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2 décembre 2022 5 02 /12 /décembre /2022 19:41

Onfray-Houellebecq : philosophie de l'incontinence

 

Le Figaro s’esbaudit, France Inter s’indigne, la fachosphère est au bord de l’orgasme, Eugénie Bastié, jeune réac qu’on a vue plus subtile, crie au génie :  dans sa revue populiste-chic, Michel Onfray dialogue avec Michel Houellebecq.

Lecture éprouvante, à vrai dire : dans le style café du commerce pour crânes rasés, les deux gourous de l’extrême-droite enfilent les perles brunes sur plus de trente pages, alignant les clichés les plus éculés de la pensée antimoderne, tels qu’on pouvait les lire chez Joseph Maistre dans une langue autrement choisie, chez Bainville ou Maurras avec une autre profondeur historique, chez Alain de Benoist avec une érudition nettement plus maligne et qu’on retrouve chaque semaine dans Valeurs Actuelles. Rendez-nous Finkielkraut !

Fil conducteur de l’entretien, rabâché phrase après phrase : les démocraties sont en pleine décadence, la liberté conduit à la dissolution des identités, l’individualisme a tué tout esprit collectif, la civilisation occidentale rampe dans la veulerie et l’aveuglement, il est temps de retrouver la virilité d’antan, l’autorité salutaire, les traditions salvatrices. Les démocraties produisent des individus décérébrés, abîmés dans un hédonisme émollient, shootés à l’écologie et au wokisme, incapables de mourir pour leur pays ou leurs valeurs. L’Europe asservit les peuples, annule toute souveraineté nationale et enferme la civilisation chrétienne dans un athéisme consumériste qui annihile sa capacité de résistance aux assauts de l’islam, religion conquérante et masculine qui donne un sens à la vie et va inéluctablement prendre le pouvoir.

Il fallait fusiller De Gaulle en 1962, dit Houellebecq, ce qu’Onfray trouve un peu excessif, ou rétablir la peine de mort, ce que le même Onfray discute avec gravité. Les deux se retrouvent pour vouer aux gémonies l’Union européenne, dont il faut sortir au plus vite. « Nous allons vers la guerre civile » (contre les musulmans), dit Houellebecq. « Elle a déjà commencé » répond Onfray. Le reste à l’avenant.  

Pendant ce temps-là, dans la vraie vie, une démocratie pro-européenne « décadente » tient en échec l’invasion virile d’une Russie beaucoup plus puissante ; les Ukrainiens, en principe gagnés à l’hédonisme européen, se battent avec plus de courage que les soldats russes appuyés sur la tradition et l’identité. De cette réfutation par le fait, il n’est évidemment pas question dans ce dialogue au-delà de la droite, sinon pour suggérer que Poutine n’a pas tout à fait tort de vouloir rétablir l’empire russe.

Houellebecq, dans Soumission, avait prévu la victoire d’un candidat musulman en 2022. Oups… Il n’y a pas eu de candidat musulman, pas plus que de parti pour le soutenir.       Mais qu’importe la réalité aux yeux de ces adeptes de l’incontinence verbale : l’essentiel est d’ânonner le catéchisme zemmourien, assaisonné de quelques provocations supplémentaires destinées à faire le buzz. On garde le meilleur pour la fin : les deux compères font un éloge ému de la Grande-Bretagne, seul pays à s’être extrait du piège européen. Chacun peut en effet le constater : le Brexit est une brillante réussite…

