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12 novembre 2022 6 12 /11 /novembre /2022 09:47

C’est bien le problème que pose le traitement médiatique et politique de toutes ces actions spectaculaires. Il empêche le débat de fond, politique comme économique, et explique l’absence de la question climatique dans les campagnes présidentielles et législatives. Plutôt que de dénoncer les attaques des activistes ne serait-il pas urgent de faire de la lutte contre le changement climatique un thème politique majeur ? Le débat du moment ressemble désespérément à celui mis en scène par le film satirique Don't Look Up sorti en début d’année. Malheureusement la réalité dépasse souvent la fiction !  

Anne-Catherine Husson-Traore

[Le militant et le millionaire : un cas de désobéissance en démocratie] Qui est le plus en faute entre un militant bloquant un jet privé, et le bénéficiaire de ce jet ? Sachant que l'histoire se passe en 2022 ? Comment arbitrer entre le premier, qui enfreint la loi des hommes, et le second, qui enfreint les limites planétaires ? Je suis de ceux pour qui la désobéissance est un moyen d'action légitime dès lors que ses conséquences sont limitées et matérielles, ce qui les rend avant tout symboliques. En d'autres termes, je me place dans la lignée de Henry David Thoreau* pour qui "nous devrions êtres hommes d'abord, sujet ensuite". Dans le cas de notre duel militant-millionaire, voilà le bilan des courses : à court terme le millionaire va rater sa réunion ou son dîner, et à moyen terme il aura un sentiment de liberté dégradée. À court terme, le militant va être inquiété par la justice, et à moyen terme le débat politique qu'il aura généré sur le fond fera avancer la législation. Côté militant, il ne s'agit donc pas d'une désobéissance chronique émanant d'un refus d'observer la loi, mais d'actions "choc" visant précisément à utiliser la désobéissance pour choquer et donc contraindre le débat public sur une question jugée cruciale. Les militants à vélo sur le tarmac ne tirent aucun profit individuel de cette désobéissance. Côté millionaire, il est évident que cette atteinte à sa liberté fondée sur l'infraction de militants n'est pas souhaitable à long terme. Mais cette contrainte est ponctuelle, et n'est peut-être que l'anticipation d'une contrainte collective future (et légale). Dans le cadre d'une France incapable de réguler son trafic intérieur de jets, cette France même qui va frôler les +4° à la fin du siècle, utiliser la désobéissance symbolique pour forcer l'agenda politique me semble opportun. Certes il serait préférable que cette réflexion émane du pouvoir législatif ou exécutif, mais l'inertie du politique, à mon sens, justifie d'utiliser des moyens détournés pour en accélérer l'agenda. Au-delà, il est toujours bon de se rappeler que les plus profondes transformations politiques - et je crois que nous serons d'accords pour affirmer que la transition écologique en est une - ont toujours résulté d'un mélange de désobéissance (voire de violence) et de respect du cadre. À lire sur le sujet : La désobéissance civile (*) Gene Sharp (Lutte non-violence - Pratiques pour le XXIe siècle) Peter Gelderloos (Comment la non-violence protège l'État).

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11 novembre 2022 5 11 /11 /novembre /2022 19:23
ÉCOLOGIE : PANIQUE GÉNÉRALE DANS LES MÉDIAS DES MILLIARDAIRES
Cette semaine le mouvement écologiste a fait les gros titres dans les médias d'une bourgeoisie toujours plus radicalisée. Des couvertures anxiogènes et des quolibets en tous genres ont agité les équipes éditoriales des organes de presse aux mains des milliardaires. Pour les patrons François Pinault et Vincent Bolloré, les défenseurs du vivant seraient des individus "ultra-radicaux", des éléments "écolos ultras violents" tandis que le magazine d'extrême-droite Valeurs Actuelles qualifiait les militants pour le climat de "bouffons".
Du côté de Marianne, propriété de l'homme d'affaire tchèque Daniel Křetínský ayant fait fortune dans le domaine de l'énergie fossile, on parle aussi "d'écolos radicaux". Chez l'Express, détenu par deux magnats de la presse, Alain Weil et Patrick Drahi, le mouvement écologiste se saborderait par ses actions jugées trop offensives... Pourtant le seul véritable sabordage qui existe aujourd'hui, c'est bien l'inaction climatique organisé par les États capitalistes et les modes de production industriels qui détruisent les conditions nécessaires à la vie sur terre.
Mais ce serait les écologistes, les militants anticapitalistes qui seraient violents, trop déraisonnables, ou trop débiles ? Nouvelle inversion accusatoire. Ce sont les médias aux ordres du capitalisme qui voudraient dicter les bonnes manières de militer aux personnes qui s'engagent ? Passons-nous de leur leçons.
Ce déchaînement médiatique de haine vis-à-vis du mouvement écologiste fait suite à une longue séquence de propagande mensongère des chaînes d'infos en continu et des plus hautes autorités de l'État. Au lendemain de la mobilisation à Sainte-Soline Gérald Darmanin, ministre de l'intérieur, dépeignait les manifestant-es contre les méga-bassines "d'éco-terroristes". Cnews passait en boucle des vidéos d'affrontements entre défenseurs de l'eau et forces de l'ordre, sans jamais montrer les images de violences extrêmes des gendarmes à l'encontre des milliers de personnes venues se défendre des accapareurs de biens communs. Pourtant les gendarmes ont tiré plus de 2000 grenades ce jour-là, dont beaucoup de GM2L explosives, et tiré des balles en caoutchouc occasionnant des blessures parfois très grave.
En octobre à la National Gallery, deux militantes qui avaient jeté de la soupe sur Les Tournesols de Van Gogh pour dénoncer l'inaction des gouvernements face aux chaos climatique étaient qualifiés de «nazies» par certains journalistes. Le journal Atlantico osait, décomplexé : "Les nazis brûlaient des livres en 1933. Des écologistes tentent de détruire des tableaux en 2022." Comparer une action symbolique visant à interpeller l'opinion publique - un jet de sauce tomate sur une œuvre protégée par un épais verre en plexiglas - aux autodafés du Troisième Reich, avouez qu'il fallait oser.
Comme pour les ZAD, dès lors qu'une mobilisation, une grève ou un blocage dérangent le pouvoir et menacent directement les intérêts des industriels, les éléments de langage des autorités pour discréditer, criminaliser les mouvements sociaux ou écologistes se font plus pressant. Il faut salir l'opposition à tout prix. Les oppositions inoffensives, elles, sont toujours valorisées.
En revanche vous n'entendrez pas un mot dans les médias des puissants sur le saccage de la planète ou la violence du capitalisme. Pas une phrase sur la sixième extinction de masse des espèces, ni sur la pollution dantesque des sols et des océans. Rien non plus sur les ressources accaparées par une minorité de spoliateurs ou la déforestation des forêts primaires. Rien sur l'effondrement en cours. La presse aux ordres défend les intérêts particuliers de la classe capitaliste. Ils n'en ont rien à faire des scénarios apocalyptiques annoncés en toutes lettres par les expert du GIEC.
Il n'y a qu'une écologie anticapitaliste et révolutionnaire qui les fera reculer. La panique généralisée des médias bourgeois et la tentative de diabolisation du mouvement écologiste en sont les meilleurs exemples. Face à la destruction et le chaos, rendons les coups !
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9 novembre 2022 3 09 /11 /novembre /2022 21:46
🛢️COP 27 : MACRON FAIT DES CADEAUX AUX PLUS GROS POLLUEURS
Petits fours et champagne à l'Elysée pour les 50 plus gros pollueurs de France. C'est l'écologie vue par le grand capital. Le 6 novembre, c'était le début de la COP27 en Egypte : un pathétique sommet sur le climat, tellement inutile qu'il est sponsorisé cette année par Coca Cola, l'un des plus gros pollueurs de la planète. Lors de ce rendez-vous, les puissants du monde vont se regarder dans le blanc des yeux pour décider de ne rien faire. Mais Macron en a profité pour faire son show, en annonçant « des financements innovants pour le climat ». Il y a quatre ans, il avait déjà crié « make our planet great again », juste avant de ravager les ZAD, de réprimer les écologistes et de déréguler toutes les protections de l'environnement pour faire plaisir aux patrons.
Car chez les capitalistes, pour diminuer la pollution, il ne fait pas sanctionner les industriels qui saccagent la planète, il faut les récompenser. C'est ce que Macron a fait dès le 8 novembre : il recevait les dirigeants de 27 entreprises, qui possèdent les 50 sites les plus polluants de France. A eux seuls, ces 50 sites représentent 10% des émissions de CO2 du pays. Ils détruisent le climat, mais aussi la santé des êtres vivants qui vivent à proximité : habitants comme employés.
Par exemple, l'entreprise Yara, le numéro un mondial des engrais, était convié. Yara, basé près de Saint-Nazaire, stocke des quantités colossales de produits chimiques hautement dangereux et potentiellement explosifs, et a été mis en cause pour des rejets toxiques massifs dans l'eau de la Loire et dans l'air. Par exemple, Yara a gentiment dépassé 410 fois les seuils autorisés de pollution en 2020. Ses dirigeants devraient être en prison, mais ils sont reçus avec les honneurs par le président de la République.
Dans son discours, Macron a d'abord justifié les cadeaux de plusieurs milliards d'euros fait aux aux entreprises polluantes. Depuis 2015, ces entreprises ont reçu entre 3 et 4 milliards d'euros d'argent public sous forme de « quotas carbones gratuits ». C'est déjà en soi un scandale. L'économiste Maxime Combes explique que « certains de ces sites reçoivent plus de quotas gratuits qu'ils ne relâchent de CO2, pouvant vendre le surplus et encaisser du cash. » Mais quelles sont les entreprises qui ont le plus profité de le plus de ces subventions ?
Les deux gagnants sont Arcelor Mittal, qui a touché 1,25 milliard, et Total Energies avec 427 millions. Oui, Total, le pétrolier dont les profits explosent, et qui verse des sommes records à ses actionnaires. C'est bien du pillage organisé. Il y a aussi Lafarge, le cimentier a touché 277 millions d'euros. Cette entreprise extrêmement polluante est poursuivie pour complicité du terrorisme, pour avoir collaboré avec Daesh en Syrie, rien que ça. Un autre cimentier, Calcia, a perçu la modique somme de 246 millions d'euros.
Mais ces gros chèques avait pour but officiellement d'inciter ces entreprise à « décarboner ». Pour quel résultat en 7 ans ? Aucun, puisque Macron promet de doubler le dispositif. Il a promis aux dirigeants des 50 sites industriels qui touchent déjà un pognon de dingue d'augmenter les cadeaux. Jusqu'à 10 milliards d'euros à terme, « Si des projets et des sites sont identifiés d’ici à 18 mois, si vous doublez vos efforts » a déclaré le président.
Les médias n'ont évidemment pas posé les questions cruciales. Comment ont été utilisés les quotas de CO2 gratuits depuis 7 ans ? Ces entreprises ont-elles baissé massivement leur pollution ? Ou même investi pour diminuer les émissions de CO2 de leurs sites ? Quelles ont été les contreparties ? Et la transparence et le contrôle de ces aides ?
Vous avez donc bien lu. L'argent magique est déversé dans les poches de criminels climatiques sans contrepartie, en plein sommet sur le climat. L'inversion est totale, c'est d'ailleurs un mode de gouvernement en ce moment. Un conseiller présidentiel s'est félicité à la télévision après cette rencontre : « le président de la République a souhaité que la France marque encore un coup d’accélération sur les enjeux climatiques ». On fonce vers le désastre, mais au moins on rigole !
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8 novembre 2022 2 08 /11 /novembre /2022 09:16

