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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 12:48

2008 : on en a de la chance !

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Yves Michaud philosophe.

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Bye-bye baby-boomers.

Il y a bien, comme on dit pour payer sa révérence à la gauche, des pauvres, des très pauvres, des riches et des super-riches (où sont les moyens ?), mais le fossé est de plus en plus clairement entre les baby-boomers, retraités ou préretraités, et les nouveaux entrants. Ces papy-boomers ont été les bénéficiaires des Trente Glorieuses. Ils se sont fait des rentes, y compris intellectuelles (1968). Maintenant ils ont leurs biens, leurs assurances-vie, leur résidence secondaire et ils s’y cramponnent bec et ongles - malgré le régime avantageux des donations. En face, il y a les générations précarité : avec des diplômes qui ne donnent pas grand-chose, le culte de la performance, des premiers emplois précaires, des difficultés de logement. Beaucoup ont en plus une donne d’enfants d’immigrés bien différente de celle des premiers arrivants. Le rapport de force est en train de basculer politiquement, économiquement, culturellement. Les vieux s’accrochent à leur establishment. Difficile de passer la main. Un des enjeux de la crise est de savoir qui en supportera le coût…

Mes gènes et moi

La génétique du tournant de 2000 confortait l’individualisme : il y avait l’individu et ses gènes. Quand on connaîtrait sa carte d’identité génétique, on saurait tout sur lui : ses talents, ses défauts, ses maladies, son patrimoine. Les progrès foudroyants et constants de la connaissance des génomes, grâce en particulier aux automates de décryptage informatique, compliquent diablement le paysage. D’abord, il n’y a pas que des animaux supérieurs (nous !) mais une incroyable diversité génomique dont nous n’avons qu’une petite idée, ne serait-ce qu’à cause de tous les organismes que recèlent les océans. Ensuite nos gènes ne sont pas vraiment nôtres : nous en héritons et les transmettons au service de l’espèce. Ces héritages et transmissions sont extrêmement complexes et hasardeux. Il y a la donne de départ, la manière dont elle interagit avec l’environnement, avec les autres génomes aussi. Quant à l’action des gènes, elle est rarement celle d’un gène mais de complexes de gènes. Dans tout cela, l’individu apparaît un miracle, et surtout fort peu de chose. Du coup, il est bien obligé de prendre conscience de la chance qui le fait tel qu’il est. L’individualisme ne disparaît pas pour autant : il devient un individualisme de la loterie. Il en naît une illusion parfaitement absurde quand on y réfléchit, mais terriblement tenace : pourquoi n’aurais-je pas été, ne serais-je pas, autre que je ne suis ? L’obsession contemporaine de la gestion de soi se réplique alors dans le fantasme de la possibilité d’être un autre. Un indice de cette illusion : le succès constant des jeux de loterie. Un coup de baguette magique pourrait changer la vie.

Ma petite patrie

On parlait de mondialisation, comme s’il fallait lui dire oui ou non. Mais elle était déjà là sous forme de produits importés, de virus, de délocalisations, de pirates s’emparant de porte containers au large des côtes de Somalie, de crise qui se répercute en cascade. Du coup, le timbre-poste hexagonal qui précède tous les journaux télévisés avec le bulletin météo est bien dérisoire. Il était question d’être à la fois local et global. Sauf que le local, ce n’est plus l’Hexagone, c’est l’équipe de foot «locale», la cité, le monde virtuel des affinités et des rencontres. Résultat : les Franco-Tunisiens sifflent la Marseillaise pour faire aussi bien que les Franco-Algériens avant eux. Les rencontres «internationales» deviennent des matches locaux entre cités… Paris contre les Chtis, Tunisie-France : des derbys comme Lyon-Saint-Etienne.

La morale, pfuitt

On n’a jamais aussi été moralisateur : il faut vêtir ceux qui sont nus, héberger les sans-toit, nourrir les affamés… On met des comités d’éthique partout. Essayez de dire qu’un tel est un sale type, que l’ex d’une jeune femme est un petit voyou qui vivait à ses crochets, que tel universitaire est archinul et place ses maîtresses : vous aurez affaire à la justice. Car la morale n’a en réalité plus cours. Ce qui en tient lieu : les décisions plus ou moins compétentes des juges et les discours plus ou moins bien payés des avocats. La chicane, comme dirait Voltaire, fait la morale…

La politique faible

Bush nationalise les pertes, Brown les banques, Sarkozy multiplie les déficits et tout le monde relance avec des crédits empruntés mirobolants (empruntés à qui ?). Chacun est pris à contre-pied et tente sa chance en imitant le voisin. Les plans, programmes et résolutions disparaissent face à une réalité opaque mais terriblement coriace. La politique, ce n’est plus le changement, plus la révolution, pas même la gestion hégélienne du monde : c’est une politique faible qui fait ce qu’elle peut et peut peu. Sauf que même ce peu, tout le monde en veut. Ce n’est pas le retour de l’Etat gestionnaire, pas le retour de l’Etat Commonwealth ou République, c’est le retour de l’Etat assureur et rassurant, de l’Etat sauve-qui-peut. C’est aussi le retour de la déesse Fortune : pas celle des traders, celle du sort.

Dernier ouvrage publié :l’Artiste et les commissaires, Hachette Plurielle

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