L.JOFFRIN

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1 décembre 2022 4 01 /12 /décembre /2022 16:14
UN AUTOMNE EN MACRONIE
L'opération de destruction en cours va tellement vite et les scandales sont tellement nombreux qu'on a vite fait de les oubliers, d'être sidéré. Rappel de l'ultra-violence du gouvernement ces dernières semaines :
mortalité infantile en hausse et tri des enfants à l'hôpital sur fond d'épidémie de bronchiolite
49-3 utilisé 7 fois en 42 jours pour passer sans vote au Parlement
Explosion de l'inflation : la plupart des denrées vitales ont pris entre 10 et 20% en quelques mois
Annonce d'un recul de l'âge de la Retraite à 65 ans, probablement par 49-3 dans les prochains jours
Réduction de 25% de la durée d'indemnisation des chômeurs
Affaires MC Kinsey, Kohler, Cayeux ...
Crimes policiers toujours plus nombreux
15 milliards d'euros en plus pour la police
Loi anti-squat et anti-réfugiés
Salles de classes non chauffées dans les écoles : 12°C dans certaines maternelles
Vers des pénuries d'électricité cet hiver
Ils auront bientôt tout saccagé. Stop ou encore ?
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30 novembre 2022 3 30 /11 /novembre /2022 00:52
«ANTIFA», LA FNAC RÉTROPÉDALE : ITINÉRAIRE D'UN (NOUVEL) EMBALLEMENT D’EXTRÊME DROITE
C'est le but contre son camp de la semaine. Il y a trois jours, le député d'extrême droite Grégoire de Fournas diffamait le jeu « Antifa » sur twitter. Peu après, un syndicat policier, d'extrême droite lui aussi, invectivait la FNAC qui commercialisait le jeu. La chaine Cnews s'emparait de l'affaire. Quelques heures plus tard, il était retiré des rayons : la FNAC se soumettait. 48H de polémiques et de bad buzz plus tard, l'entreprise annonce qu'elle remet en vente le jeu, le député avoue qu'il a raconté n'importe quoi, et le syndicat policier prétend qu'il est « apolitique » pour éviter de se ridiculiser. Et en prime, le jeu « Antifa » a été pris d'assaut : il est en rupture de stock suite à cette publicité inattendue. Tout est bien qui finit bien ? Pas vraiment. Analyse.
⚫La dérive de la FNAC
L'entreprise a publié un communiqué vaseux mardi 29 novembre, des explications auxquelles personnes ne peut croire. Elle prétend qu'elle ne « connaissait pas le contenu » du jeu, qu'elle l'a retiré « à titre de précaution », et qu'elle l'a finalement remis en rayon car il ne comporte rien « d'interdit par la loi ». Pourtant il y a deux jours, les communicants de la FNAC parlaient de « jeu » entre guillemets, retiré des rayons « dans les prochaines heures » après le signalement d'un syndicat policier. La FNAC s'est soumise à des fascistes et des policiers mythomanes et se retrouve obligée de rétropédaler, pour maintenir une image pas trop déplorable. Mais cet événement est révélateur à plus d'un titre, sur la fascisation de la société.
Les fondateurs de la firme, après la guerre, étaient Max Théret et André Essel. Deux anciens résistants, militants marxistes qui ont participé à la création des Jeunesses socialistes révolutionnaires. Ils ont fondé la FNAC pour « démocratiser les produits culturels ». C'était donc, littéralement, des « antifas ». 70 ans plus tard, l'entreprise vend des livres d'extrême droite mais est prêts à censurer un jeu antifasciste à la moindre injonction. Les temps changent.
⚫Comment l'extrême droite impose ses obsessions
Un bouffon raciste comme Grégoire de Fournas devrait être couvert de honte, oublié dans les poubelles de l'histoire, évidemment pas pris au sérieux, surtout après avoir hurlé « qu'il retourne en Afrique » en plein Parlement . Et pourtant. C'est lui qui a lancé une campagne qui a porté ses fruits.
Cet emballement est révélateur. En France, l'extrême droite dispose de puissants relais, notamment des chaînes de télé, qui lui permettent de dicter son agenda. On le voit tous les jours : les mouvements sociaux ne sont traités que sous l'angle d'une « menace d'ultra-gauche », on parle de « wokisme » ou d'islamogauchisme, la fachosphère crée ses propres « polémiques » : une séance de karting en prison, un fait divers, des fake news sur un couple délogé par des squatteurs ... « L'insécurité » et l'Islam sont devenus des obsessions nationales, et la police une nouvelle religion d'Etat. En général, ces emballements finissent par se dégonfler. On le voit avec l'affaire de la FNAC. Les mensonges finissent par être démentis. Mais le mal est fait. Ce qui a été imprimé dans les millions de cerveaux, c'est le lexique et les idées d'extrême droite. A la longue, ça fonctionne.
⚫Comment l'antifascisme est-il devenu une insulte ?
Après-guerre, tout le monde était antifasciste, ou du moins, après l'épisode tragique du nazisme et du pétainisme, il était très difficile d'assumer encore des idées d'extrême droite. Dans les années 1970, quand le FN se lance en politique, il récolte moins de 1% des voix. La médiatisation de Jean-Marie Le Pen à la télé dans les années 1980 et les trahisons répétées de la gauche vont le faire monter de façon fulgurante. Mais en 2002, des millions de personnes sont dans la rues contre Le Pen. Même Chirac refuse de débattre avec lui au second tour. Il est encore admis, y compris par les syndicats, qu'il faut empêcher les racistes de s'exprimer, et attaquer leurs meetings. L'antifascisme est encore ultra-majoritaire, consensuel. Dix ans de Sarkozysme et de Hollandisme vont banaliser l'extrême droite comme jamais. En 2013, des centaines de milliers d'homophobes manifestent contre le mariage entre personne du même sexe. Il y a peu de réactions après la mort du jeune Clément Méric, tabassé par une brute néo-nazie. Pire, une partie des médias reprend les mensonges de l'extrême droite, transformant la victime en coupable. Le mot « antifa » prend peu à peu un sens péjoratif, il devient synonyme de « groupuscule violent », de « mal », de « danger ». A présent, s'opposer au racisme est même qualifié de « séparatisme ». C'est un vrai tour de force, une vraie inversion des valeurs. Car en principe, celles et ceux qui ne sont pas fascistes sont, par définition, antifascistes.
