après» : des forcenés qui nient violemment ce que l’on a identifié en 1824 (l’effet de serre) et ce que l’on sait précisément depuis 1972 (l’impossibilité d’une croissance infinie dans un monde fini).

 

Un été qualifié d’«historique» ?

L’été que nous avons vécu, avec des incendies généralisés sur l’ensemble du territoire a été qualifié d’«historique», au sens où il serait étonnant et exceptionnel : il n’est ni l’un ni l’autre, car il sera la norme à l’avenir, si les forcenés s’obstinent aussi ouvertement à ne rien faire, ou plutôt à faire tout le contraire de ce qui s’impose. Quand madame Borne prétend nous «rassurer» en précisant que «sobriété» ne signifie pas moins produire, elle nous épouvante : pour décarboner massivement nos sociétés et notre atmosphère, il faut réduire drastiquement les flux de matière en circulation et l’énergie brûlée, donc, évidemment, produire moins, ce que comprend aisément ma fille de 6 ans. Cela implique de repenser tout le système économique et social de notre monde thermo-industriel, celui de la production de masse, des entrepôts géants, des livraisons à gogo, de l’avion généralisé, des porte-conteneurs, de la publicité permanente…

La tâche est immense, mais un gouvernement enfin adulte, dont la tête de gondole ne sauterait pas chaque été sur un jet-ski (l’exemple, c’est important), pourrait au moins prendre des mesures simples et immédiates : réduire les créneaux de décollage et d’atterrissage dans les aéroports français, interdire la publicité sur écrans lumineux, vorace en électricité (pourquoi rouvre-t-on la centrale à charbon de Saint-Avold en Moselle ? pour éclairer les galeries marchandes et les centres commerciaux ? pour vendre et jeter ?), demander aux préfets de ne pas donner des autorisations d’extension d’aéroports – Nice et Marseille doivent croître, encore et encore… – ou de zones commerciales sans fin, réduire la circulation automobile par des injonctions à la circulation alternée ou au covoiturage (voir des monstres d’une tonne transporter une seule personne de 70-80 kilos est un spectacle obscène), baisser, ou supprimer la TVA sur les transports en commun, ou financer leur gratuité… Cela coûterait de l’argent ? 45 milliards viennent d’être débloqués pour le «bouclier tarifaire», un nouveau «quoi qu’il en coûte» qui vise simplement, dans la panique, à éviter l’émeute et contenir la jacquerie – une invitation à consommer, sans changer, essence, gaz, fioul et kérosène, comme si aucun problème ne se posait.

Nous vivons ce que nous redoutions, au printemps 2020 : le retour à l’anormal, encouragé par des «gouvernants» à courte vue qui donnent le pire exemple aux Français et au monde : si la France se décidait à agir, les opinions publiques des démocraties du monde entier se saisiraient de cet exemple, et de ce modèle, pour faire pression sur leurs propres gouvernements. Au-delà du chiffre que l’on répète partout pour inviter à l’inaction pure et parfaite (1% des émissions mondiales, vraiment ? et ce que nous importons de Chine et d’ailleurs, ça n’appartient pas à notre bilan ?), l’exemple est décisif en cette période de prise de conscience globale. Ça, ce serait historique.

par Corinne Maier, Ecrivaine, autrice

publié le 14 août 2022 à 13h15
 

Nous sommes de plus en plus nombreux à ne plus voter, à nous méfier des institutions, à nous désintéresser de l’actualité, à ne plus nous impliquer dans le travail. Nous avons baissé les bras. Parmi nous, certains ne veulent plus travailler du tout : c’est la grande démission, qui inquiète tant les entreprises. Cette «sécession des gens ordinaires», pour reprendre une formule du juriste Alain Supiot, se traduit par les millions de jeunes «Neet» (ceux qui ne sont ni étudiants, ni en formation ni au travail), qui n’ont envie de rien. Faire quelque chose, à quoi bon ? Se donner du mal, se battre, pour quoi faire ? Tous les combats donnent l’impression d’être soit déjà gagnés, soit perdus d’avance. Nous adorons les biopics mais tenter de ressembler à celles et ceux qui ont combattu pour une cause, c’est trop fatigant.