par Jean-François Debat, maire (PS) de Bourg-en-Bresse

publié le 7 novembre 2022 à 17h46
 

Dans notre spectre mental, croissance et bien-être sont indissolublement liés. Cela nous est martelé : pas de croissance, pas d’emploi, ni de bien-être. Remettre en cause le dogme de la croissance, c’est promouvoir la «société Amish». Et, telle qu’elle est constituée, la croissance repose sur la consommation de ressources naturelles surexploitées. Bien sûr, gauche et droite se déchirent sur la répartition des fruits de la croissance, mais elle est l’objectif commun aux politiques menées par libéraux et socialistes en France et en Europe depuis des décennies. Donc, pour un politique, qui plus est socialiste, aborder ce sujet est plus que sensible. Je vais quand même essayer.

L’arrêt des gaspillages les plus visibles ne suffira pas à répondre aux enjeux climatiques dont les impacts sont déjà dévastateurs. Ils peuvent nous permettre de passer l’hiver ; ils ne nous placent pas sur une trajectoire tenable sur le plan climatique. L’enjeu, ce n’est pas 10% de consommation énergétique de moins, c’est diviser par sept nos gaz à effet de serre en vingt-cinq ans.

 

Consommer moins et vivre mieux

Or ces gaz ne viennent pas que du chauffage et des transports, mais largement de la masse de ce que nous consommons. Il n’y a pas de croissance illimitée dans un monde aux ressources limitées et nous consommons trop par rapport aux ressources naturelles existantes. Il va falloir abandonner l’idée confortable mais fausse que le progrès technique, la technologie, le numérique, l’hydrogène, le nucléaire, vont nous permettre de consommer toujours autant, en toute bonne conscience, juste différemment – par exemple en remplaçant toutes les voitures thermiques par des voitures électriques, parce que construire une voiture représente une part importante de son impact carbone. C’est une fable qui évite de se poser la vraie question : peut-on consommer moins et vivre mieux ?

Bien sûr, les efforts des plus riches doivent être beaucoup plus importants que ceux des familles modestes, mais la question du changement de modèle concerne tout le monde. Et le vrai objectif pour la gauche est : démontrer aux ménages modestes et moyens qu’ils ont tout à y gagner.

Des exemples ? Diviser par deux notre consommation de viande en volume au profit d’une viande deux fois plus chère mais de qualité. Diviser par deux notre consommation de vêtements, c’est-à-dire revenir simplement à la consommation de… l’an 2000. Renouveler deux à trois fois moins souvent notre électroménager, nos télévisions, nos téléphones, dès lors que des règles drastiques imposeront aux constructeurs d’en rendre possible la réparation sans limitation de durée. Imposer une norme unique de chargeur électrique universel, comme on l’a fait pour les prises électriques. Passer du recyclage à la réutilisation des bouteilles. Louer au lieu d’acheter les outils de bricolage très peu utilisés – durée moyenne d’utilisation de la perceuse : sept minutes par an… Pour les 50% de Français qui vivent en milieu urbain et périurbain proche, se passer de la deuxième voiture au profit du covoiturage, de l’autopartage, du vélo électrique, des transports collectifs.

Qui perdrait financièrement à ces évolutions ? Personne. Ce n’est pas parce que l’on achète moins de biens de consommation que l’on perd en qualité de vie. Au contraire, la société du jetable pèse lourdement sur les ménages, notamment les plus modestes. Et pourtant, ce modèle économique conduirait à produire moins, donc à avoir moins de croissance physique.

Seule la gauche peut porter cette révolution

Evidemment, cette évolution ne se fait pas en deux clics. Mais depuis quarante ans, on nous a seriné qu’il fallait «s’adapter» à la concurrence mondiale : les entreprises l’ont fait. Nous pourrons donc nous adapter à un nouveau modèle de sobriété, de réparabilité et de réutilisation. Encore faut-il pour cela renoncer à l’idée qu’il faut toujours plus de croissance et se convaincre qu’on peut créer des richesses avec moins de croissance. Seule la gauche peut porter cette révolution, car les libéraux ne le feront jamais.

Ils le feront d’autant moins que le partage est l’autre jambe du projet. Le partage des richesses est identitaire pour la gauche, mais il devient encore plus central dans ce nouveau modèle. Depuis la mondialisation libérale des années 80, les inégalités ne cessent de s’accroître. La pression mise sur les salariés intermédiaires par la concurrence libre et non faussée et les délocalisations freine la progression sociale et écrase les écarts de revenus de 80% des Français : il faut entrer dans les 15% les plus aisés pour passer trois fois le smic.

Pour 80% des Français, envisager de payer plus cher des produits d’une meilleure qualité est donc impossible. Si ces 80% de Français se sentent les variables d’ajustement de la transition écologique, ils la refuseront et elle ne se fera pas. Ils doivent savoir qu’ils seront les bénéficiaires de la politique redistributive d’une gauche offensive. Le bien-être viendra du partage.

Nos outils, ceux de la social-démocratie, sont adaptés aux enjeux. La norme pour interdire l’obsolescence programmée, imposer la réparabilité, donner un prix au carbone au niveau européen pour relocaliser et ramener les chaînes d’approvisionnement de 5 000 km à 500 km. L’intervention publique, par exemple par la prise en charge par l’Etat de l’isolation thermique de tous les logements, avec récupération de la somme au moment de la vente ou de la succession. La redistribution avec un ISF climatique pour financer un «chèque climat» dont seraient destinataires les 80% de ménages concernés pour leur permettre d’assumer les surcoûts de produits durables. L’Europe, parce que seul ce cadre permet ce nouveau modèle.

Socialistes, rompons avec le productivisme, avec le dogme de la croissance. Ce modèle de société n’est plus tenable et ne peut plus constituer un moteur pour l’avenir. Ne pas l’admettre nous conduira du mauvais côté de l’histoire, que d’autres écriront à notre place. Oser le faire renforcera nos objectifs centraux de répartition des richesses, de justice sociale, qui sont le vrai ADN de la gauche. A nous de choisir.