En 2022, les nostalgique du pétainisme disposent de puissantes chaines de télé, de généreux mécènes et des dizaines d'élus ai Parlement. C'est ainsi qu'ils peuvent, avec leurs relais policiers, faire censurer un jeu, une expression, diaboliser leur opposition.
Nous sommes donc tombés lentement mais sûrement dans l'obscurité. En 50 ans, l'extrême droite a conquis l'hégémonie culturelle, colonisé les médias, imposé ses idées dans tout le champ politique. Mais il ne tient qu'à nous de contre attaquer. Ce n'est pas à notre camp d'avoir peur ni d'avoir honte. Nous n'avons pas à nous excuser ni à adapter nos discours et nos pratiques aux attentes de nos ennemis. L'avenir est à nous, pas aux promoteurs de régimes mortifères ni aux adeptes de la violence raciste et autoritaire.
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28 novembre 2022 1 28 /11 /novembre /2022 23:31
MEGABASSINES : JUSTICE D'EXCEPTION
– Les autorités en guerre contre la défense de l'eau –
Le 29 octobre dernier, des milliers de personnes convergeaient à Sainte-Soline dans les Deux-Sèvres, contre un projet absurde, nuisible et coûteux. Une immense mégabassine, lac artificiel couvert de plastique sur plusieurs hectares, destinés à pomper l'eau de la nappe phréatique, un bien commun, pour une poignée de gros agriculteurs utilisant des pesticides. Alors que les épisodes de sécheresses se multiplient, ce projet scandaleux n'a pas été abandonné. Au contraire, la manifestation avait subit une répression féroce : 6 hélicoptères volant simultanément, 2500 gendarmes, des milliers de grenades tirées, des blessés graves. Cela n'était pas assez pour le gouvernement. Il fallait poursuivre la répression sur le plan judiciaire. Un procès avait lieu ce lundi 28 novembre à Niort. Une farce aussi grotesque qu'inquiétante.
🔵Une parodie de procès
L'audience devait démarrer à 14H, mais les avocats des 5 manifestants demandent un report : certains avocats sont absents, et l'un de prévenus, Robin n'a pu se déplacer. Il avait été gravement blessé par un tir de LBD dans la tête et arrêté à l’hôpital par les gendarmes. Robin a des séquelles, et ne pouvait donc pas assister au procès. Pourtant, le juge refuse le report : il veut juger un homme en son absence, absence causée par les blessures infligées par les forces de l'ordre. Du délire. Dans la salle, le juge donne « 5 minutes » à un avocat pour appeler ses confrères absents. Puis, comme un cadeau, juge finalement une autre affaire en attendant. Mais il s'acharne : il veut juger aujourd'hui.
Le déni de justice est total. Les prévenus et les avocats présents quittent la salle. Le jugement a donc lieu dans une salle vide, sans les accusés, entre magistrats ! Le juge mène une audience à charge, montre les images de « violences » des manifestants sans jamais parler des blessés causés par les gendarmes. Pire, aucun fait n'est reproché aux prévenus. C'est un « contexte » qui est évoqué : ils n'avaient pas à participer à la manifestation interdite. D'ailleurs, ils sont poursuivis pour « participation à un groupement en vu de commettre des violences ou dégradations de biens », pas pour un acte concret. On juge une intention : 5 personnes parmi 8000 autres, sans aucune preuve, condamnés pour l'exemple.
Des prises de paroles et un contre-procès ont donc eu lieu devant le tribunal. Pas question d'accorder moindre crédit à une cour prête à juger un absent blessé et des prévenus dont tous les avocats ne sont pas présents.
Dans la salle, le procureur demande une peine « d'avertissement » : 4 mois de prison avec sursis et une interdiction de séjour sur le territoire des Deux-Sèvres de 5 ans. Une condamnation politique : priver l'accès à des écologistes d'un territoire où se joue une lutte pour l'eau, pour de longues années
À audience expéditive, jugement expéditif, le juge rend sa décision dans la foulée. Ils suit les réquisitions du procureur. Pour deux prévenus 2 mois de sursis et 3 ans d’interdiction de séjour dans le département pendant 3 ans et 3 mois sursis pour les deux autres dont celui qui a été blessé
🔵Circulaire
Ce procès inique fait suite à une circulaire du gouvernement. Le Ministre de la justice Dupond-Moretti a expressément demandé au début du mois aux procureurs une « réponse pénale systématique et rapide » contre les anti-bassines. Indépendance de la justice vous dites ?
La circulaire envoyée le 9 novembre donnait des consignes aux magistrats concernant « le traitement judiciaire des infractions commises dans le cadre des contestations de projets d’aménagement du territoire ». Une guerre assumée pour les luttes écologistes. Le ministre demandait une « réponse pénale systématique et réactive » face aux « troubles graves à l’ordre public » et aux « atteintes aux forces de sécurité » lors des manifestations. Il réclamait l'usage systématique de comparutions immédiates, des procédures expéditives dans lesquelles les arrêtés ne peuvent préparer leur défense.
Il conseillait également, des « interdictions de paraître ou de participer aux manifestations » et des « interdiction de séjour dont la violation est sanctionnée d’une peine de deux ans d’emprisonnement. », et de mener des investigations poussées sur les opposants. Il paraît que la justice manque de moyens pour enquêter. Visiblement, pour persécuter les opposants, les moyens sont là.
🔵Ce procès de Niort est donc symbolique. En bons laquais les magistrats ont obéi à leur ministre. Mais cela n'entame en rien la détermination commune. Personne n'a été dupe du fonctionnement judiciaire. manifestants jugés comptent faire appel, et des dizaines de personnes étaient rassemblées en ce lundi frisquet pour les soutenir. La lutte continue.
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28 novembre 2022 1 28 /11 /novembre /2022 18:41