«I would prefer not to»

Bartleby, le personnage culte de l’écrivain Herman Melville, est notre héros : Bartleby est un employé qui lâche l’affaire. Ce type consciencieux et lisse se met à refuser tous les travaux que lui demande son patron. Il n’entre pas en confrontation, il dit simplement qu’il «préférerait ne pas» les faire, et ne les fait pas. Et cette phrase revient alors systématiquement dans sa bouche : «I would prefer not to», traduite en français par «je préférerais ne pas». Peu à peu, Bartleby cesse complètement de travailler, mais aussi de sortir du bureau. Il ne mange rien d’autre que des biscuits au gingembre. Au fond, c’est un type que le désir d’agir, mais aussi de profiter de la vie, a quitté. Comme pas mal d’entre nous. Nombreux sont les jeunes que le sexe n’intéresse pas, on parle de génération «No Sex».

 

Bartleby est le canari d’un monde qui s’achève : cet oiseau, très sensible aux gaz toxiques, servait jadis de lanceur d’alerte aux mineurs. Au fond, il préférerait ne pas être au monde. Mais de quel monde parle-t-on ? Celui du capital, de la marchandise ? Du système politique où nous avons l’impression de ne peser pour rien dans les décisions prises ? Du monde autosuffisant de la technique et du management, où l’humain compte pour du beurre ? Nous ne savons pas le nom du monde où nous vivons, mais nous savons qu’il est obsolète, du reste tout y est obsolète, le philosophe Günther Anders le disait déjà il y a cinquante ans : le travail, les produits, les machines, les valeurs et aussi… Nous, humains. Nos goûts, nos loisirs et surtout nos personnes sont standards et nous sommes surveillés «comme doit l’être un troupeau», écrit Anders.

Le futur, une planète inquiétante

Quant à l’avenir de ce monde à bout de souffle, là aussi nous préférerions «ne pas». Nous préférerions ne pas aller vers demain, la multiplication des jeunes qui ne veulent pas d’enfant en est la preuve. Le futur est une planète inquiétante synonyme de canicules, guerres, épidémies, famines peut-être… Autant ne pas y penser. Mieux vaut rester immobiles dans un présent mou, réfugiés sur nos écrans ou occupés à de menues tâches sans conséquence. Bien sûr, nous savons que le présent ne peut pas continuer bien longtemps – encore faudra-t-il demain des gens qui aient l’imagination, le courage, de construire un futur différent du présent. Ces gens, ce ne sera pas moi, ce ne sera pas nous : l’école, l’entreprise, nous ont façonnés pour être des maillons de purs processus, pas des visionnaires ou des bâtisseurs.

 

«Nepaïstes» de tous les pays, désengagez-vous, désengageons-nous. C’est par leur fainéantise que les esclaves ont joué un rôle essentiel dans l’effondrement de la civilisation grecque : selon les hellénistes Jean-Pierre Vernant et Pierre Vidal-Naquet, ils ont ébranlé le système par leur mollesse et leur absence d’enthousiasme. Nous, les désengagés, c’est en traînant des pieds que nous attendons la fin. Après tout, c’est ce que le pouvoir attend de nous : d’être des citoyens obéissants, se conformant à des règles qu’ils ne peuvent jamais changer – pour quoi faire puisque nous vivons dans le meilleur des systèmes possibles, aux mains d’un pouvoir bienveillant. Le monde actuel expire : il va se passer quelque chose. C’est inquiétant mais il faut l’avouer, c’est tout de même assez excitant.