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4 novembre 2022 5 04 /11 /novembre /2022 15:11
⚠️ BLESSÉ À LA TÊTE PAR UN TIR DE LBD, ARRÊTÉ À L’HÔPITAL ET MIS EN GARDE A VUE ⚠️
- L'État français au seuil de la barbarie -
Jusqu'où ira l'État policier ? Un blessé grave lors de la manifestation de Sainte-Soline samedi dernier vient d'être arrêté à l’hôpital de Poitiers et placé en garde à vue. Explications.
Samedi 29 octobre, 1700 gendarmes, 7 hélicoptères, des drones et une antenne du GIGN sont déployés pour empêcher une mobilisation écologiste pour défendre l'eau. Trois cortèges séparés se mettent en route vers le chantier d'une «méga-bassine» artificielle à Sainte-Soline. Robin – le prénom a été modifié – est le premier blessé de la manifestation. Alors qu'il marche dans le cortège «vert», il reçoit un tir en pleine tête, au front, une balle en caoutchouc tirée par un LBD à environ 10 mètres. Comme lui, des dizaines d'autres personnes seront blessées par la gendarmerie, qui va tirer en quelques heures des milliers de munitions.
Après des premiers soins, des manifestant-es appellent les pompiers. Mais ce sont les gendarmes qui viennent. Ils veulent contrôler son identité, auditionner Robin alors qu'il n'est pas en état de parler. Tout cela est totalement illégal. En principe, les forces de l'ordre ont l'obligation de secourir les blessés lors d'une intervention. Ici, la non assistance à personne en danger s'accompagne de menaces sur le blessé. Les gendarmes veulent l'embarquer sur le champ, alors qu'il présente manifestement un traumatisme crânien.
Robin est emmené à l'hôpital de Ruffec pour être examiné et passer un scanner. Il subit l'examen menotté alors qu'il tient à peine debout. Les gendarmes ne le lâchent pas d'une semelle, violant le secret médical. Les gendarmes bloquent également ses amis qui allaient le voir à l'hôpital.
Le scanner révèle une blessure grave : une fracture de l'orbite, qui aurait pu occasionner la perte d'un œil, et un gros hématome, notamment à l'intérieur du crâne. Cela peut entrainer une compression du cerveau et être mortel ou provoquer un handicap. Robin est transféré en urgence en neurochirurgie à Poitiers, au cas où sa situation se détériorerait, pour pouvoir être opéré si besoin. Il passe deux jours en réanimation, avant d'être transféré dans un autre service.
Il ne verra pas d'autre médecin. Par contre le personnel de l’hôpital contacte les gendarmes pour les informer de son état. La collaboration est décidément une tradition tenace.
Robin est donc arrêté ce vendredi 4 novembre au matin, dans sa chambre d'hôpital, à une heure où les visites sont interdites et alors que son état nécessite du repos. Il est à présent en garde-à-vue, probablement au commissariat de Poitiers. Les violences d'État bénéficient déjà d'une totale impunité. À présent, c'est une victime qui est traquée jusque dans une chambre d’hôpital. Des magistrats valident-ils de telles pratiques ?
Les soutiens de Robin appellent à se réunir dès maintenant devant le commissariat de Poitiers pour exiger sa sortie immédiate. Mais cet événement en dit très long sur l'état de pourrissement avancée du régime en place. Répression militarisée d'une manifestation pour l'eau. Mensonges médiatiques en boucle pendant des jours et négation totale des victimes causées par les gendarmes. Collaboration entre les soignants et les forces de l'ordre et enlèvement d'un blessé grave dans sa chambre d’hôpital. Ce sont des pratiques de dictature.
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Sources : la journaliste Hélène Assekour et Les soulèvements de la terre

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31 octobre 2022 1 31 /10 /octobre /2022 23:14
LES FORCES DE L'ORDRE "RISQUENT" D'OUVRIR LE FEU SUR LES MANIFESTANTS ANNONCE DIDIER LALLEMENT
– La bourgeoisie prépare les esprits à la guerre civile –
L'ancien préfet de Paris Didier Lallement tente de revenir sur le devant de la scène. Il sort un livre intitulé «L'ordre nécessaire» et donne des interviews. Dimanche 6 novembre, le journal patronal L'Opinion lui donnait la parole. Lallement estime qu'il restera «le préfet des Gilets jaunes», une image qu'il aime cultiver alors qu'il n'est arrivé à la préfecture de Paris qu'en mars 2019, alors que le soulèvement avait déjà été quasiment anéanti par la répression. En revanche, une fois en poste, il n'a jamais cessé de durcir la répression et de militariser la police, avec des pratiques et un discours d'une extrême brutalité.
L'ex-préfet de Paris estime que la classe moyenne est entrée «dans la violence politique et la révolte», alors qu'en réalité ce sont les politiques néolibérales qui ont prolétarisé des millions de personnes. Ce n'est pas la «classe moyenne qui entre dans la violence» mais des pans de plus en plus larges de la population qui sont confrontés à la violence sociale, à la précarité, aux difficultés de fin de mois, aux prix qui explosent...
Plus intéressant, Didier Lallement estime que les forces de l'ordre devront ouvrir le feu contre des manifestations. «Cela risque d’arriver un jour» déclare-t-il, comme pour préparer l'opinion. «On entrera dans une autre dimension» ajoute-t-il.
En décembre 2018, au plus fort des Gilets Jaunes, des tireurs d'élite avaient été déployés à Paris car le pouvoir craignait un embrasement total et l'envahissement de lieux de pouvoir. Des policiers à moto avaient dégainé leurs armes de service face à des manifestants le long des Champs Élysées. Depuis, il est courant de voir des gendarmes avec des fusils d'assaut autour des cortèges, et il est arrivé plusieurs fois que des agents sortent une arme pour intimider la foule. En mars 2019, les soldats de l’opération Sentinelle étaient déployés face aux Gilets Jaunes et le gouverneur militaire de Paris n’excluait pas «l’ouverture du feu».
Le gouvernement vient d'ailleurs de commander 90 véhicules blindés équipés de lance grenades et d'un fusil mitrailleur capable de tirer 1000 coups à la minute sur le toit. Une arme pilotée depuis l'intérieur du véhicule grâce à une caméra intégrée. La bourgeoisie et ses forces armées se préparent à la guerre.
Tirer sur le peuple est un vieux fantasme refoulé des élites françaises. À la radio, Luc Ferry, ancien ministre de l’Éducation réclamait en 2019 que les policiers se «servent de leurs armes» et que les militaires tirent à balles réelles sur les manifestations : «on a la quatrième armée du monde, elle est capable de mettre fin à ces saloperies». Des membres du gouvernement expliquaient dans la presse qu’ils étaient prêts à «assumer» de «faire des blessés voire pire», notamment de rendre «tétraplégique» un participant au Black Bloc. Le présentateur Yves Calvi évoquait sur son plateau à plusieurs reprises l’idée de parquer les opposants dans un stade «avec tout ce que sur le plan historique et imaginaire, ça provoque», c’est-à-dire comme au Chili de Pinochet ou lors des rafles du Vel’ d’Hiv’. En 2020, le député Eric Ciotti estimait à la suite d’un tir de feu d’artifice sur un commissariat qu’il «faut que la police puisse tirer. La racaille doit être éradiquée quoi qu’il en coûte», et la chroniqueuse Zineb El Rhazoui criait sur le plateau de Cnews son souhait «que la police tire à balles réelles» sur les «délinquants de banlieue». Depuis, les tirs explosent pour des refus d'obtempérer.
Au sein de l’élite, l’appétit de guerre civile et d’élimination du peuple, qui n’a jamais été totalement rassasié depuis la Commune de Paris, redevient lancinant. On se souvient encore de ces habitants du 16ème arrondissement de Paris, qui encourageaient les policiers en hurlant "tuez-les" alors qu'ils pourchassaient des Gilets Jaunes. Il n’y aura pas d’étape intermédiaire en cas de nouveau soulèvement : une révolution totale ou un écrasement dans le sang. Didier Lallement vient de l'annoncer de nouveau.
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L'interview dans l'Opinion
📬 SAINTE-SOLINE : LETTRE OUVERTE D'UNE BRETONNE AUX MANIFESTANT.ES
"Hommage aux enfants de la terre, habillés de noir, croisés quelque part sur des champs dévastés.
J’étais à Sainte-Soline le week-end dernier ; j’étais à Sainte-Soline là où une méga-bassine de 16 hectares est en construction, financée en grosse partie par l’argent public pour pomper l’eau dans les nappes phréatiques au profit d’une seule poignée d’exploitations agro-industrielles.
J’étais à Sainte-Soline et je crois bien que j’y ai laissé une partie de mon cœur, car je voudrais encore être auprès d’eux ; auprès de ceux qui sont restés ; auprès de ceux qui, ce week-end ont subi un déploiement inouï des «forces de l’ordre», et auprès de ceux qui aujourd’hui vont subir le déchaînement médiatique mensonger orchestré par «l’état-mafia» et propagé par une presse et une télé «à la solde».
Je regarde quelques commentaires sur les réseaux sociaux et j’ai honte. J’ai honte de tous ces «braves gens» qui éructent leur haine envers ceux qu’ils nomment «voyous» ; qui éructent leur haine sous couvert du «bon ordre» et du «respect de la loi» ; ceux-là même qui ne savent rien de l’histoire des bassines, ni même de l’histoire du monde et qui ne veulent d’ailleurs surtout pas savoir ; ceux-là qui n’entendent que ce que la voix de leurs maîtres leur raconte et qui crieront, une fois la guerre terminée, «Vive la résistance !»
Décidément, Brassens avait bien raison : «Les braves gens n’aiment pas qu’on suive une autre route qu’eux». Et demain, ce seront eux aussi qui s’étonneront de n’avoir plus ni retraite, ni aide sociale lorsqu’ils perdront leur travail, ni eau potable au robinet ? la faute à Pas-de-chance, diront-ils alors.
Qu’il est pratique, n’est-ce pas, de s’insurger contre ces jeunes qui «profitent du système», contre ces «assistés» comme ils les nomment, et de ne surtout pas, mais alors surtout pas regarder du côté de la mafia gouvernementale qui, pendant ce temps, transfère le plus tranquillement du monde ce qu’il reste d’argent public à ses potes milliardaires et en profite au passage pour créer une dette abyssale, histoire d’asservir tout ce petit monde jusqu’à la fin des temps. Cette même mafia qui aujourd’hui veut «ficher S» ceux qu’ils appellent «éco-terroristes»… Quel est le rapport déjà entre le fait de tuer au nom d’une croyance et celui de défendre le Bien Commun face à des intérêts privés ? Oubliant peut-être au passage que ce gouvernement affiche tellement d’affaires en cours que ç’en serait risible si ça n’était si grave ?
Alors oui, j’étais à Sainte-Soline ce week-end au côté de ceux qui manifestent contre cette logique qui nous tue. Des milliers de gens de tous âges, de tous styles, d’ici et d’ailleurs, certains ayant plongé corps et âme dans cette histoire d’eau, d’autres apportant leur soutien d’un jour «ou plus si affinités».
Et puis, il y a vous. Cette jeunesse, jeunes femmes et jeunes hommes, habillée de noir, visages cachés, dont on devinait à peine les regards. Et nous sommes partis à votre suite. Nous avons approché ce méga-monstre de bassine. Expérimentant pour quelques-uns pour la première fois, ce que, du haut de votre jeune âge, vous ne connaissez que trop bien déjà.
Et c’est au beau milieu d’un paysage dévasté par une agriculture qui n’en est plus une, étouffée par les lacrymos, sous les grenades qui volaient, que j’ai ressenti toute votre détermination et votre courage. J’ai vu aussi cette fabuleuse organisation, reflet d’une intelligence collective aiguisée au couteau.
Ils vous disent ultra-violents mais au beau milieu de ce champ de bataille, je n’ai vu que quelques «cœurs brûlants» à l’incroyable gentillesse, semblant apparaître toujours au bon endroit et au bon moment pour tendre une main à qui en avait besoin, malgré le «jeu» dangereux dans lequel nous étions embarqués. Et c’est dans ce chaos que je me suis dit en vous regardant : «les voilà donc, les enfants de la terre ; ils sont là». Cette jeunesse que la plupart ne voulait pas entendre lorsqu’ils nous alertaient du désastre écologique en cours et qui aujourd’hui se voit contrainte d’avancer à corps découverts face à des machines de guerre infernales, tentant le tout pour le tout pour sauver leur monde, pour sauver notre monde. Des pierres contre des fusils, nouvelle saison. Sauf que les fusils, eux, ont bien changés…
J’étais donc à Sainte-Soline ce week-end et j’y ai laissé une partie de mon coeur ; cette partie peut-être qui, ne sachant qui vous étiez, ne trouvait pas comment vous dire merci.
Peut-être alors que ce texte finira par vous parvenir.
Alors à tous ces enfants de la terre habillés de noir, croisés sur des champs dévastés, je voulais vous dire merci. Merci d’être tels que vous êtes, merci de garder bien au chaud cette part d’humanité et de sensibilité sauvage que vous érigez avec superbe au milieu de ces heures sombres. Cette part d’humanité que d’autres semblent avoir perdu.
Merci d’éclairer l’horizon de votre espoir.
Et surtout, je vous souhaite de voir un jour le monde tel que vous le rêvez. Soyez fières et fiers de qui vous êtes et enfin, ne doutez pas que, un peu partout, beaucoup de gens finalement, vous aiment de tout leur coeur.
No bassaran – Hauts les cœurs"
--- 📷 Émile Binet