 

L’universalisme, idée ringarde ? Les droits humains, paravent du néo-colonialisme occidental ? L’identité, paradigme des temps nouveaux, qui ruine la prétention des démocraties du nord à offrir un modèle planétaire ? Cet air du temps plutôt malsain, cette antienne des faux réalistes, sont contredits avec éclat par l’actualité. Quoi de commun, en termes culturels, civilisationnels, identitaires, entre une mère russe, un étudiant chinois et une femme iranienne ? Rien sur le plan de l’éducation, de la religion ou de l’appartenance nationale. Pourtant les trois, au même moment, et pour des causes similaires, défient à mains nues, avec un courage inouï, les autorités de leur pays. Une grande partie des Russes, les mères en particulier, mais bien d’autres, protestent contre une guerre injuste imposée au peuple par un régime nationaliste et répressif. Une large fraction des Chinoises et des Chinois s’insurgent contre un enfermement arbitraire imposé au nom de la politique anti-Covid par un régime nationaliste et répressif. Une grande partie du peuple iranien rejette l’obligation faite aux femmes de porter le voile par une théocratie nationaliste et répressive. Nulle concertation subreptice, nulle intervention occidentale, nulle influence néocoloniale dans ces insurrections populaires et spontanées. Seulement la volonté élémentaire de vivre libre, de faire reculer l’arbitraire, de peser sur le destin de leur nation. La preuve est de nouveau faite : les droits humains ne sont pas une invention du Nord, une doctrine hypocrite agitée par les dominants, une manière oblique d’uniformiser le monde sous la férule occidentale. Seulement la révolte élémentaire d’une humanité qui souffre sous la botte des dictateurs, l’aspiration simple et irrépressible à la liberté. Un sentiment partagé sous toutes les latitudes, au sein de toutes les civilisations. Les droits humains sont le bien commun des opprimés. Et l’identité érigée en principe absolu, l’arme des tyrans.

LJOFFRIN

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25 novembre 2022 5 25 /11 /novembre /2022 19:27
« L’intelligence n’est pas affaire de diplômes. L’intelligence est la force, solitaire, d’extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi, vers l’autre là-bas, comme nous, égaré dans le noir », Christian Bobin
 
 
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L'auteur français Christian Bobin est mort à l'âge de 71 ans, a annoncé le 25 novembre 2022 sa maison d'édition, Gallimard. Le romancier publiait début octobre dernier, un roman aux éditions Gallimard, Le Muguet rouge, et une anthologie d'"oeuvres choisies" dans la collection Quarto, Les Différentes Régions du ciel.

Né en 1951, Christian Bobin bâtit depuis près d’un demi-siècle une œuvre poétique inclassable qui au cours du temps réinvente ses formes. "En privilégiant une écriture concentrée, tantôt faite de notes brèves prises sur le vif comme dans un carnet de peintre, tantôt de visions poétiques très denses, creusant au plus profond de la psyché humaine, il aborde des thèmes universels comme l’amour, la mélancolie, l’absence", dit son éditeur Gallimard dans sa présentation.

Christian Bobin est né au Creusot, dans le sud de la Bourgogne, ville ouvrièreIl est assez attaché à cette cité pour la dépeindre dans le premier texte du recueil, La Cristallerie de la reine. C'est là que s'était installée la fabrique royale de verre sous Marie-Antoinette. Puis les usines sidérurgiques Schneider au XIXe siècle.

"Je suis né dans un berceau d'acier", confiait à l'AFP ce fils d'un professeur en dessin industriel. Mais, chez lui, pas de roman de l'industrie, de réalisme social, de lutte des classes, au contraire : un art pointilliste, tourné vers la nature et le ciel.

"J'ai choisi de m'évader sur place. J'ai reçu des tas d'alliés : des hirondelles qui ont fait leur nid dans un couloir de ma maison, de pauvres fleurs qui cherchaient comme moi à s'évader et poussaient à travers les pavés disjoints du trottoir", explique-t-il. "J'ai préféré aller vers ce qui semble ignorer le passage du temps: les fleurs, l'amour dans sa première timidité, l'attente, la beauté d'un visage, le silence, la longue durée... Toutes ces choses que la vie moderne petit à petit commençait à nous enlever, à nous voler".

Armé de sa foi en la poésie, il publiait avec régularité des textes courts en prose. Certains ont dépassé 100 000 exemplaires, comme Le Très-Bas, sur saint François d'Assise, en 1992. D'autres sont restés confidentiels. Le Muguet rouge est impossible à résumer. L'auteur le reconnaissait, sans aucune crainte de ce que penserait la critique littéraire de ce livre de "visions" convoquant Dora Diamant (une compagne de Kafka), Blaise Pascal, Gérard de Nerval et le camp d'Auschwitz.

"J'adore ces deux étiquettes qui me sont collées : simple au risque d'être naïf, et obscur au risque d'être hermétique. (...) Mais je suis assez heureux, par exemple, que mes livres touchent des gens qui parfois sont très simples et parfois très érudits", affirmait-il.

Chez lui un seul guide : le sentiment du beau. "Je rêve que les livres ne soient jamais maltraités, comme certains qui, aujourd'hui sur les tables, ressemblent, à la lettre, à des paquets de lessive. (...) Je rêve que les livres soient beaux de part en part".