Après Homo Economicus, Homo sociologicus, Homo Consommatus, voici Homo Confort. Apparu entre la fin des années 50 et le début des années 60, il ne serait mu que par la recherche du moindre effort. C’est l’hypothèse défendue par l'anthropologue italien Stefano Boni dans son essai "Homo confort, le prix à payer d’une vie sans efforts et contraintes"* publié au printemps. "Le bien-être constitue la dimension expérientielle dominante qui a accompagné l’essor de l’humanité contemporaine" explique-t-il. "On aurait pu s’arrêter une fois tous les besoins essentiels comblés mais c’est impossible dans le système économique dominant. Le confort n’a aucune limite".

Télécommandes désormais agrémentées d’une commande vocale, escalators, trottinettes électriques, voiture, avion, … le seul effort auquel consent désormais Homo Confort est l’activité sportive maîtrisée pour se maintenir en forme et accéder à une forme de bien-être. La conséquence est une perte de nos cinq sens et notamment du toucher, qui se fait de plus en plus rare, de l’odorat, les mauvaises odeurs ayant été remplacées par des odeurs toxiques, et du goût avec une diversité gustative en chute libre. "Homo Confort a renoncé à la volonté de se réapproprier le pouvoir politique et a accepté son assujettissement en contrepartie d’une vie confortable" regrette Stefano Boni.

"Vivre avec moins de technologie équivaut en somme à mieux vivre" 

Selon lui, l’insatisfaction est le principal moteur de cette course effrénée vers un confort qui n’a parfois plus de sens et qui reste toujours inatteignable pour une partie de la population. Elle est favorisée par la publicité ultra-présente, l’obsolescence programmée ou encore la consommation individuelle. "Derrière le confort lénifiant qu’ils nous procurent, les outils hyper-technologiques sont intrinsèquement liés à l’exploitation d’une main d’œuvre bon marché et à la soumission de la nature, au saccage et à la dévastation de l’environnement, à l’ignorance et à l’apathie, à la guerre et à la mort, à la mystification et au conformisme" plaide l’auteur.

Il appelle ainsi à réfléchir aux usages de la technologie et à supprimer par exemple les produits de luxe ou encore à restreindre la diversité des marchandises sur le marché. "La baisse du confort impliquera des désagréments, des efforts, de la fatigue et une certaine part d’incertitude, mais il me semble que l’amélioration de notre état de santé physique et mental, le développement de nos compétences, la cohésion sociale et la redistribution équitable du pouvoir sont à ce prix" croit Stefano Boni. "Vivre avec moins de technologue équivaut en somme à mieux vivre".

Si la critique de la modernité et de l’hyper-technologisation de nos sociétés est parfois critiquable par exemple sur les systèmes d’assainissement, sur les vaccins ou la médicalisation des accouchements qui ont permis d’éviter des milliers de morts, cet essai invite à la remise en question dans une période où nos modes de vie sont plus que jamais pointés du doigt à l’aune du changement climatique, des inégalités sociales et de la crise énergétique. Une lecture revigorante.

Concepcion Alvarez @conce1

* "Homo confort : le prix à payer d’une vie sans efforts ni contraintes" de Stefano Boni, Les Éditions L’échappée, 256 pages, avril 2022.

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16 août 2022 2 16 /08 /août /2022 09:35

Nous sommes de plus en plus nombreux à ne plus voter, à nous méfier des institutions, à nous désintéresser de l’actualité, à ne plus nous impliquer dans le travail. Nous avons baissé les bras. Parmi nous, certains ne veulent plus travailler du tout : c’est la grande démission, qui inquiète tant les entreprises. Cette «sécession des gens ordinaires», pour reprendre une formule du juriste Alain Supiot, se traduit par les millions de jeunes «Neet» (ceux qui ne sont ni étudiants, ni en formation ni au travail), qui n’ont envie de rien. Faire quelque chose, à quoi bon ? Se donner du mal, se battre, pour quoi faire ? Tous les combats donnent l’impression d’être soit déjà gagnés, soit perdus d’avance. Nous adorons les biopics mais tenter de ressembler à celles et ceux qui ont combattu pour une cause, c’est trop fatigant.