 le dernier livre de Gaspard Koenig : "Contr’un, pour en finir avec l’élection présidentielle". Ce qui justifiera cette lecture ? Bien sûr la fidélité qui nous lie à Gaspard, mais, disons-le, également l’admiration que nous avons pour sa démarche de philosophe in vivo et l’œuvre qu’elle lui fait construire. Ce nouveau chapitre relate sa candidature présidentielle, dénonçant la personnalisation infantilisante de nos institutions, l’illusion mortifère d’élire un sauveur tous les 5 ans, l’épuisement de notre démocratie (cf notre article d’hier sur Brésil/US/France), pour finalement proposer une nouvelle définition et incarnation de la souveraineté. Une aventure et une réflexion qui ne se briseront pas sur 500 signatures (Gaspard en réunit 107).

- Un document à diffuser pour contrer les mensonges des médias aux ordres -
Vous ne verrez pas ces images sur les chaînes de désinformation en continu, il est donc important de les faire circuler. Elles ont été prises par le reporter Adcazz à Sainte-Soline, le 29 octobre 2022.
Gendarmes par centaines, hélicoptères et drones, déluge de grenades lacrymogènes, explosions et cratères dans les champs, blessé-es... Un chantier de terre battue préfigurant un projet monstrueux, vidé à coup de LBD et de gaz. Des lignes de gendarmes bien protégées, qui envoient tranquillement des dizaines de munitions explosives sur une foule sans protection au milieu des champs, jeunes comme personnes âgées.
À Sainte-Soline le 29 octobre 2022, la gendarmerie avait l’autorisation de tuer pour protéger une mégabassine. Il faut voir et faire voir ces images pour comprendre l'étendue de la folie répressive, et le gouffre qui sépare les discours du pouvoir sur le climat et la réalité de la répression contre ceux qui défendent l'environnement. Ces gens sont en guerre contre le vivant, dont nous faisons partie.
QUI SONT LES ECO-TERRORISTES ?
Dimanche 30 octobre, Gérald Darmanin a qualifié d’«éco-terrorisme» la mobilisation contre les mégabassines, dans les Deux-Sèvres, ajoutant : «il y a des fichés S, radicalisés à l’ultra-gauche, qui veulent s’en prendre à l’ordre républicain».
Après l'accusation «d'islamo-gauchisme», le gouvernement lance donc un autre épouvantail, «l'éco-terroriste». Absolument rien ne différencie le régime de Macron d'un gouvernement d'extrême droite, ni dans les mots, ni dans les pratiques. Mais de quoi parle-t-on ? La définition du terrorisme est : «gouvernement par la terreur» ou «emploi systématique de la violence pour atteindre un but», avec l'idée de semer délibérément l'effroi dans la population. Ajoutons-donc le préfixe «éco», pour «écologie».
Si les mots ont un sens, «l'écoterrorisme», le vrai, ce sont les multinationales comme Total qui dévastent la planète, et les gouvernants qui les protègent.
L’écoterrorisme, ce sont les milices d'entreprises privées qui tuent des écologistes dans les pays du sud. 200 militants ont été assassinés en 2021 pour avoir protégé l'environnement, dont 54 au Mexique et 26 au Brésil, en particulier dans l'Amazonie.
L'écoterrorisme, c'est l'usage massif d'un produit chimique par l'armée américaine contre la population civile durant la guerre du Vietnam. L'agent orange, fabriqué par Bayer, a empoisonné 4,8 millions de Vietnamiens, durablement intoxiqué les sols, et provoque encore aujourd'hui des maladies infantiles et des déformations.
L'écoterrorisme, c'est la fracturation de la couche terrestre pour extraire du gaz de Schiste, qui rend l'eau du robinet dangereuse et inflammable.
L'écoterrorisme, c'est quand l'Etat français envoie des milliers d'hommes armés détruire une ZAD ou tirer des grenades contre celles et ceux qui défendent l'eau.
L'écoterrorisme, c'est quand l'Etat français fait sauter un bateau de Greenpeace en 1985, tuant un passager, pour empêcher d'aller documenter les essais nucléaires dans le Pacifique.
L'écoterrorisme, ce sont les sols et les habitants des Antilles françaises intoxiqués au Chlordécone.
L'écoterrorisme, c'est le chantage nucléaire, les marées noires et la géo-ingénierie.
L'écoterrorisme, c'est lorsqu'on apprend que «l’acidification des océans provoquée par la pollution pourrait entraîner la fin de l’humanité», et qu'il y aura bientôt plus de plastique que de poissons dans la mer.
L'écoterrorisme, ce sont les gouvernants qui n'ont rien fait pour empêcher le réchauffement climatique, les sécheresses, les pénuries.
Mais l'objectif de Darmanin et de tous les flics de la planète est de faire taire ceux veulent protéger le vivant. Aux États-Unis, le FBI considère l’écologie radicale comme «la deuxième menace terroriste la plus importante», alors qu’en Russie un journaliste qui enquêtait sur la destruction d’une forêt par l’entreprise Vinci a subi en 2008 une agression qui le laisse lourdement handicapé. En France, Manuel Valls disait surveiller autant la «radicalisation religieuse» que les mouvements de défense de l’environnement et a tenté d'écraser les ZAD. Le 21 septembre 2019, une grande «marche pour le climat» à Paris était bloquée par un dispositif agressif de milliers d’agents appuyés par des blindés. La France de Macron était le seul pays du monde occidental à interdire par la force ce défilé. Peu après, le Ministère de l'intérieur français a créé au sein de la Gendarmerie nationale la Cellule Déméter – du nom de la déesse grecque des moissons –, spécialement dédiée à la répression des écologistes et opposants au productivisme.
Les écoterroristes, c'est eux. Le désastre est là. Défendre l'environnement est de la légitime défense.
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30 octobre 2022 7 30 /10 /octobre /2022 12:13
 