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25 novembre 2022 5 25 /11 /novembre /2022 19:21

Éplucher les 3 000 articles parus en ligne depuis le numéro 4, « Gilets Jaunes : un assaut contre la société », fut une expérience troublante. Dérouler le fil de ces trois années écoulées, c’était aussi se confronter à la confusion, à l’écrasement et à la défaite, même temporaires. La résistance pugnace de la ZAD, le débordement de la gauche sclérosée lors de la loi travail, le cortège de tête qui réinvente la rue, l’audace des Gilets jaunes qui fait blêmir le pouvoir, et puis l’entonnoir de la pandémie, les attestations de sortie, l’enfermement chez soi, le resserrement partout, le pass sanitaire, le télétravail, la peur, la confusion. On aura rarement vu un horizon aussi brutalement réduit. Il a bien fallu croire au monde d’après, à ce que la suspension générale permettait d’enfin voir, le Covid-19 ne venait-il pas violemment et globalement nous dessiller quant à l’état général d’un monde que l’on avait méticuleusement œuvré à rendre invivable et mortifère ? Sauf que la lucidité est peu de chose, le pouvoir le sait, quand les dispositifs de contrôle et de discipline tiennent chacun là où il est, seul au milieu de tous. Et puis il y avait les écrans pour nous consoler et achever de nous décomposer. Nous n’avons certainement pas encore pris la pleine mesure de ce que l’épidémie de Covid a altéré en nous, dans notre rapport aux corps, aux autres, à la mort et de ce qu’elle est venue accélérer dans les techniques de pouvoir, la cybernétique et l’extraction de valeur à chaque instant, chaque clic.

Et puis nous nous sommes réveillés un matin de mars et l’état d’urgence pandémique était « terminé », nous n’étions plus en guerre contre le virus mais contre l’armée russe qui venait d’envahir l’Ukraine. Si l’élément déclencheur était tout autre, la sidération était à peu de chose près la même. Les experts en géopolitique se sont assis à la place des épidémiologistes et nous, nous sommes restés collés à nos écrans. La centrale nucléaire de Zaporija se fait bombarder tandis que Netflix propose désormais un tarif avantageux en échange de quelques publicités. Le prix des livres explose car les papetiers ne peuvent plus payer leur facture d’électricité et doivent désormais fabriquer des emballages pour Amazon afin de survivre. Il fait 30 degrés en octobre, c’est toujours ça de pris sur les 19 en intérieur que recommande le gouvernement.

Le gouvernement justement, qui a su se faire réélire malgré une détestation générale et au prix d’une fascisation extrême du débat public. Les élections ont joué leur rôle : produire le sentiment qu’une voix seule et isolée pouvait peser quelque chose, qu’il s’agissait donc d’être responsable, de jouer le jeu et de miser sur le moindre mal. Certains, y compris parmi nous, ont tenu à y croire. On n’est jamais mieux déçu que par soi-même.

Dans ce numéro de lundimatinpapier, nous proposons de prendre l’époque à rebours, de partir de tout ce qui, au cœur de la catastrophe, a tenu, résisté, percé et traversé l’écran de fumée de l’impuissance. Le soulèvement George Floyd au cœur de la pandémie et de la plus grande puissance économique mondiale, les parapluies de Hong Kong, les marées humaines au Chili, la rage au Liban et l’occupation du palais présidentiel au Sri Lanka. Nous avons essayé de récapituler tout ce qui pouvait nous servir de piste pour bifurquer. Tout ce qui, sachant qu’il n’y a plus rien à attendre, cesse d’attendre. Depuis nos sursauts comme de nos échecs, affiner et partager nos perceptions, nos analyses. Déblayer le champ de bataille pour distinguer la configuration des hostilités. Pour cela, s’entremêlent à dessein des textes théoriques ardus, des récits personnels aussi bien que de la poésie. Nous tenons cette conviction profonde que le sensible circonscrit l’éthique, et que c’est depuis l’éthique que se détermine la confrontation politique. On pourrait d’ailleurs le dire plus simplement : c’est parce que cette époque nous est insupportable que nous la combattons.

Notre pari reste le même. Par-delà l’immensité du désastre et la toute-puissance du monde de l’économie qui le soutient, l’ordre des choses n’a jamais été aussi branlant. Il ne tient même qu’à un fil : que nous acceptions tous et chaque jour un certain degré d’humiliation. D’être usés et utilisés, exploités et anesthésiés. Le capitalisme n’est finalement que cela : l’organisation méthodique et policière de l’humiliation, la mise en concurrence de la tristesse de chacun.

Notre parti reste toujours le même : depuis là où nous sommes, partir de nos refus comme de nos attachements pour trouver les moyens de se dégager des dispositifs de pouvoir tout en constituant des existences et des mondes que nous sommes prêts à défendre. Se faire confiance. Ne jamais oublier que la lucidité et la vérité ne se donnent pas mais se partagent. Que la tristesse, l’impuissance et le ressentiment sont toujours la marque d’une percée ennemie. Réfuter la gauche et ses illusions bon marché, la norme autant que la marge, l’avant-gardisme et ses satisfactions creuses. Partager les mots pour ce que l’on vit, les stratagèmes par lesquels on fuit. Bricoler des choses qui autorisent à en casser d’autres, provoquer les conditions propices à l’audace et au courage. Étendre l’autonomie, reprendre l’offensive.