«I would prefer not to»

Bartleby, le personnage culte de l’écrivain Herman Melville, est notre héros : Bartleby est un employé qui lâche l’affaire. Ce type consciencieux et lisse se met à refuser tous les travaux que lui demande son patron. Il n’entre pas en confrontation, il dit simplement qu’il «préférerait ne pas» les faire, et ne les fait pas. Et cette phrase revient alors systématiquement dans sa bouche : «I would prefer not to», traduite en français par «je préférerais ne pas». Peu à peu, Bartleby cesse complètement de travailler, mais aussi de sortir du bureau. Il ne mange rien d’autre que des biscuits au gingembre. Au fond, c’est un type que le désir d’agir, mais aussi de profiter de la vie, a quitté. Comme pas mal d’entre nous. Nombreux sont les jeunes que le sexe n’intéresse pas, on parle de génération «No Sex».

 
 

Bartleby est le canari d’un monde qui s’achève : cet oiseau, très sensible aux gaz toxiques, servait jadis de lanceur d’alerte aux mineurs. Au fond, il préférerait ne pas être au monde. Mais de quel monde parle-t-on ? Celui du capital, de la marchandise ? Du système politique où nous avons l’impression de ne peser pour rien dans les décisions prises ? Du monde autosuffisant de la technique et du management, où l’humain compte pour du beurre ? Nous ne savons pas le nom du monde où nous vivons, mais nous savons qu’il est obsolète, du reste tout y est obsolète, le philosophe Günther Anders le disait déjà il y a cinquante ans : le travail, les produits, les machines, les valeurs et aussi… Nous, humains. Nos goûts, nos loisirs et surtout nos personnes sont standards et nous sommes surveillés «comme doit l’être un troupeau», écrit Anders.

Le futur, une planète inquiétante

Quant à l’avenir de ce monde à bout de souffle, là aussi nous préférerions «ne pas». Nous préférerions ne pas aller vers demain, la multiplication des jeunes qui ne veulent pas d’enfant en est la preuve. Le futur est une planète inquiétante synonyme de canicules, guerres, épidémies, famines peut-être… Autant ne pas y penser. Mieux vaut rester immobiles dans un présent mou, réfugiés sur nos écrans ou occupés à de menues tâches sans conséquence. Bien sûr, nous savons que le présent ne peut pas continuer bien longtemps – encore faudra-t-il demain des gens qui aient l’imagination, le courage, de construire un futur différent du présent. Ces gens, ce ne sera pas moi, ce ne sera pas nous : l’école, l’entreprise, nous ont façonnés pour être des maillons de purs processus, pas des visionnaires ou des bâtisseurs.

«Nepaïstes» de tous les pays, désengagez-vous, désengageons-nous. C’est par leur fainéantise que les esclaves ont joué un rôle essentiel dans l’effondrement de la civilisation grecque : selon les hellénistes Jean-Pierre Vernant et Pierre Vidal-Naquet, ils ont ébranlé le système par leur mollesse et leur absence d’enthousiasme. Nous, les désengagés, c’est en traînant des pieds que nous attendons la fin. Après tout, c’est ce que le pouvoir attend de nous : d’être des citoyens obéissants, se conformant à des règles qu’ils ne peuvent jamais changer – pour quoi faire puisque nous vivons dans le meilleur des systèmes possibles, aux mains d’un pouvoir bienveillant. Le monde actuel expire : il va se passer quelque chose. C’est inquiétant mais il faut l’avouer, c’est tout de même assez excitant.