– Weekend de lutte victorieuse contre les «mégabassines» à Sainte-Soline : reportage –
Si les historiens du futur cherchent des images de l'effondrement de l'Empire au 21ème siècle, il y aura celles, saisissantes, de Sainte-Soline. Le 28 octobre 2022 dans les Deux-Sèvres, alors que des chaleurs et des sècheresses inédites font rage, l'Etat français a déployé 1700 militaires lourdement armés, une équipe du GIGN – les troupes de choc de la gendarmerie –, 7 hélicoptères et plusieurs drones. Il a même créé une « zone rouge » hors du droit, sur plusieurs kilomètres, dans laquelle tout rassemblement et toute circulation était interdite pendant trois jours. Tout cela pour protéger un trou. Oui, car ces moyens fous, démesurés, colossaux, devaient empêcher des manifestants de s'approcher d'un immense cratère, vide, creusé dans la terre, pour créer un lac artificiel destiné à arroser des champs gavés de pesticides.
Le projet d'un monde fini
A Sainte-Soline comme ailleurs, le dérèglement climatique provoque des sécheresses et des canicules. Plutôt que d'imaginer une agriculture plus respectueuse de la nature, adaptée aux nouvelles contraintes, et moins gourmande en eau, nos experts ont trouvé une solution : les «méga-bassines». De vastes cuvettes artificielles couvertes de plastique, qui pompent dans la nappe phréatique, c'est à dire les réserves communes, pour irriguer les champs de maïs ultra-gourmands en eau, destinés à engraisser du bétail ou être vendus sur le marché mondial. L'obscurantisme capitaliste résumée en un projet. A Sainte-Soline, la bassine est prévue pour accaparer 750 000 mètres cube d'eau, elle s'étend sur plusieurs hectares, et elle est largement financée par de l'argent public. Tout cela pour seulement 12 exploitants agricoles, au milieu de plaines déjà ravagées par l'agriculture industrielle.
Revenons à ce weekend de lutte. Pour protéger le chantier, le dispositif de répression est tout simplement inédit. Même au plus fort des expulsions de Notre-Dame-des-Landes, les moyens n'étaient pas aussi importants. C'est dire si l'Etat français se radicalise. Nous avons vu 6 hélicoptères voler au dessus de nos têtes, au milieu des champs, mais aussi des ballets de fourgons de gendarmes, des véhicules vert kaki et des barbouzes, des checkpoints et des villages déserts. A lui seul, le déploiement d'hélicoptères aura brûlé des milliers de litres de carburant et coûté des centaines de milliers d'euros.
Et tout cela n'a pas empêché des milliers de personnes d'atteindre le campement, situé quelques kilomètres au sud du chantier. Vendredi soir, 2000 personnes étaient déjà arrivées à Sainte-Soline, dans une ambiance conviviale, avec des chapiteaux, des buvettes, des discussions et de la musique. Le samedi matin, un convoi d'élus écolos, pourtant mous et légalistes, se frayait un passage au cœur de la zone interdite. C'est dire si les décisions liberticides du pouvoir sont unanimement méprisées.
«1, 2, 3 Bassines»
14H, 7000 personnes sont réunies, la plupart suivent le dress code de la lutte : le bleu de travail. Trois étendards : rouge, blanc et vert, vont mener trois cortèges séparés pour encercler le chantier. Trois ambiances : au centre, les blancs filent tout calmement, e ligne droite, vers la cible, en musique et en farandoles. Sur les côtés, les rouges et les verts vont emprunter des itinéraires plus sportifs pour atteindre les flancs latéraux de la bassine. L'organisation est impeccable, et déstabilise le gros dispositif de gendarmerie, qui fait face à des bataillons d'environ 2000 personnes chacun, qui partent dans des directions opposées. A 14H05, les premières grenades lacrymogènes tombent déjà dans les champs, mais cela n'entame en rien la détermination collective.
Côté rouge, c'est au pas de course, avec des barricades, et dans le crépitement de feux d'artifice que les gendarmes sont tenus en respect. Un fourgon reçoit un palet lacrymogène tiré depuis ses rangs et renvoyée dans son habitacle, et part en zigzag. Plusieurs lignes de gendarmes sont rapidement franchies, à travers routes et champ. Objectif atteint.
Au centre, le défilé blanc danse, déstabilise les lignes de forces de l'ordre qui ne savent plus où et comment bloquer. Le cortège familial finit par atteindre, lui aussi les abords de la bassine, ce qui est inattendu.
Coté vert, on se heurte à plusieurs verrous de gendarmes. Échanges de projectiles à travers champ. Des riverains indiquent aux manifestants où passer par des sentiers encore accessibles. Le groupe se retrouve dans le bourg de Sainte-Soline même, et ses petites rues. Une ligne de gendarmes est enfoncée à la sortie du village, pendant que le gros du défilé passe à l'arrière d'une propriété, avec l'accord d'un habitant. La ligne est encerclée, les gendarmes se replient après avoir beaucoup gazé. Quelques hectares de maïs sont traversés en vitesse, et les verts arrivent aussi devant la bassine. En chemin, on croise aussi des champs de tournesols brûlés par la sécheresse, signe d'un modèle productiviste à bout de souffle.
Victoire
Le chantier est envahi ! L'équipe rouge a fait tomber les barrières qui ceinturent la bassine. Le dispositif de répression a perdu la bataille, malgré l'évidente dissymétrie des forces. Mais il se venge. Déluge de grenades. Asphyxie générale. Explosions. Il y a des blessés et plusieurs personnes arrêtées. Pendant ce temps, la foule qui arrive de tous les côtés se masse autour du chantier. De très nombreuses grenades explosives, les GM2L, sont tirées au milieu des champs, à proximité des manifestants de tous âges, et même en l'air, explosant au dessus des têtes. De nombreuses personnes ont alors blessées par les éclats ou sonnées. Une fracture ouverte est provoquée par une munition. Un homme d'age mur tombe net, dans un champ, fauché par un tir de LBD dans la tête. Pour masquer leur crime, les forces de l'ordre inondent la zone de gaz.
Des milliers de personnes sont alors devant la bassine, c'est l'aboutissement de toute cette longue marche parsemée d'embûches. Mais un appel à se replier est lancé au mégaphone. L'assaut final de la bassine n'aura pas lieu. Peu à peu, l'immense colonne de manifestants retourne vers le campement. La préfecture n'aura pas réussi à sanctuariser le chantier. C'est une défaite pour le camp de l'industrie mortifère, de la force, de la répression.
Pendant ce temps, les chaînes en continu tournent déjà en boucle sur les «radicaux» et les «violences». Le Ministre de l'Intérieur prétend que 60 gendarmes auraient été blessés, malgré leurs carapaces. Du côté des manifestants, une députée a été matraquée, le porte parole des anti-bassines s'est fait ouvrir le crane par des coups, 4 personnes ont été interpellés et au moins 50 blessées, dont au moins 5 hospitalisés. Plusieurs manifestants ont reçu des tirs de LBD à la tête. Samedi soir, la police appelait les hôpitaux pour savoir quand les blessés sortiraient. Deux personnes en garde-à-vue ont d'ailleurs été blessées au moment de leur arrestation.
Derrière la propagande grossière, il s'agit de cacher la vérité du jour : un répression délirante visant à protéger un chantier absurde a été mise en échec. Cette journée démontre qu'avec de l'imagination, de la bonne humeur et beaucoup de détermination, quelques milliers de personnes organisées peuvent déjouer la répression d'une grande puissance occidentale. C'est, espérons le, le début de la fin pour ces « mégabassines », car l’État ne pourra pas déployer 7 hélicoptères et se taper la honte pour chaque caprice d'exploitants intensif.
Contre un aéroport, pour l'eau, contre des fermes usines et autres projets destructeurs : partout, ce sont les luttes qui gagnent. Il est encore possible de sauver ce qui peut l'être, tout n'est pas perdu.
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24 octobre 2022 1 24 /10 /octobre /2022 06:57

