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25 novembre 2022 5 25 /11 /novembre /2022 19:27
« L’intelligence n’est pas affaire de diplômes. L’intelligence est la force, solitaire, d’extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi, vers l’autre là-bas, comme nous, égaré dans le noir », Christian Bobin
 
 
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L'auteur français Christian Bobin est mort à l'âge de 71 ans, a annoncé le 25 novembre 2022 sa maison d'édition, Gallimard. Le romancier publiait début octobre dernier, un roman aux éditions Gallimard, Le Muguet rouge, et une anthologie d'"oeuvres choisies" dans la collection Quarto, Les Différentes Régions du ciel.

Né en 1951, Christian Bobin bâtit depuis près d’un demi-siècle une œuvre poétique inclassable qui au cours du temps réinvente ses formes. "En privilégiant une écriture concentrée, tantôt faite de notes brèves prises sur le vif comme dans un carnet de peintre, tantôt de visions poétiques très denses, creusant au plus profond de la psyché humaine, il aborde des thèmes universels comme l’amour, la mélancolie, l’absence", dit son éditeur Gallimard dans sa présentation.

Christian Bobin est né au Creusot, dans le sud de la Bourgogne, ville ouvrièreIl est assez attaché à cette cité pour la dépeindre dans le premier texte du recueil, La Cristallerie de la reine. C'est là que s'était installée la fabrique royale de verre sous Marie-Antoinette. Puis les usines sidérurgiques Schneider au XIXe siècle.

"Je suis né dans un berceau d'acier", confiait à l'AFP ce fils d'un professeur en dessin industriel. Mais, chez lui, pas de roman de l'industrie, de réalisme social, de lutte des classes, au contraire : un art pointilliste, tourné vers la nature et le ciel.

"J'ai choisi de m'évader sur place. J'ai reçu des tas d'alliés : des hirondelles qui ont fait leur nid dans un couloir de ma maison, de pauvres fleurs qui cherchaient comme moi à s'évader et poussaient à travers les pavés disjoints du trottoir", explique-t-il. "J'ai préféré aller vers ce qui semble ignorer le passage du temps: les fleurs, l'amour dans sa première timidité, l'attente, la beauté d'un visage, le silence, la longue durée... Toutes ces choses que la vie moderne petit à petit commençait à nous enlever, à nous voler".

Armé de sa foi en la poésie, il publiait avec régularité des textes courts en prose. Certains ont dépassé 100 000 exemplaires, comme Le Très-Bas, sur saint François d'Assise, en 1992. D'autres sont restés confidentiels. Le Muguet rouge est impossible à résumer. L'auteur le reconnaissait, sans aucune crainte de ce que penserait la critique littéraire de ce livre de "visions" convoquant Dora Diamant (une compagne de Kafka), Blaise Pascal, Gérard de Nerval et le camp d'Auschwitz.

"J'adore ces deux étiquettes qui me sont collées : simple au risque d'être naïf, et obscur au risque d'être hermétique. (...) Mais je suis assez heureux, par exemple, que mes livres touchent des gens qui parfois sont très simples et parfois très érudits", affirmait-il.

Chez lui un seul guide : le sentiment du beau. "Je rêve que les livres ne soient jamais maltraités, comme certains qui, aujourd'hui sur les tables, ressemblent, à la lettre, à des paquets de lessive. (...) Je rêve que les livres soient beaux de part en part".

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11 octobre 2022 2 11 /10 /octobre /2022 08:13

par Claire Marin, Philosophe, professeure de philosophie en classe préparatoire et écrivaine.