Paris, Toulouse, Lyon, Rennes, le 27 octobre 2022

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24 novembre 2022 4 24 /11 /novembre /2022 18:26
ÉTAT POLICIER : LE BLOC LORRAIN OFFICIELLEMENT DISSOUT 🔴
- La dissolution de l'association militante crée un précédent inquiétant -
«Ça y est, c'est tombé en Conseil des Ministres, on est dissout». Ce sont les mots du porte parole de l'association Le Bloc Lorrain, basée dans l'Est de la France. Il ajoute : «on va faire un recours au Conseil d'État. On a peur qu'ils se servent de ça pour faire une jurisprudence.»
En effet, dans un courrier daté du 21 octobre 2022 que nous avions pu consulter, le Bloc Lorrain était accusé par le Ministère de l'Intérieur de provoquer «à des manifestations armées ou à des agissements contre des personnes et des biens». Rien que ça.
Mais qui compose le Bloc Lorrain ? Quelles sont ses activités ? La structure est une association loi 1901 qui «regroupe environ 200 adhérents et adhérentes de tous les âges» nous explique son porte-parole. Le collectif se revendique libertaire, altermondialiste, écologiste. À la base, c’est «un groupe de potes, certains militent depuis 20 ans». «On s’est constitué en association en mars 2021, pour mener à bien certaines actions autour de la justice sociale.»
Depuis, le Bloc Lorrain n'a pas ménagé ses efforts. Des maraudes étaient organisées «toutes les semaines, à Nancy, Metz, dans toute la Lorraine». Désormais, il «y a des militants partout dans la région» et même «des sympathisants ailleurs». En deux ans, le Bloc Lorrain a distribué plus de 20.000 repas.
Le collectif réalise aussi des distributions de nourriture aux étudiant-es et vient en aide à des familles de réfugié-es. «On fait aussi des actions environnementales» nous explique le porte-parole. Par exemple, le groupe sort ramasser des tonnes de déchets jetés dans la nature. Des initiatives salutaires, en faveur du bien commun.
C’est un véritable «système alternatif de luttes» qui se met en place. Le Bloc Lorrain pratique l’entraide concrète et lutte dans la rue. «On manifeste aussi, évidemment, on tient les banderoles», ou encore «on milite aussi sur Bure, contre l’enfouissement des déchets nucléaires». Le Bloc Lorrain s’est aussi déplacé à Paris lors de grosses manifestations ou à Nantes lors de fêtes de la musique en hommage au jeune Steve, tué par la police.
C'est sur ce point que le gouvernement veut les attaquer. Le Ministère de l’Intérieur, qui est entré dans une frénésie de dissolution depuis deux ans, a tenté de détruire notre média Nantes Révoltée, puis des groupes de soutien à la Palestine, et un collectif antifasciste lyonnais. Auparavant, il avait dissout de nombreuses associations musulmanes, au nom de la lutte contre le «séparatisme». Des procédures d'exception contre les minorités et les opposant-es pendant qu'Éric Zemmour, condamné pour provocation à la haine raciale et proche de groupes néo-nazis violents, est invité sur tous les plateaux dès qu'il a envie de vomir son racisme à l'antenne.
Contre le Bloc Lorrain, il n'y a que des accusations floues, basées sur des intentions supposées. Par exemple le gouvernement accuse la structure de «valoriser les débordements» sur sa page Facebook, la diffusion de vidéos de manifestations, ou encore la dénonciation de la police. Dire la vérité est désormais interdit en France. Chaque publication ou commentaire sur Facebook semble scrutée, épluchée, pour en déduire que le collectif «incite» à la «commission d’actes violents». On peut difficilement faire plus mensonger : le Bloc Lorrain a organisé une manifestation à Nancy, contre sa dissolution le 29 octobre. Des centaines de personnes avaient défilé dans le calme.
Ce 22 novembre 2022, en Conseil des Ministres, un décret lunaire au nom de la Première Ministre et du Ministre de l'Intérieur a donc entériné la dissolution. Un précédent inquiétant, puisque les procédures contre Nantes Révoltée n'ont pas abouti et que les dissolutions visant les associations pro-Palestine et antifascistes ont été cassées par le conseil d'État. Avec cet arrêté contre le Bloc Lorrain, s'il est maintenu, c'est un palier qui est franchi. Demain, n'importe quel collectif militant peut être visé. Et après ? Il en va de la survie des maigres contre-pouvoirs qui existent encore en France.
Pour rappel, les procédures de dissolution ont été inventés dans les années 1930, en pleine montée du fascisme et de tensions militaires : il s'agissait de réagir aux nombreux groupes armés d'extrême droite, fascistes ou monarchistes, qui préparaient un coup d'État contre la République, commettaient des attentats et avaient attaqué le Parlement. Aujourd'hui, cette procédure est utilisée très largement pour anéantir les groupes d'opposant-es qui font vivre la vie sociale à l'échelle des territoires. L'usage s'est inversé.
Sur sa page Facebook, le Bloc Lorrain déplore : «La 180ème maraude n'aura pas lieu, l’énième ramassage de déchets ne se fera pas ce week-end. Nous n'existerons plus en tant qu'entité. Nous serons dans l'obligation de stopper nos activités, plus de messages, plus de réponses collectives, plus de compte bancaire, plus rien au nom de l'association. Nous ne pourrons plus nous rassembler tous ensemble sous peine de 3 ans de prison et 45.000 euros d'amende.»