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12 août 2022 5 12 /08 /août /2022 20:35
A notre Sempé !
Me font marrer, les écolos.
T’en connais, toi, qui soient remonter CONTRE les arbres ?
Sempé, pareil
On aime Sempé comme on aime Doisneau, comme on aime Mozart, comme on aime les arbres, donc. On aime Sempé sans y penser, dans le coin de nos tronches ou on a entassé San-A, Audiard, Led Zep, Gotlieb, Cézanne, l’Adagio, Reiser, Desproges, un stock d’amour séché et de souvenirs fanés, le petit milliard de mecs et de bidules qui tiennent chaud quand dans nos vies, ça pince …
Cherche pas.
On aime Sempé et c’est marre.
Parce que l’humanité.
Parce que le tracé net de ce petit bonhomme perdu dans l’immensité de nos solitudes lève en toute modestie son chapeau à la tienne, à la mienne, à la notre, frérot, à notre hâte de tâcher moyen de rire de tout, vaille que vaille, de peur d’être obligé d’en pleurer, disait Beaumarchais, un autre indiscutable.
Y’a pas de hasard, tu vois.
Me souviens de « Saint-Tropez »
Grand album par les dimensions d’abord.
Lourdingue, même.
En poids.
Parce que, pour le reste …
Champagne, même pas … BULLES
Des vieux cons richissimes perdus dans la luxuriance de bicoques de rêves, étalant à longueur de dessins la vacuité de leur victoire sur rien, bercés au pont de leurs joyaux d’acajou marin de la solitude intacte du petit monsieur au chapeau, toi, moi, dans la même galère baptisée au champagne ou à la « Kro », c’est selon, ça n’y change rien
La vie.
Plus tard, il y eut les (Nombreuses) couvertures du « New-Yorker » qui est aux dessinateurs ce que le « Nobel » est à ceux qui maquillent dans des business moins rigolos
La gloire, l’oseille, tout ça …
Pour le petit mec qui venait d’un monde petit, petit, triste à mourir, fauché, la violence ordinaire du manque de tout, le gris des murs gris, la merde.
Jean-Jacques Sempé est mort hier, à 89 piges.
« Il a bien vécu », « C’est respectable » échangent sobrement le con et le con, qui n’en ratent pas une, en guise d’épitaphe.
Mais c’est JEUNE, pauv’CONS, quatre-vingt neuf ans, pour un poète !
C’est TROP jeune !
Laisse tomber.
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21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 16:31

JEUX DE LUMIERE
JEUX DE LUMIERE
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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 12:48

2022 RIEN N'A CHANGE, SINON EN PIRE !!

 

 

2008 : on en a de la chance !

15 réactions

Yves Michaud philosophe.

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Bye-bye baby-boomers.

Il y a bien, comme on dit pour payer sa révérence à la gauche, des pauvres, des très pauvres, des riches et des super-riches (où sont les moyens ?), mais le fossé est de plus en plus clairement entre les baby-boomers, retraités ou préretraités, et les nouveaux entrants. Ces papy-boomers ont été les bénéficiaires des Trente Glorieuses. Ils se sont fait des rentes, y compris intellectuelles (1968). Maintenant ils ont leurs biens, leurs assurances-vie, leur résidence secondaire et ils s’y cramponnent bec et ongles - malgré le régime avantageux des donations. En face, il y a les générations précarité : avec des diplômes qui ne donnent pas grand-chose, le culte de la performance, des premiers emplois précaires, des difficultés de logement. Beaucoup ont en plus une donne d’enfants d’immigrés bien différente de celle des premiers arrivants. Le rapport de force est en train de basculer politiquement, économiquement, culturellement. Les vieux s’accrochent à leur establishment. Difficile de passer la main. Un des enjeux de la crise est de savoir qui en supportera le coût…