 

par Cécile Simmons, Chercheuse à Institute for Strategic Dialogue (ISD).

publié le 24 octobre 2022 à 6h30
 

Canicule, sécheresse, feux de forêt : l’actualité récente a mis au premier plan les effets dévastateurs du dérèglement climatique. En parallèle, les communautés «antisystème» et la complosphère française ont vu l’émergence cet été de discours complotistes sur la canicule, portés par des figures telles que Silvano Trotta (160 000 inscrits à sa chaîne Telegram). Plus récemment, la hausse des prix de l’énergie et la crainte de coupures en hiver ont également alimenté dés- et més-information sur les énergies renouvelables sur les réseaux sociaux. Loin d’être des phénomènes isolés, ces discours reflètent un revirement des stratégies des acteurs climatosceptiques, du déni ouvert à l’adoption de rhétoriques visant à nous convaincre de retarder toute action politique.

Depuis plusieurs mois, l’Institut pour le dialogue stratégique (ISD) suit la trajectoire des discours climatosceptiques en ligne. Nous avons constaté qu’au déni du changement climatique (climate denial) se sont substitués dans de nombreux pays des discours plus pernicieux visant à retarder (climate delay) toute action publique, portés par l’industrie des énergies fossiles et des médias et idéologues ultra-conservateurs, et amplifiés sur les réseaux sociaux par une poignée d’influenceurs climatosceptiques.

 

Discours social de façade

Ces discours, qui se sont mobilisés de manière accrue depuis la COP26, s’articulent autour de quelques stratégies clés : les accusations d’hypocrisie et d’élitisme (les élites cherchent à imposer aux citoyens ordinaires des restrictions sans se les appliquer à eux-mêmes), le détournement de responsabilité (les autres Etats ne faisant prétendument pas assez, nous sommes absous de toute responsabilité) et la diffusion de dés- et més-information sur l’inefficacité des énergies renouvelables. Ce dernier argument a donné lieu à de nombreuses campagnes en ligne, notamment celle qui a suivi les pannes de courant au Texas en 2021, faussement attribuées aux éoliennes, et se traduit en France par la persistance de discours anti-éoliennes, alimentés en partie par la sphère pronucléaire.

La rhétorique de l’hypocrisie, qui présente l’action climatique comme élitiste et prétend défendre les intérêts des citoyens ordinaires, a construit son succès en adoptant un discours «social» de façade et en exploitant des griefs légitimes sur le rôle disproportionné des individus les plus fortunés dans le changement climatique. Les tenants de cette rhétorique s’attachent à décortiquer les modes de vie et les interventions des élites, élus progressistes et militants environnementaux, pour noyer le débat sur les enjeux climatiques, comme en témoigne le succès de contenus sur l’arrivée de dignitaires en jets privés (dont les aspects problématiques peuvent par ailleurs être débattus) aux conférences climatiques. Entre le 10 octobre et le 19 novembre, cette thématique a suscité près de 200 000 mentions sur Twitter et plus de 4 300 posts publics sur Facebook en langue anglaise, l’usage de mèmes et d’images contribuant à des phénomènes de viralité à plusieurs moments clés du sommet.

Les discours sur la prétendue mise en place de «confinements climatiques» re-déploient les rhétoriques «antisystème» à l’œuvre pendant la pandémie sur l’Etat «liberticide». Leurs auteurs se présentent comme les défenseurs des «citoyens ordinaires» face aux élites déconnectées pour défendre le statu quo climatique. Qu’ils montrent un intérêt limité pour le sort des citoyens les plus pauvres par ailleurs importe peu : leur force réside dans leur capacité à capter la colère sociale. La polarisation de mouvements populaires comme les gilets jaunes sur les questions écologiques permet aux tenants du ralentissement de trouver un écho dans ces groupes.

La crise énergétique et l’accroissement des inégalités sociales leur permet d’alimenter le mythe selon lequel l’écologie est affaire d’élites en faisant de la dégradation réelle des conditions de vie de nombreux citoyens un argument pour ralentir l’action climatique, en dépit de nombreuses études montrant que les plus démunis souffriront le plus de l’incapacité à limiter les émissions de CO2.

Une résonance accrue

Si les accusations d’élitisme envers le mouvement climatique ne sont pas nouvelles, les réseaux sociaux leur permettent d’avoir une résonance accrue. Les recherches de l’ISD ont montré que les acteurs climatosceptiques ont posté quatre fois plus de contenus sur la COP26 que les institutions scientifiques telles que le Giec et reçu plus de dix fois plus d’interactions, en jouant notamment sur le thème de «l’hypocrisie» présumée des élites et du mouvement climatique. Les algorithmes des plateformes, qui récompensent les contenus polarisants au détriment des publications informationnelles, amplifient ces arguments.

L’attitude des citoyens face au changement climatique constitue un élément clé dans la capacité des acteurs climatosceptiques à trouver une audience. Une récente étude de l’OCDE a retenu l’attention en suggérant que seuls 57% des Français croient que le changement climatique est beaucoup ou en totalité anthropocène (lié à l’activité humaine), le reste étant plus ou moins convaincu du poids des activités humaines sur le changement climatique (ce qui a conduit certains médias à affirmer de façon erronée que «43% des Français sont climatosceptiques»). Les nouveaux discours climatosceptiques s’engouffrent dans la brèche entre une prise de conscience accrue mais encore trop lente de la réalité scientifique, et l’appétit collectif pour l’action.

La situation présente néanmoins des opportunités. Une récente étude du think tank Destin commun a montré que six Français sur dix pensent que retarder la lutte contre le changement climatique aura des effets néfastes à long terme. La résistance aux discours du ralentissement ne peut cependant se faire sans la remise de la question de la justice sociale au cœur des débats sur la transition écologique, l’adoption d’une définition largement acceptée et institutionnelle (par les Nations unies, le Giec) de la «désinformation climatique» qui prenne en compte les nouvelles stratégies rhétoriques des climatosceptiques et une pression accrue sur les réseaux sociaux pour sanctionner les acteurs qui propagent ces discours.

 
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22 octobre 2022 6 22 /10 /octobre /2022 08:30

La prise de conscience écologique débouche sur un nouveau conservatisme : désormais toute atteinte à l’existant végétal est vécue comme intolérable. L’arbre est devenu un enjeu politique, parfois au détriment des habitants et des grands travaux urbains.

 

Pourrait-on encore construire Beaubourg ou la Bibliothèque nationale de France aujourd’hui, sans parler du périphérique ou du tunnel sous Fourvière à Lyon ? Sans remonter aussi loin, pourrait-on réaménager la place de la République, inaugurée il y a neuf ans ? Plus largement, peut-on encore entreprendre des travaux publics – petits, moyens ou grands – à l’heure de l’urgence climatique ? La question se pose au moment où, partout en France, des projets d’aménagement urbain, immobiliers ou d’infrastructures sont remis en question, et de plus en plus souvent abandonnés, sous la pression d’une opinion désormais soucieuse de limiter au maximum les atteintes à l’environnement.

Fronde citoyenne

Dernière en date après, en vrac, Notre-Dame-des-Landes, l’autoroute A45 entre Lyon et Saint-Etienne ou le téléphérique entre Lyon et Francheville, la décision de la mairie de Paris de renoncer à réaménager le parvis de la tour Eiffel selon les plans de l’architecte Thomas Corbasson. Le projet de requalification de la porte de Montreuil, porté par l’agence TVK – qui a aménagé la place de la République – et Nexity, connaîtra-t-il le même sort ? Les alliés écologistes d’Anne Hidalgo ont déposé un vœu demandant sa remise à plat. Il sera examiné jeudi au Conseil de Paris : la séance s’annonce houleuse.