Tout n'est pas fini, car un recours aura lieu au Conseil d'État, probablement dans plusieurs mois. D'ici là, une cagnotte est en ligne et le déroulé de la procédure sera expliqué sur le
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24 novembre 2022 4 24 /11 /novembre /2022 11:07
- L'État s'embourbait à Notre-Dame-des-Landes -
C'était un automne de boue et de flammes, aux mois d'octobre et novembre 2012 dans le bocage nantais. C'était il y a exactement 10 ans. Le 24 novembre 2012, l’État battait en retraite. La gendarmerie était traumatisée, et la ZAD se transformait en zone libérée. C'était le début de la fin pour le projet d'aéroport. À l'époque, le village de Notre-Dame-des-Landes n'était pas encore célèbre et cette zone n'était encore pas un symbole mondialement connu des luttes contre les projets inutiles et destructeurs.
Le 16 octobre, les autorités sonnent l'assaut contre la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Il s'agit d'expulser les occupant-es et détruire tous les lieux de vie, pour construire un aéroport. 2000 hectares de béton à la place de bocages, de zones humides, de chemins et de forêts. Cette offensive est l'acte inaugural du mandat de François Hollande, président socialiste élu quelques mois plus tôt. À l'époque, les communicants de la gendarmerie ont une idée de génie : appeler leur manœuvre : «opération César». Ils trouveront face à eux des irréductibles.
L'attaque est un véritable laboratoire pour des opérations militaro-policières de grande envergure sur le sol français. 1200 gendarmes et policiers interviennent, appuyés par deux hélicoptères et accompagnés d’engins de destruction. Les premiers jours, le choc est rude. Malgré une résistance acharnée, la gendarmerie progresse. Des barricades sont enfoncées à coups de grenades, des maisons sont éventrées par des tractopelles, des gendarmes spécialisés montent dans les arbres pour expulser les cabanes en hauteur. Le gouvernement déclare que tout sera vite réglé.
Mais en quelques jours, ce sont des milliers de personnes solidaires qui déferlent sur la zone. Le retentissement est incroyable. Les dons de matériel et de nourriture affluent de tout le pays. Les ondes radio sont piratées pour signaler la progression des forces de l'ordre. Des comités de soutien organisent des actions partout. Et des compagnies entières de gendarmes mobiles s’enfoncent dans la boue automnale, craignant d'être assaillis par quelques ombres mobiles qui surgissent au détour d’un chemin, d’un bois ou d’une barricade. Pour la première fois depuis longtemps, l’État n’est pas maître du terrain.
Après plusieurs semaines de guerre de position dans le bocage, une manifestation de réoccupation réunit 50.000 personnes qui reconstruisent ensemble des cabanes au beau milieu de la zone, le 17 novembre. Un petit village apparaît en quelques heures, dans la forêt de Rohanne. Des paysans amènent leurs tracteurs en renfort. Le gouvernement a déjà perdu, mais il ne veut pas le reconnaître.
Quelques jours plus tard, une nouvelle attaque, encore plus violente, est lancée. Les grenades sont envoyées en tirs tendus, des balles en caoutchouc traversent à l’aveuglette les rideaux de fumée lacrymogène, les détonations de grenades creusent des cratères au milieu des champs. Des centaines de blessés sont recensés en trois jours.
Samedi 24 novembre, le village construit le week-end précédent est toujours debout. Les affrontements continuent. Et au même moment, une manifestation s'empare des rues de Nantes. Alors que la résistance continue sur la ZAD, la préfecture est encerclée et les CRS tirent au canon à eau. Les images font la Une de l'actualité. Deux fronts simultanés, en ville et dans le bocage. C'est trop pour le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. L'opération est stoppée, 5 semaines après avoir commencé. Le pouvoir tente de sauver la face en créant une «commission de dialogue».
À partir de cette journée, la Zone À Défendre devient zone autonome, hors de l’État. Pendant des années vont s'expérimenter d'autres habitats, d'autres modes de vie. Jusqu'à l'expulsion massive organisée par Macron en 2018. Entre temps, il y a eu des quatre voies envahies, des manifestations massives à Nantes, des chaînes humaines sur la zone et des fêtes mémorables. Le mouvement obtient, en 2017, l'abandon de l'aéroport. Une victoire arrachée au pouvoir et à la multinationale Vinci. Une victoire qui était en germe dès le 24 novembre 2012. Quand César s'est noyé dans la boue.
10 ans plus tard, la bataille de Notre-Dame-des-Landes continue d'inspirer d'autres luttes. Et la zone est toujours bien vivante. Le 19 novembre 2022, au cœur de l'ancienne ZAD, 600 personnes étaient réunies sous un chapiteau pour fêter l'anniversaire de César. Des témoignages, un banquet, des chansons, et un slogan puissamment repris : «no bassaran». L'héritage de la victoire de Notre-Dame-des-Landes se retrouve aujourd'hui à Sainte-Soline contre les mégabassines, et ailleurs contre des autoroutes, des centres commerciaux, des mines ou d'autres projets destructeurs. Partout où le vivant se défend face au capitalisme.
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20 novembre 2022 7 20 /11 /novembre /2022 10:05