publié le 8 octobre 2022 à 11h20
 

De l’écriture d’Annie Ernaux, on pourrait dire qu’elle est l’écriture du scandale. Scandale des prétentions d’une femme à l’affranchissement social, à la liberté matérielle, à l’ambition intellectuelle. Scandale d’une femme qui écrit ce qu’elle devrait taire, et qui l’écrivant permet à celles qui suivront de ne plus avoir à se taire. Scandale d’une écriture qui s’empare effrontément du politique et du sexuel, semblant oublier qu’il s’agit de chasses gardées des écrivains masculins. Ecrire sur le social et sur le désir est «doublement obscène», comme le dit l’autrice elle-même dans l’Ecriture comme un couteau. On condamnera ses récits impudiques, on lui reprochera de ne pas écrire de «romance» comme une femme est censée le faire. On méprisera ses petites histoires de femme. Mais c’est bien l’histoire des femmes qui s’écrit dans cette œuvre singulière, l’histoire des loyautés dans lesquelles nous avons été et sommes sans doute encore élevées et ensevelies à la fois. Loyauté aux parents, au milieu, obéissance silencieuse. On suit alors d’anciennes traces et on se réveille en spectatrice de sa propre existence, engluée dans le confort matériel, qui ne suffit pas à masquer la vacuité et l’aliénation de la vie domestique. Annie Ernaux dit le piège de cette existence blanche, la pesanteur de l’expérience féminine, par opposition à cette «apesanteur» dont témoigne l’écriture des hommes. Poids d’un corps sans cesse scruté, menace de la grossesse non désirée, charge des enfants ; autant d’obstacles sur lesquels on ne cesse de buter, de trébucher.

C’est contre ces entraves que s’est déployée, dans l’opposition et la détermination d’abord secrète, une écriture «contre», une écriture «dangereuse» parce qu’absolument libre, à la fois dans son style et ses objets, banals, quotidiens, dans son expression «plate», dépouillée ou vulgaire, bien plus maîtrisée qu’il n’y paraît. Une écriture, comme la qualifie l’autrice elle-même, «subversive».

 

Donner une voix à la colère rentrée

Dire ce qu’une femme devrait taire, c’est parler à tous celles et ceux, qui se sont sentis, de la même manière, muselés par le mépris social, stigmatisés, renvoyés à des places indésirables. C’est donner une voix à la colère rentrée, c’est permettre aux lecteurs, aux lectrices de comprendre les violences insidieuses et d’identifier cet animal rageur en eux : cette colère contre la place réduite, humiliante, qu’on nous assigne. Lire Annie Ernaux, c’est poser un nom sur ce qui nous consume, c’est voir se dessiner des lignes de fuite, d’affranchissement, c’est comprendre ce que l’on ressentait confusément, c’est s’autoriser enfin à entrer nous aussi par effraction, là où personne ne nous attend. C’est se reconnaître, à chaque instant de sa vie de femme et d’homme aussi, dans cette indignation toujours vive, face à ce qui fait réellement scandale.

Si cette écriture est celle du scandale, ce n’est pas parce qu’elle expose la réalité sordide d’un avortement clandestin mais parce qu’une loi peut y condamner des jeunes filles et femmes désemparées. Le scandale n’est pas d’écrire sur la violence sexuelle, mais de la tolérer passivement, en la considérant comme l’une des initiations à la vie intime et à la sexualité. Le scandale n’est pas de décrire la déchéance d’une mère agonisante, mais de donner à voir la solitude dans ce soin, qui mène sa fille adulte au bord de la folie. Ce n’est de vivre une passion débordante mais de la stigmatiser de manière virulente quand elle est vécue par une femme. Le véritable scandale est bien que le plaisir sexuel, la jouissance soient pensés comme le privilège des hommes.

Refuser de donner les «gages d’appartenance»

Si cette écriture dérange, c’est parce qu’elle renvoie l’indignité à ceux qui s’offensent bien vite, elle produit le trouble : où est la violence ? Dans les mots ou dans la réalité dont ils témoignent ? De quoi devrions-nous nous indigner ? De mains sales, d’expressions vulgaires ou de comportements indécents ? Alors oui, on entre en littérature «de façon incorrecte, boueuse», toute mal dégrossie qu’on est encore et on dit, avec «force et intrépidité», les humiliations qui nous ont construites, mais aussi les places conquises, les nouveaux territoires, la réappropriation d’un corps si maltraité, la puissance consentie au désir. S’y affranchir des regards, des jugements, se libérer même de son âge dans l’aventure amoureuse qui bouscule le temps, l’ouvre à des époques révolues et des sentiments qu’on pensait perdus. La liberté est alors plus grande qu’on aurait pu l’espérer. Annie Ernaux nous encourage par ses ouvrages à dévier, à ne pas toujours jouer le jeu comme un bon petit soldat, à refuser de donner les «gages d’appartenance» qu’on attend de nous.