Cette fronde citoyenne contre des projets pourtant consensuels à leur lancement, des années plus tôt, s’explique par une discordance des temps : l’accélération de la crise climatique et de la prise de conscience des dégâts irréversibles infligés par l’homme à la nature conduit à l’obsolescence de projets pensés dix, voire vingt ans auparavant, quand cette conscience n’était pas aussi aiguë. En ville, l’affrontement entre cette sensibilité nouvelle au vivant et la volonté d’élus de réaliser les logements, pistes cyclables et embellissements de l’espace public qu’ils ont reçu mandat de faire, se joue autour d’une nouvelle figure tierce : l’arbre. Dès qu’un projet prévoit d’abattre des arbres, surtout s’ils sont anciens et pourvus d’une large canopée qui en fait des climatiseurs naturels irremplaçables, il suscite une levée de boucliers : c’est le cas du réaménagement du Champ-de-Mars et, donc, de celui de la Porte de Montreuil (qui passe par l’abattage de 200 spécimens) mais aussi d’une trentaine de points chauds recensés par le Groupe national de défense des arbres partout sur le territoire, du Mans à Auxerre en passant par Chartres.

«Ecologie comptable» ou «écologie du vécu»

«L’arbre, un nouvel enjeu politique ?» s’interroge l’historien Mickaël Wilmart dans un article publié dans la revue en ligne AOC. De fait, les décideurs doivent désormais prendre acte que l’arbre compte. Il ne peut plus être considéré comme une simple variable d’ajustement des projets urbains. Et inutile de promettre que l’on compensera les spécimens abattus en en replantant en plus grand nombre : la logique compensatoire est rejetée par ceux qui, face à cette «écologie comptable», défendent une «écologie du vécu». Le problème, c’est lorsque la défense de l’arbre, en tant qu’il fait partie du vivant, vire à la sacralisation et conduit non seulement à invectiver tous ceux qui pensent autrement, mais aussi à oublier que les habitants de la Porte de Montreuil ou de Givors, commune pauvre du Rhône, traversée par l’autoroute surchargée qui relie Lyon à Saint-Etienne, font aussi partie du vivant.

par Eve Szeftel

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29 juillet 2022 5 29 /07 /juillet /2022 17:42

Le développement de l’électricité a irrémédiablement changé notre rapport au temps et à la vitesse. On est endoctriné·es par les concepts d’efficacité et de rendement et on a fini par oublier ce que « prendre le temps » signifiait. Les flux incessants d’énergie et d’informations assurant la continuité de la production sont basés sur un temps unifié : il est la même heure à l’horloge des bourses du monde entier. La seconde, définie par la vibration de l’atome de césium, est la plus petite unité d’un temps disjoint des cycles cosmiques. On essaie de nous faire croire à l’idéal du temps réel et unique : tout va toujours plus vite et doit aller plus vite. Il faut optimiser la moindre seconde. Les informations, actualisées en permanence, sont tout de suite obsolètes. L’hétérogénéité des temps sociaux et des pulsations du vivant est lissée, car seul compte le temps contrôlé et comptabilisé de l’activité productive. Peu importe que Thomas, lorsqu’il appuie sur l’interrupteur, utilise l’énergie produite par une tempête en mer du nord ou par une canicule en Espagne. Tout est relié, tout est indifférencié. Bien que notre lien au monde s’appauvrisse de jour en jour, que des formes de vies disparaissent, le virtuel, lui, s’étend. La peur de la déconnexion ou du manque de réseau deviennent les nouvelles angoisses des humain·es toujours plus connecté·es. C’est que la numérisation du monde et les prothèses qu’elle nécessite (smartphone, montre connectée, capteurs) génèrent de nouvelles dépendances et modifient nos capacités cognitives : ce sont ces machines qui désormais nous permettent d’accéder au monde augmenté. L’humain est ainsi la nouvelle frontière à dépasser. Il n’est pas assez rapide, pas assez intelligent et justifie bien que l’on fasse confiance à des machines pour penser, prédire ce qui va arriver et prendre des décisions à notre place. Après avoir colonisé nos imaginaires, l’énergie et ses réseaux s’attachent désormais à coloniser nos chairs.

Smart world, datas et surveillance

Les technologies numériques sont un glouton énergétique, mais leur boulimie peut être assouvie par la transition énergétique. Mieux, numérique et électrique se renforcent. L’avènement du smart world opère un réajustement en temps réel des flux d’électricité sur le réseau international. Il repose sur une capacité accrue de stockage et de transport des données très gourmandes en électricité. Alors qu’elle sert à alimenter les data centers, ceux-ci servent en partie à collecter des données rendant compte de la consommation électrique instantanée. Pratique !

L’Intelligence Artificielle s’immisce aujourd’hui dans tous les aspects de notre vie. Les capteurs et algorithmes se multiplient, car ils sont la source d’une nouvelle gouvernance. L’I.A. nous sauvera. À l’instar de la main invisible du marché, censée réguler les différends entre les humains, la main invisible du numérique nous permettra, par sa capacité à réduire le réel à des données chiffrées transitant via des flux, de rendre le système plus fluide, mieux gérable. Il s’agit d’optimiser la productivité de la terre devenue machine et de ses habitant.e.s. En évitant embouteillages, pics de pollutions, de consommation, inflations, comportements suspects, plus rien ne fait obstacle au fonctionnement continu du système productif et à la circulation de ses flux. Pas d’interruption, pas d’intermittence, l’ordre électrique s’en assure. Il est la condition sine qua non de la possibilité de la vie sur terre.

Dans ce monde numérisé et électrifié, les caméras se répandent : identification automatique des attitudes anormales, reconnaissance faciale et vidéo-verbalisation. Les drones de Frontex et détecteurs de mouvement aux frontières permettent une vision immédiate des flux migratoires dans une tour de contrôle centralisée. Le panoptique s’étend.

Les compteurs Linky et autres capteurs collectent en temps réel de la donnée, établissent des profils de clientes et consommateurs, moralisent les pratiques et empêchent la fraude. Les GAFAM compilent des milliers d’heures de démarches internet quand les smartphones géolocalisent. L’assurance Axa offre des montres connectées à ses client.e.s pour vérifier leurs informations de santé. FranceConnect crée des profils numériques reconnus par l’État pour centraliser toutes les démarches administratives d’un.e individu.e. Pôle emploi peut consulter vos relevés bancaires pour savoir si vous étiez à l’étranger. La police est désormais en mesure d’appréhender une boîte de nuit qui ouvre clandestinement en temps de confinement, en se basant sur ses relevés Linky. Amazon crée une application de fichage consultable sur les smartphones de flics, mise à jour en temps réel et compilant renseignement humain, condamnations judiciaires et activité militante sur internet.

Industriels, multinationales, États et forces armées se serrent les coudes. Ils parlent la même novlangue : le FALC (Facile à lire et à comprendre), qui trouve son écho dans leurs spots vidéo au design aseptisé. Tous vantent le mérite de la ville connectée et surveillée.

Si le Cloud « dématérialisé » prétend nous assister et nous servir, ses réseaux et infrastructures encombrantes envahissent nos sols. Les câbles souterrains et sous-marins enchaînent nos esprits, atrophient nos cerveaux. Nous devenons dépendant.e.s, avons besoin des écrans pour voir les autres, des capteurs pour sentir notre environnement et des données produites sur nous-mêmes pour nous connaître.

Crises, individus et responsabilités

En plus de savoir que le renouvelable participatif ne tient aucune de ses promesses sociales, on sait trop bien qu’il ne tient pas non plus ses promesses écologiques. Qu’une éolienne EDF installée sur notre territoire ne fait pas baisser notre facture et ne nous confère aucune autonomie supplémentaire. On sait trop bien que nous sommes dépendant.e.s d’EDF et de ses sous-traitants pour construire, transporter, installer cette éolienne ou ce panneau solaire. Que nous en sommes aussi dépendant.e.s pour l’entretenir, la démanteler, la recycler. On sait trop bien que nous n’aurons aucune maîtrise de cet outil, aucun nouveau savoir-faire, aucune autonomie. Et que l’énergie ainsi produite sera de nouveau balancée sur un réseau très haute tension, qu’elle ne nous appartiendra jamais, mais sera vendue sur le marché, pour alimenter des infrastructures bien loin de chez nous, qui fabriquent des produits polluants.

Finalement, si on dépensait notre énergie dans cette illusion de participation et d’autonomie, ce serait offrir notre énergie humaine à EDF, lui prémâcher le travail.