«Il ne faut pas politiser le sport», a jugé Emmanuel Macron à deux jours du lancement du «Mondial de la honte» au Qatar. Affirmant que c’est lors de l’attribution d’une compétition à tel ou tel pays et non lors de la tenue de l’événement qu’il faut, si cela se justifie, s’émouvoir et dénoncer tel ou tel choix. Manière de renvoyer le sujet politique à son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, fervent partisan d’une Coupe du monde au Qatar. C’est un peu court et, pour tout dire, assez grossier comme façon de poser le sujet. Certes, c’est bien la très néfaste Fifa et non les joueurs qu’il s’agit de blâmer pour avoir fait de la politique (et bien sûr du business) en désignant, dans des conditions qui font l’objet de moult enquêtes pour corruption, l’émirat gazier comme pays organisateur de cette Coupe du monde, après la Russie de Poutine en 2018.

Comment s’en contenter ?

Mais une fois qu’on a dit ça, place à la ferveur populaire et au soutien des Bleus et puis c’est tout ? C’est oublier un peu vite que les sportifs – et les footballeurs ne font pas exception – ont eux aussi une conscience. Fin septembre, alors que la polémique montait, la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, avait déjà tenu le même discours, réduisant l’événement le plus universellement suivi avec les Jeux olympiques d’été à un moment qui ne pouvait être que dépolitisé. Au même moment, et cela a continué depuis, le courage des sportifs iraniens témoignant leur soutien à la contestation croissante du régime démontrait que les sportifs savent parfaitement s’engager quand la situation l’exige. Dans l’histoire, les exemples ne manquent pas. Qu’il s’agisse du respect des droits humains, notamment ceux des homosexuels et des femmes, ou du sort des centaines de milliers de travailleurs migrants qui ont charbonné pour construire les infrastructures dans lesquelles les footballeurs vont gambader et le public les admirer, sans oublier la question écologique, les raisons d’être choqués par la compétition qui s’ouvre ne manquent pas. Certes, les travailleurs migrants sont moins mal protégés aujourd’hui qu’au début des chantiers, mais comment s’en contenter ?

 
 

Si les footballeurs sont invités à jouer au ballon et surtout à rien d’autre, il faut dire que l’exemple venu d’en haut n’est pas à la hauteur. La Fédération française de football regarde ses pieds à chaque fois qu’elle est interrogée sur les zones d’ombre de ce Mondial controversé. Emmanuel Macron a, lui, annoncé qu’il se rendrait sur place en cas de qualification des Bleus pour les demi-finales. Sa ministre des Sports s’est, elle, fixé le seuil des quarts pour aller au Qatar. On comprend donc parfaitement que les joueurs de l’équipe de France n’aient pas envie de se mouiller davantage que leurs responsables sportifs et politiques. A fortiori les joueurs payés des dizaines de millions d’euros par le Qatar pour jouer au PSG, qu’il s’agisse de Kylian Mbappé en France ou de Leo Messi en Argentine.

Politiser la victoire

Le capitaine des Bleus, Hugo Lloris n’a, certes, pas brillé par son sens de la communication lorsqu’il a affirmé qu’il ne porterait pas, au Qatar, le brassard One Love – arboré durant des matchs de qualification – parce que la Fifa ne l’autorise pas mais surtout – et c’est pire – parce qu’il faut selon lui «respecter le pays où l’on va jouer». On a d’autant moins envie de le blâmer que notre chef de l’Etat n’est pas plus courageux, mais on se dit aussi que si le sport n’est pas politique en soi, certaines situations justifient que même des sportifs posent des actes. Parce qu’ils défendent aussi des valeurs d’universalité et de tolérance, qui sont d’ailleurs régulièrement piétinées dans les stades occidentaux. L’annonce, tardive, par la fédération de dons à des ONG luttant pour le respect des droits humains apparaît comme un minimum.

Comme tous les présidents avant lui, Macron croise les doigts pour que les bons résultats d’une équipe de France au rendez-vous de cette Coupe du monde lui profitent politiquement. Cela apparaît bien dans les Bleus et l’Elysée, le documentaire de Mohamed Bouhafsi que diffuse France 5 dimanche soir. Ne pas politiser l’événement, jusqu’à l’absurde, mais politiser la victoire, jusqu’à la nausée, on a du mal à adhérer même si un boycott simplement sportif n’avait pas eu de sens alors que les relations économiques et géopolitiques avec le Qatar n’ont rien à voir avec celles que la communauté internationale entretenait, par exemple, avec l’Afrique du Sud du temps de l’Apartheid. Mais il y a des gestes symboliques – et il y en aura durant ce Mondial, soyons-en certain – qui peuvent marquer les esprits et pousser la Fifa à ne pas reproduire un choix aussi honteux.

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