Mais l’expérience dépasse de loin l’intime. Elle est politique. Ecrire «contre», c’est en fait écrire «pour». En interrogeant nos places, l’œuvre d’Annie Ernaux, en dégage de nouvelles pour des générations d’auteurs et d’autrices : des objets d’écriture jusqu’alors négligés. Des places populaires d’où l’on écrit, des lieux périphériques où l’on vit, des expériences marginales où l’on est mis à l’épreuve. Toutes ces vies dont on ne parlait pas, dans la banlieue de Cergy ou d’ailleurs, tous ces récits impudiques qu’il fallait taire, toutes ces ambitions qui n’étaient pas pour nous s’expriment, s’affirment, s’affichent. C’est aussi la puissance de la littérature que de faire exister ceux qui peinent à être considérés.

(Toutes les citations sont extraites de l’Ecriture comme un couteau. Entretien avec Frédéric-Yves Jeannet, Gallimard, 2011).

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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 08:25
Résumé :
C'est une suite de lettres entre amis qui se sauvent la vie. Dans ce roman épistolaire, Virginie Despentes revient sur le thème qui unit tous ses livres - comment l'amitié peut naître entre personnes qui n'ont à priori rien à faire ensemble.
Rebecca a dépassé la cinquantaine, elle est actrice, elle est toujours aussi séduisante. Oscar a quarante-trois ans, il est un auteur un peu connu, il écoute du rap en essayant d'écrire un nouveau livre. Ils sont des transfuges de classe que la bourgeoisie n'épate guère. Ils ont l'un comme l'autre grandi et vieilli dans la culture de l'artiste défoncé tourmenté et sont experts en polytoxicomanie, mais pressentent qu'il faudrait changer leurs habitudes. Zoé n'a pas trente ans, elle est féministe, elle ne veut ni oublier ni pardonner, elle ne veut pas se protéger, elle ne veut pas aller bien. Elle est accro aux réseaux sociaux - ça lui prend tout son temps.
Ces trois-là ne sont pas fiables. Ils ont de grandes gueules et sont vulnérables, jusqu'à ce que l'amitié leur tombe dessus et les oblige à baisser les armes.
Il est question de violence des rapports humains, de postures idéologiques auxquelles on s'accroche quand elles échouent depuis longtemps à saisir la réalité, de la rapidité et de l'irréversibilité du changement. Roman de rage et de consolation, de colère et d'acceptation, Cher connard présente une galerie de portraits d'êtres humains condamnés à bricoler comme ils peuvent avec leurs angoisses, leurs névroses, leurs addictions aux conflits de tous ordres, l'héritage de la guerre, leurs complexes, leurs hontes, leurs peurs intimes et finalement - ce moment où l'amitié est plus forte que la faiblesse humaine.
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23 août 2022 2 23 /08 /août /2022 08:11
Diaty Diallo : « J’avais l’envie, à travers ce texte, de donner de la force aux corps dominés dont je fais partie » (Deux secondes d’air qui brûle)

Puissant et remarquable : tels sont les mots qui viennent immédiatement à l’esprit pour qualifier le premier roman de Deux secondes d’air qui brûle qui vient de paraître au Seuil. La jeune romancière y conte l’histoire d’une soirée tragique en banlieue parisienne où, suite à une interpellation, des policiers assassinent un jeune homme. Roman au rare souffle épique en même temps qu’intimiste, Deux secondes d’air qui brûle s’interroge sur le racisme systémique, les violences que subissent les femmes et les hommes dominés ainsi que sur la violence des assignations urbaines. Un roman essentiel de cette rentrée littéraire sinon un indéniable tournant contemporain que Diacritik ne pouvait manquer de saluer à l’occasion d’un grand entretien avec son autrice.

Diaty Diallo, Deux secondes d’air qui brûle, Le Seuil, « Fiction & Cie », août 2022, 176 p., 17 € 50

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7 juin 2022 2 07 /06 /juin /2022 17:49

TON SOUVENIR EST COMME UN LIVRE...