On aurait pu écouter celles et ceux qui militent pour un « Green New Deal ». Se féliciter du fait que l’écologie était enfin inscrite à l’agenda politique. Du fait que le réchauffement climatique était enfin pris en compte par les COP 21 et suivantes. On aurait pu se dire que toutes ces mesures étaient positives et incitaient des entreprises polluantes à se reconvertir dans le renouvelable, les contraignaient à agir en respectant davantage la planète. On aurait pu se dire qu’on était sur la bonne voie, même si cela n’était pas assez radical, militer dans des groupes partisans d’une réforme de l’action publique et privée. On aurait pu vouloir protéger certains espaces au Costa Rica pour qu’ils restent « naturels » afin d’y faire de l’écotourisme 15 jours à l’année. On aurait pu ignorer qu’exploiter et protéger ne sont finalement que les deux facettes d’une même pièce.

Mais nous avons compris que derrière les déclarations d’intention, la critique des émissions carbone n’était qu’une mutation technologique, une révolution industrielle de plus. Nous avons vu comment un marché spécialisé dans l’échange de « crédits carbone » permettait aux entreprises du monde entier de polluer toute la planète et de perpétuer la colonisation sous une nouvelle forme. Nous avons vu que tout en creusant des mines, en fissionnant des atomes, des entreprises se rachetaient en rasant des forêts africaines pour en faire de la monoculture d’arbres comme l’hévéa, expropriaient les populations et bénéficiaient, comble suprême, d’une reconnaissance pour leur action écologique.

Nous ne sommes donc pas de celles et ceux qui militent pour un « état d’urgence climatique ». Les décideurs ne se découvrent pas, soudainement, une brèche d’humanisme. Ils nous annoncent surtout qu’il faudra déléguer à un pouvoir centralisé et paternaliste le monopole de la gestion d’une nouvelle crise qu’ils ont largement provoquée eux-mêmes. Lorsque les dominants admettent une partie du problème en le qualifiant de « crise » ou d’« urgence écologique », ce n’est certainement pas pour le résoudre, mais plutôt se déclarer compétents pour la prendre en charge. Et on voit bien que la crise sanitaire actuelle n’appelle nullement les États à endiguer ses causes que sont la déforestation, l’industrialisation agressive ou les élevages concentrationnaires. La seule réponse qui est donnée à toutes ces « crises », qu’elles soient économiques, sécuritaires ou sanitaires, ce sont des mesures restrictives pour les libertés, des violences, et de brutales avancées dans la centralisation du pouvoir politique. Il n’y a pas de raisons qui laissent penser qu’il en sera autrement pour la crise climatique.

Émilie est « zéro déchet ». Elle a découvert le mouvement Zéro en répondant à un défi sur les réseaux sociaux. Depuis, elle achète ses céréales à l’épicerie vrac en centre-ville. Et quand elle va au marché bio le dimanche, elle apporte ses propres contenants en verre, qu’elle transporte dans son sac en coton. Elle fait du vélo électrique. Mais c’est pas de sa faute si une partie est alimentée par les centrales. Elle, elle est à Enercoop. Elle reçoit trois notifications par minute, sur son fairphone dont le Cobalt vient des mines du Congo. Mais Émilie est « zéro déchets », elle voudrait bien que Apple produise local. Et les métaux rares de son ordi, ça compte pas dans ses déchets : c’est pas des emballages qui s’entassent dans sa cuisine. C’est pas sale, c’est loin.

On aurait pu se laisser séduire par le discours appelant à l’éco-responsabilité. Se prendre au jeu du « consom’acteur », de la responsabilité individuelle. On aurait pu croire au smart world. Télécharger les nouvelles applications pour signaler les déchets autour de chez nous. On aurait pu se faire la police morale de nos rues, sous couvert d’écologie. Essayer d’éduquer les quartiers et utiliser l’argument écologique pour verdir une domination de classe. On aurait pu accepter le Linky, se dire que réguler nos consommations, contrôler les pics, c’était positif, quand bien même c’était au prix de données personnelles. On aurait pu stigmatiser les pauvres qui ne refont pas leur isolation. Et ceux qui roulent au gasoil. On aurait voté pour que les voitures électriques bénéficient de stationnements gratuits et de réduction aux péages. Même si elles sont aussi polluantes que les autres en amont, lors de leur fabrication. On aurait pu voter pour la smart city, participer aux débats en lignes, soutenir les poubelles connectées dans lesquelles il est impossible de fouiller pour se nourrir. On se serait fait écocitoyen.ne.s. On aurait dit que cet « éco » renvoyait autant à l’écologie qui nous animait, qu’à la volonté de faire des économies ; et qu’en ce sens, c’était un truc inclusif pour les classes populaires. On aurait pu se mentir en soutenant le greenwashing : le label bio payant, le vrac livré en container, l’électricité produite au prix d’expropriations. On aurait pu nier toutes les conséquences sociales et extractivistes de ce capitalisme « vert » et nous targuer sur les réseaux sociaux d’en être les pionnier.e.s. Mais nous avons choisi de nous construire contre lui.

Objets objectifs et Chose mouvante

Le désastre que l’on vit n’est pas un problème d’ingénieur.e.s qui nécessiterait une ou des solutions pour nous sortir d’affaire. Ce n’est pas une externalité que les gestionnaires doivent prendre en compte et intégrer dans leurs algorithmes pour pouvoir continuer comme si de rien n’était. Notre manière de vivre le désastre consiste à accepter d’aller vers l’inconnu. On ne sait pas comment nous vivrons sans la production actuelle d’électricité. Nous en sommes pour l’instant dépendant.e.s, certes, mais cela ne nous empêche pas de nous opposer à ce qui nous détruit.

Si aujourd’hui les gouvernements assument de plus en plus une dérive autoritaire claire, c’est que des mouvements sociaux remettent de plus en plus en question le patriarcat, la police, le racisme, etc. Nous pensons que c’est aussi le moment d’attaquer l’ordre électrique. Aujourd’hui assis.e.s autour d’une table, des complicités se révèlent et nous nous prenons à rêver d’une chose…

Cette Chose a pris naissance il y a bien longtemps déjà, dans les luttes autonomes passées, dans les luttes antinucléaires lorsqu’on y trouvait encore une critique radicale de l’État et de l’armée, avant de s’enfermer dans un argumentaire purement écologique qui aujourd’hui prône l’industrie du renouvelable. On a pu la trouver au détour de chantiers collectifs se réappropriant savoirs et savoir-faire. Elle a ouvert des squats, cultivé des terres collectives ou fait du pain à Calais. Plus récemment on l’a retrouvée au pied d’un pylône en train de le déboulonner, construisant des cabanes ou se baladant dans un bois occupé. Elle se confrontait directement à ce monde en prenant la rue avec joie et détermination ; laissant derrière elle les réformistes et leurs outils de contrôle de sa colère. Les ronds-points lui ont appris qu’une multitude de pratiques, de rencontres et de bousculements étaient en cours, que la mise en lien de tout ça, que le fait d’accepter de se laisser percuter par l’autre, loin de son confort politique, participe d’un processus d’émancipation collectif difficilement récupérable.

Pour nous, les luttes écologiques n’ont de sens et ne peuvent réellement avoir un impact que si elles sont menées non seulement en lien avec d’autres luttes s’attaquant aux systèmes de domination, mais aussi en acceptant d’être traversées par ces dernières.

À travers les luttes qu’on a vécues, on s’est prêté.e.s à maintes pratiques. Certaines heureuses, d’autres moins. On a joué le jeu du spectacle médiatique, on a cherché à « massifier » et à « sensibiliser », à faire de jolies actions non violentes symboliques, délaissant trop souvent les actions directes bien qu’elles soient indispensables à la construction du rapport de force. On a parfois su mieux que les autres, et on s’est laissé.e.s cloisonner dans un entre-soi militant (mais pas seulement). Avec le numérique on a aussi pu devenir des rebelles de canapé, croyant agir, mais ayant perdu tout ancrage dans le réel. On a pétitionné, fait des procès ou essayé de changer des lois ; ça n’a pas suffi. On a trop souvent été sommé.e.s de se justifier : « vous êtes contre le nucléaire et l’éolien ? Très bien, mais que proposez-vous ? ». Ce monde est incohérent, absurde, nous ne choisirons ni le SRAS ni la grippe H1N1 ! Leurs solutions ne sont que de nouveaux problèmes et nous ne serons plus les technicien.ne.s de leur désastre. On ne veut plus passer notre temps à apporter des pansements à ce système de mort.

THIERRY COLOMBIÉ : "LE POLAR VERT EST UNE ARME DE SENSIBILISATION MASSIVE CONTRE LES CRIMINELS CLIMATIQUES"

 Lorsque le dernier arbre, Michael Christie, Albin Michel, 608 pages

Pleine terre, Corinne Royer, Actes Sud, 334 pages

 

Sidérations, Roger Powers, Actes Sud, 400 pages - sortie le 22 septembre

Kathleen Jamie, Tour d’horizon (Sightlines, 2012), trad. de l’anglais (Écosse) par Ghislain Bareau, éd. La Baconnière « Poche », juin 2022, 288 p

 

 

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