Mes gènes et moi

La génétique du tournant de 2000 confortait l’individualisme : il y avait l’individu et ses gènes. Quand on connaîtrait sa carte d’identité génétique, on saurait tout sur lui : ses talents, ses défauts, ses maladies, son patrimoine. Les progrès foudroyants et constants de la connaissance des génomes, grâce en particulier aux automates de décryptage informatique, compliquent diablement le paysage. D’abord, il n’y a pas que des animaux supérieurs (nous !) mais une incroyable diversité génomique dont nous n’avons qu’une petite idée, ne serait-ce qu’à cause de tous les organismes que recèlent les océans. Ensuite nos gènes ne sont pas vraiment nôtres : nous en héritons et les transmettons au service de l’espèce. Ces héritages et transmissions sont extrêmement complexes et hasardeux. Il y a la donne de départ, la manière dont elle interagit avec l’environnement, avec les autres génomes aussi. Quant à l’action des gènes, elle est rarement celle d’un gène mais de complexes de gènes. Dans tout cela, l’individu apparaît un miracle, et surtout fort peu de chose. Du coup, il est bien obligé de prendre conscience de la chance qui le fait tel qu’il est. L’individualisme ne disparaît pas pour autant : il devient un individualisme de la loterie. Il en naît une illusion parfaitement absurde quand on y réfléchit, mais terriblement tenace : pourquoi n’aurais-je pas été, ne serais-je pas, autre que je ne suis ? L’obsession contemporaine de la gestion de soi se réplique alors dans le fantasme de la possibilité d’être un autre. Un indice de cette illusion : le succès constant des jeux de loterie. Un coup de baguette magique pourrait changer la vie.

Ma petite patrie

On parlait de mondialisation, comme s’il fallait lui dire oui ou non. Mais elle était déjà là sous forme de produits importés, de virus, de délocalisations, de pirates s’emparant de porte containers au large des côtes de Somalie, de crise qui se répercute en cascade. Du coup, le timbre-poste hexagonal qui précède tous les journaux télévisés avec le bulletin météo est bien dérisoire. Il était question d’être à la fois local et global. Sauf que le local, ce n’est plus l’Hexagone, c’est l’équipe de foot «locale», la cité, le monde virtuel des affinités et des rencontres. Résultat : les Franco-Tunisiens sifflent la Marseillaise pour faire aussi bien que les Franco-Algériens avant eux. Les rencontres «internationales» deviennent des matches locaux entre cités… Paris contre les Chtis, Tunisie-France : des derbys comme Lyon-Saint-Etienne.

La morale, pfuitt

On n’a jamais aussi été moralisateur : il faut vêtir ceux qui sont nus, héberger les sans-toit, nourrir les affamés… On met des comités d’éthique partout. Essayez de dire qu’un tel est un sale type, que l’ex d’une jeune femme est un petit voyou qui vivait à ses crochets, que tel universitaire est archinul et place ses maîtresses : vous aurez affaire à la justice. Car la morale n’a en réalité plus cours. Ce qui en tient lieu : les décisions plus ou moins compétentes des juges et les discours plus ou moins bien payés des avocats. La chicane, comme dirait Voltaire, fait la morale…

La politique faible

Bush nationalise les pertes, Brown les banques, Sarkozy multiplie les déficits et tout le monde relance avec des crédits empruntés mirobolants (empruntés à qui ?). Chacun est pris à contre-pied et tente sa chance en imitant le voisin. Les plans, programmes et résolutions disparaissent face à une réalité opaque mais terriblement coriace. La politique, ce n’est plus le changement, plus la révolution, pas même la gestion hégélienne du monde : c’est une politique faible qui fait ce qu’elle peut et peut peu. Sauf que même ce peu, tout le monde en veut. Ce n’est pas le retour de l’Etat gestionnaire, pas le retour de l’Etat Commonwealth ou République, c’est le retour de l’Etat assureur et rassurant, de l’Etat sauve-qui-peut. C’est aussi le retour de la déesse Fortune : pas celle des traders, celle du sort.

Dernier ouvrage publié :l’Artiste et les commissaires, Hachette Plurielle
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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 11:38


























Mon chêne prefere




















































MASSIF DES BAUGES
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2 janvier 2009 5 02 /01 /janvier /2009 20:26


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28 décembre 2008 7 28 /12 /décembre /2008 18:42















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