Ton souvenir est comme un livre bien-aimé, Qu'on lit sans cesse, et qui jamais n'est refermé, Un livre où l'on vit mieux sa vie, et qui vous hante D'un rêve nostalgique, où l'âme se tourmente. Je voudrais, convoitant l'impossible en mes voeux, Enfermer dans un vers l'odeur de tes cheveux, Ciseler avec l'art patient des orfèvres Une phrase infléchie au contour de tes lèvres ; Emprisonner ce trouble et ces ondes d'émoi Qu'en tombant de ton âme, un mot propage en moi : Dire quelle mer chante en vagues d'élégie Au golfe de tes seins où je me réfugie ; Dire, oh surtout ! tes yeux doux et tièdes parfois Comme une après-midi d'automne dans les bois ; De l'heure la plus chère enchâsser la relique, Et, sur le piano, tel soir mélancolique, Ressusciter l'écho presque religieux D'un ancien baiser attardé sur tes yeux.

(Albert Samain)

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18 mai 2022 3 18 /05 /mai /2022 09:33

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14 mars 2022 1 14 /03 /mars /2022 09:36

Alain Ruscio, Aragon et la question coloniale. Itinéraire d’un anticolonialiste, préface de Pierre Juquin, éditions Manifeste !, collection Petites Ligatures, octobre 2022, 191 p., 12 €

Jean Echenoz, Vie de Gérard Fulmard, éditions de Minuit, janvier 2020

 

 le dernier livre de Gaspard Koenig : "Contr’un, pour en finir avec l’élection présidentielle". Ce qui justifiera cette lecture ? Bien sûr la fidélité qui nous lie à Gaspard, mais, disons-le, également l’admiration que nous avons pour sa démarche de philosophe in vivo et l’œuvre qu’elle lui fait construire. Ce nouveau chapitre relate sa candidature présidentielle, dénonçant la personnalisation infantilisante de nos institutions, l’illusion mortifère d’élire un sauveur tous les 5 ans, l’épuisement de notre démocratie (cf notre article d’hier sur Brésil/US/France), pour finalement proposer une nouvelle définition et incarnation de la souveraineté. Une aventure et une réflexion qui ne se briseront pas sur 500 signatures (Gaspard en réunit 107).

Jean-Christophe Bailly, Paris quand même, La Fabrique éditions, septembre 2022, 248 p., 13 €
Peter Handke, La deuxième épée, trad. de l’allemand par Julien Lapeyre de Cabanes, Gallimard, octobre 2022, 128 p., 14 € 50 — Lire un extrait
Alice Neel. Un regard engagé au Centre Pompidou du 5 octobre 2022 au 16 janvier 2022 (puis au Barbican Centre à Londres, du 16 février au 21 mai 2023). Catalogue de l’exposition, sous le commissariat d’Angela Lampe, Éditions du Centre Pompidou, octobre 2022, 160 p., 32 €
Alice Neel, sous la direction de Fabienne Dumont, ER Publishing, collection “Transatlantique”, septembre 2022, 20 €
Roland Topor, Chefs-d’œuvre II, Les Cahiers dessinés, octobre 2022, 208 p., 35 €

Hélène Cixous, Mdeilmm – Parole de taupe, éditions Gallimard, octobre 2022, 176 p., 17 € 

 Tout se passe comme si une sorte de magie était à loeuvre dans le monde et que lorsque la « politique » apparaît, le « social » disparaît. Comme si, à ce moment-là, tout changeait : nous ne serions plus des individus dotés de caractéristiques sociales et animés par des intérêts mais des citoyens ou des êtres raisonnables au sein dun peuple. »

Lucie Taïeb, Freshkills

 

 L’Apiculteur d’Alep, Christy Lefteri revient avec Les Oiseaux chanteurs,

 

Elsa Boyer, Orbital, éditions MF, novembre 2021, 112 p., 15 €

Estelle Benazet Heugenhauser, Le Régime Parfait, postface de Cindy Coutant, éditions Rotolux Press, 2022, 13 €

 

ANNIE ERNAUX- LES ANNEES

OLIVIER ABEL

JEAN CLET MARTIN

PATRICK MARTINEZ - LIGNE DE BASSE

PHILIPPE K DICK - UBIK

 

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14 septembre 2017 4 14 /09 /septembre /2017 23:13
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1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 20:43
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1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 20:40

La Vie quotidienne des paysans bourguignons au temps de Lamartine

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